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Apocalypse 5 v 11-13 Jean-Daniel Wohlfahrt



05/11-13 04/06-00
Dans le film de Wim Wenders, ils deviennent hommes et découvrent avec émerveillement les saveurs, les couleurs et l'amour; autant de choses que selon le cinéaste, ils ne connaissent pas dans les cieux où la tradition biblique les fait vivre. Victor Hugo en avait fait des figures allégoriques, Lamartine les dit amoureux de mortels et la chanson de geste les dit envoyés de Dieu pour recueillir et porter dans l'éternité l'âme des preux chevaliers de jadis. Même Voltaire fait intervenir l'un d'entre eux dans son Zadig c'est Jesrad qui vient révéler au héros du récit les desseins de la Providence. On n'attendra tout de même pas que Voltaire appelle autrement celui que nous appelons Dieu. Bref Rembrandt les peint amours joufflus, mais dans nos jeux de Noël on les veut féminins, limite blafards, et de blanc vêtus.
Je parle bien sûr, des anges. De ces anges omniprésents dans l'Apocalypse et dans les écrits apocalyptiques. Et pourtant l'avez-vous relevé: notre passage ne comporte aucune description, ce qui laisse libre cours aux artistes et créateurs de tout poil. Ne trouvez-vous pas le silence biblique irritant? A nous qui souhaiterions une description détaillée, elle ne donne que quelques versets du Livre d'Esaïe, encore ces versets sont-ils d'une rare sobriété. C'est un peu comme si la Bible nous disait qu'en ce qui concerne Dieu autant qu'en ce qui concerne ses envoyés, ses anges, nous devons être prêt à nous laisser surprendre et c'est bien ce qui se passe pour Abraham, pour Tobit, pour Jacob, pour Marie même quand ils se retrouvent face à face avec l'envoyé de Dieu.
Notre texte ne décrit donc pas les anges, il ne fait qu'allusion à leur voix. Il s'agit si j'ose la formule d'une "vision auditive": J'entendis la voix d'anges nombreux autour du trône, des animaux et des anciens. Leur nombre était myriades de myriades et milliers de milliers. Ils proclamaient d'une voix forte: il est digne, l'agneau immolé, de recevoir puissance, richesse, sagesse, force, honneur, gloire et louange.
On dit que si Dieu a créé l'homme, la femme et les animaux c'est pour avoir des vis-à-vis, des interlocuteurs, quelqu'un avec qui communiquer. Mais quand il se retire dans son ciel il devait se sentir bien seul. C'est cette logique qui est à l'origine des myriades d'anges et de créatures, comme dit l'apôtre Paul, qui entourent le Seigneur et chantent sa louange.
Anges, créatures et vieillards chantent donc la gloire du Dieu créateur et Sauveur. Nous n'oublions pas le contexte dans lequel ce texte a été écrit: bruit et tumulte, prise de pouvoir par l'occupant romain, menaces sur les croyants contraints, parfois, sous menace de mort, au culte abhorré de l'Empereur romain.
Un seul est digne de louange: c'est le Christ. Voilà le message central de notre texte: encouragement pour celles et ceux qui sont prêts à craquer, à céder! un seul est digne de louange: ce n'est pas l'empereur: c'est l'agneau immolé, le Christ sacrifié au Vendredi Saint et présent au centre de cette immense scène, parce que ressuscité des morts. Marqué par les stigmates et pourtant fort de la glorification par le Père tout-puissant. Pour chanter sa louange il y a plus qu'une poignée d'hommes et de femmes, collaborateurs politiques comme on en a connu, comme on en connaît encore sous tous les régimes politiques, ce sont des myriades de myriades, des milliers de milliers. Qu'est-ce donc que cette poignée d'hommes et de femmes qui applaudissent à tous les gestes, à tous les dits du tyran, en comparaison de la foule de témoins prêts à accueillir et à entourer celle, celui qui aura su rester fidèle. Perspective motivante s'il en est l'éternité au sein des justes; éternité de paix, de joie et de louange.
Si, comme le disait Karl Barth, en présence du Seigneur, les anges jouent du JSBach, et en son absence du Mozart, ici il semblerait que le chant ne soit pas aussi harmonieux car ils proclamaient leur louange d'une voix forte. On imagine des myriades de myriade etc., proclamant à pleine voix.. Nul doute que l'auteur de l'Apocalypse n'ait en tête les grands rassemblements politico-cultuels organisés autour de la personne des empereurs. Comment ne pas évoquer ces meetings de jadis sur les places principales de villes et de villages d'autres pays d'Europe soit les meetings de Big Brother né de l'imagination d'Aldous Huxley. Mais ici c'est le Christ qui est au centre de la fête et non le tyran et sa horde, au bout de la route ce n'est pas la mort qui attend les affidés mais la Vie, la Vie du ressuscité, la vie avec le ressuscité. Peu importe dès lors l'harmonie des sons et des voix. Le message doit passer par-dessus….il doit passer malgré le tumulte et le bruit des armes. Il doit faire taire les cris et sécher les larmes. Il doit passer malgré le bruit des canons et de la haine ordinaire. Il doit être entendu, un point, c'est tout.
La louange est universelle voire même cosmique car elle englobe le monde infini au-dessus de la terre au même titre que le monde fini. Elle est proclamée au ciel, sur la terre, sous la terre et sur mer et par tous les êtres qui s'y trouvent. Voilà qui va verser de l'eau dans le vin de ceux qui pensent que l'église n'accorde pas une place suffisante aux animaux dans la louange de Dieu. Les animaux ne sont-ils pas, au même titre que l'homme, créatures de Dieu punis et pourtant sauvés lors du déluge par exemple, nous l'oublions trop souvent.
Louange cosmique. Elle est, sous terre, le fait des morts en Christ, de celles et ceux qui attendent ce retour du Christ et cette résurrection que nous confessons chaque dimanche.
Louange cosmique donc….dont est exclu pourtant le monde sous-marin et cela ne doit pas nous étonner puisque la mer est pour les juifs du temps jadis, peuplé de démons de tous poils.
L'une des tâches de l'Agneau immolé et ressuscité n'est-elle pas de faire disparaître la mer avec ses diables, ses démons et ses créatures. Et il n'y aura plus de mer, promet l'Apocalypse. Plus de noyade, plus de raz de marée, plus de risque de déluge, plus même de menace. Celles et ceux qui ont vécu une inondation ne font-ils pas l'amère expérience que l'eau est infiniment plus dangereuse que le feu puisque, et nous en sommes, par écran de téléviseur interposé, les impuissants témoins plusieurs fois par an, rien n'arrête l'eau qui s'infiltre partout et sape les soubassements les plus solides
Le danger qui menaçait les chrétiens d'alors, était de même nature, un danger qui sourd de partout, que rien ne peut arrêter. Ca commence par un bruit de persécution localisée on s'inquiète mais on trouve vite des excuses, puis un autre bruit et un autre encore et comme ils sont si nombreux à fermer les yeux et les oreilles au jour du réveil, le danger est partout et n'épargne plus personne.
Et là notre passage nous dit: ce danger que nous ne pouvons pas arrêter, cette mer, Dieu peut non seulement nous en préserver mais l'arrêter, le faire disparaître. Encouragement donc pour ces hommes et ces femmes qui voyaient érigées les croix et les potences.
Texte pour les temps jadis donc? Quel intérêt y aurait-il à le lire aujourd'hui? Les dangers qui menacent notre monde sont d'un autre type aujourd'hui mais sont-il moins dangereux? Le risque d'un retour d'une tyrannie, d'une pseudo philosophie qui montre du doigts des boucs émissaires. Veillez donc à ne pas donner louange au tyran ou au gourou. Un seul est digne de louange, c'est l'agneau immolé. Mais chaque époque a ses risques, propose ses idoles: quelle est la face cachée, quelles seront les conséquences de la mondialisation, de certaines recherches scientifiques, du parapluie atomique cher à certain président, de l'appauvrissement constant du tiers-monde, de la désertification due à la sur-exploitation des sols agricoles de nos pays, de l'exploitation effrénée des ressources de la mer. Et je ne veux même pas m'étendre sur la perte absolue du respect de l'humain et de la création entière.
Même si nous ne pouvons pas comme les chrétiens de jadis, nommer le danger, ce danger existe bel et bien quand ce n'est plus Dieu mais l'homme, son pouvoir, sa puissance et son argent qui deviennent maîtres du jeu.
Et le risque ne concerne plus le monde chrétien seulement, lui aussi est devenu cosmique.
Un seul est digne de louange: l'agneau immolé! Voilà ce que nous devons proclamer vers tous les horizons en toute occasion pour que le monde n'aille pas à sa perte.



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