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Apocalypse 7 v 9-17 Louis Honnay



Texte : Apocalypse 7/9-17
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 20.04.1986.



Une foule... Une foule immense, innombrable, rassemblée comme pour un meeting monstrueux, pour une manifestation qui aurait un succès qu'aucun organisateur n'oserait espérer... C'est le tableau que nous offre ce chapitre sept de l'Apocalypse en une fresque imaginée pour on ne sait quel décor grandiose. On pense vaguement à la population actuelle de la terre. A défaut d'un recensement rigoureux, on l'estime à environ quatre milliards et demi de personnes. Nous serons peut-être six milliards en l'an 2000, c'est-à-dire dans quatorze ans. Mais ces quatre ou six milliards d'individus se répartissent en nations, en races et en blocs. Les nations s'opposent souvent entre elles dans des guerres meurtrières. Les blocs luttent l'un contre l'autre, animés par des idéologies contradictoires. Et les gens de races différentes s'opposent en des haines qui excluent les différences.

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Le tableau de cette foule de l'Apocalypse est tout différent. Un peu comme la population mondiale, cette foule est impossible à compter avec précision. On nous dit que personne ne peut la dénombrer. Cette foule — vous l'avez compris —, ce sont les chrétiens, les disciples du Christ, réunis comme pour une joyeuse kermesse. On a déjà du mal à compter les chrétiens qui vivent actuellement sur la terre. Pour la raison très simple que tous les groupes chrétiens n'ont pas la même façon de faire des statistiques. Faut-il compter tous ceux qui fréquentent les cultes ou les messes, quel que soit leur état spirituel ? Ou seulement ceux qui ont accompli un acte explicite d'adhésion à l'Evangile après une conversion authentique ? Faut-il compter les adultes capables de prendre des responsabilités ? Ou bien faut-il aussi intégrer les enfants baptisés même en bas âge ? Les critères d'appréciation varient et le chiffre d'un peu plus de deux milliards de chrétiens n'est qu'approximatif. Mais le tableau de l'Apocalypse rassemble à l'évidence les chrétiens de tous les siècles passés et à venir. Et là, le calcul devient tout à fait impossible et la tête commence à tourner…

Ce qu'on peut cependant noter — et c'est probablement plus important que les chiffres —, c'est la composition de cette foule. Elle réunit des gens de toutes nations, de toutes tribus, de tous peuples et de toutes langues, pour reprendre les termes de Jean. Ils viennent de la terre entière et, en effet, il y a des chrétiens dans à peu près tous les pays du monde. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que les divisions entre les états, les blocs et les races n'apparaissent plus. Les barrières sont tombées, on ne reconnaît plus d'où est qui, tous constituent un vague ensemble où nos différences s'effacent et dans lequel on n'opère plus de classements entre Blancs, Noirs et Jaunes, entre indigènes ou étrangers, entre les patriotes et les immigrés. Si cette foule formait une démocratie, on pourrait dire que tout le monde a le droit de vote, parce que personne ne possède de carte de séjour.

On croit rêver... Mais l'Apocalypse nous raconte simplement la réalisation de l'annonce d'Esaïe, par exemple. Le prophète voit à l'avance tous les peuples converger vers Jérusalem, la capitale spirituelle du monde. Ils viennent rendre leur culte au Seigneur de toute la terre. Libérés de leurs particularismes et de leurs religions diverses, ils viennent servir et louer celui qu'ils reconnaissent comme le Seigneur unique. Déjà ils sont UN. Alors nous, dans l'Eglise, l'Eglise que nous appelons universelle, nous sommes invités à vivre cette unité. Nous sommes invités à réaliser dés maintenant quelque chose de la vision de l'Apocalypse. Nous sommes appelés à surmonter les barrières dressées par les hommes entre les pays et entre les races. Il ne doit plus y avoir de racisme parmi nous. Les échanges entre le Nord et le Sud, entre les vieilles églises et les jeunes Eglises nous aident à réaliser cette unité. Nous apprenons à nous recevoir les uns les autres sans faire de distinctions, à nous accueillir comme des frères, en Christ.

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Bien sûr, dans notre monde, on essaye bien de réaliser l'unité. On tâche de surmonter les divisions. Les partis politiques proposent leurs programmes. Ils pressent les électeurs de rejoindre leurs rangs, pour former un front uni. Mais former un front, cela veut dire faire front à l'adversaire, qui n'a pas le même programme. Les blocs s'efforcent de maintenir l'hégémonie entre leurs adhérents. Mais cela implique d'imposer une idéologie au besoin par la force et la contrainte. Cela exige de s'opposer à l'autre bloc. On essaye de préserver la cohésion à l'intérieur d'une race ou entre les adeptes d'une religion. Mais on y parvient simplement en suscitant la haine et en attisant le désir de supprimer l'autre.

La foule de l'Apocalypse ne connaît pas ces tentatives pour atteindre l'unité par des pressions extérieures. Elle ne se rassemble pas autour d'un programme ni autour d'un idéal. Elle se réunit autour d'une personne. Au centre de cette foule, la foule des disciples du Christ, se tient une personne. Ce centre, c'est, curieusement, un trône et un agneau. Le trône symbolise l'autorité, la royauté. Quant à l'agneau, il s'agit naturellement de Jésus, sacrifié comme l'agneau de la Pâque juive et pourtant ressuscité, bien vivant. Et cette foule proclame sa foi en disant : "Le salut est à notre Dieu et à l'Agneau". Ces gens réunis ne cherchent pas leur salut dans des solutions humaines. Ils n'essayent pas de résoudre leurs problèmes individuels et collectifs en recourant à leur propre sagesse ni à celle de leurs dirigeants ou de leurs gourous. Ils savent que la vraie solution, le salut du monde, se trouve entre les mains de Dieu et que seul le Christ, mort et ressuscité, peut l'apporter.

Ces gens se rassemblent autour du Christ. Ou plutôt c'est lui qui les rassemble. Ils forment la communauté universelle de ceux qui croient en lui, qui le servent et qui l'adorent. Tous ils se tournent vers lui dans un geste de louange et une prière d'adoration. Et nous lisons cette parole curieuse : "L'agneau qui se tient au milieu du trône sera leur berger". Il s'opère un étrange échange de fonctions ; l'agneau devient berger, il est en même temps berger. Celui qui s'est offert lui-même en sacrifice est capable de conduire ses disciples en sécurité. Il nous rassemble dans la paix. Avec lui, grâce à lui, nous pouvons dès maintenant vivre l'amour mutuel qui unit les disciples. Nous découvrons cette unité au-delà de nos différences ecclésiastiques et de la variété de nos théologies. La diversité n'empêche pas l'unité.

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Mais l'Apocalypse n'idéalise rien, elle ne gomme pas les difficultés. "Qui sont ceux-là ?", demande celui qui parle à Jean. Et il précise : "Ils viennent de la grande épreuve". Toute l'Apocalypse est pleine de ces allusions aux souffrances des chrétiens, ceux des temps passés et ceux d'aujourd'hui. Elles sont inévitables dans l'état présent du monde. Le monde, les hommes dans leur ensemble, ne supportent pas Dieu, ni Jésus-Christ, ni ceux qui croient en Dieu ou en Christ. Ils les persécutent. On a persécuté les Juifs et on continue de les persécuter, parce que leur existence est un signe de la présence de Dieu. On a persécuté les chrétiens et on continue, parce qu'ils témoignent du Christ et de son oeuvre.

Mais, là encore, nous savons que l'Agneau, qui est en même temps le berger, nous conduit en sécurité. Jésus nous l'a promis. En se comparant lui-même à un berger, il nous affirme que rien ne peut nous arracher de la main de son Père. Il nous conduit jusqu'à la libération finale, jusqu'au moment où l'unité effacera toutes les divisions, où la vie triomphera de la mort. Nous vivons maintenant dans le provisoire et dans l'incertain. Mais nous restons en paix, parce que nous savons que le Seigneur nous prend en charge et nous conduit.

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Ce fragment de l'Apocalypse décrit à la fois la situation finale de l'Eglise parvenue dans le monde neuf de l'avenir et sa situation actuelle. Nous sommes et nous devons être le reflet de cette description qui étonne au premier abord, mais qui, en fait, nous révèle ce que nous sommes et ce que nous devons être. Dès maintenant, nous vivons cette diversité et cette unité, cette unité dans la diversité. Nous connaissons l'épreuve et la souffrance, mais dans l'espérance qu'elles seront éliminées.

Nous ne vivons pas cette unité seulement pour nous-mêmes. Autour du trône et de l'agneau se tiennent les anciens et les quatre animaux de l'Apocalypse, qui figurent le peuple de Dieu en même temps que toute la création. Ensemble ils adorent le Seigneur. C'est l'image de la création réconciliée, de l'univers qui retrouve la paix, parce qu'il a découvert en Christ la source de sa vie.

Amen !



Autres lectures : Esaïe 60/4-9
Jean 10/27-30

Cantiques :
* Psaume 66/1 à 4 Vous, tous les peuples
* NCTC 243/1 & 2 = ARC 528 O Jésus, tu nous appelles
ou ARC 522/1 à 3 Sur ton Eglise universelle
ou ARC 524/1 à 3 Béni soit le lien
* NCTC 237/1 à 4 = ARC 544 Seigneur, c’est toi notre secours
ou LP 230/1 à 4 Sur ton Eglise, viens, Seigneur




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