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Apocalypse 22 v 12-20 Alphonse Maillot



Texte : Apocalypse 22/12-20
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 135-138).



6° dimanche après Pâques
ou 7° dimanche de Pâques

Apocalypse 22/12-20

Comme on peut le voir ci-dessus, je crois qu'il faut réintégrer dans cette lecture le v. 15, ne serait-ce que par respect pour le texte et même par respect pour les gens. Cette lecture édulcorée, censurée, ne peut que les interroger, sinon les inquiéter, de voir ainsi l'Eglise oublier les passages dérangeants... ou les prendre, eux paroissiens, pour des débiles.

Il ne faut pas cacher les difficultés que souvent la Bible nous pose. Sans trop y revenir, nous ne devons pas les écarter, comme des chrétiens honteux, quand elles se présentent ; nous devons les affronter. Car, nous allons le voir ici, c'est notre indécrottable moralisme qui nous empêche de faire une lecture simple de ce passage qui d'ailleurs était déjà, en tout ou en partie, dans 21/8 et 27.

Les « chiens », très mal vus (par les nomades ?) à cause de leur servilité, leurs tendances parfois homosexuelles (mode de comportement repoussé sévèrement par les Juifs), et leurs goûts douteux, reçoivent pourtant un très « bon » éclairage avec 2 Pierre 2/22 (Proverbes 26/11), où ils sont les images de ceux qui, après avoir connu l'Evangile, retournent, au moins partiellement, à leurs anciennes idolâtries, comme les chiens ont cette fort peu ragoûtante habitude de retourner à leurs vomissures... et parfois pire ! (id. à mon avis en Philippiens 3/2). Les « magiciens » sont eux aussi dénoncés pour leurs pratiques religieuses. Les impudiques sont très probablement ces gens (cf. Corinthe) qui veulent introduire dans le culte chrétien des pratiques fréquentes dans le paganisme (prostitution sacrée... par exemple), les assassins (ceux qui pratiquent les sacrifices d'animaux : Esaïe 66/3 dans la traduction habituelle =/= TOB), les idolâtres (terme clair qui résume ceux qui précèdent) ; quant à ceux qui aiment et font le mensonge, il est encore évident que ce sont les adorateurs d'idoles (cf. le terme « mensonge » dans l'Ancien Testament).

Bien entendu, ne sont pas approuvés pour autant tous ceux qui se livrent à certaines de ces fautes en dehors de toute foi chrétienne. Mais nous avons ici l'annonce du culte pur, ou purifié de toute duplicité, rendu au seul Seigneur. Et c'est la promesse que nous participerons à ce culte, avec enfin un cœur vraiment pur (= monoplace ; cf. Psaume 12/3, littéralement « un cœur et un cœur », Matthieu 6/23, Jacques 1/8 et 4/8) avec un seul amour ; c'est l'encouragement à nous débarrasser toujours plus, de nos possibles idolâtries (Matthieu 6/24). Comme quoi toute censure est toujours imbécile (pardon !)... même celle des textes bibliques.

On peut, dès lors, en venir à ce verbe (et cette expression) si fréquent dans l'Apocalypse : « Venir » (je viens) ; le « bientôt » est là pour renforcer l'urgence. Il est clair qu’ici, il nous faut réviser nos notions du temps et du Royaume de Dieu. Ce temps actuel n'est pas un temps creux où le Christ serait dans les cieux, attendant le « Go » final pour intervenir et venir dans notre monde. Mais il vient (et intervient) en ce moment-même. Déjà les premières lignes (1/4) de l’Apocalypse avaient parlé de celui qui « est » (littéralement « l'Etant » à cause de la Septante sur Exode 3/14), qui « était » (à cause de Jean 1/1ss), mais tout cela est périmé, car non seulement Jésus n'est (?) pas celui qui « sera », mais (changement génial de verbe) le « Venant », l'Inter-venant. Et avec lui, le Royaume, que va essayer de décrire le voyant de l’Apocalypse, est en marche vers nous. Ce n'est pas notre temps qui va vers lui, c'est son temps et son règne (son Royaume) qui viennent à nous. Dieu ne sommeille ni ne dort (Psaume 121/4), enfermé et figé dans une éternelle attente du dernier jour, mais avec Jésus-Christ, il vient à nous. C'est pourquoi d'ailleurs l'Apocalypse évitera de parler de Retour du Christ, mais elle parle sans cesse de venue du Christ. Le Christ ne reviendra pas (au sens classique du verbe), car il est déjà en train de venir. Et un jour, le voile (cf. l'étymologie d'Apocalypse !) se déchirera pour nous permettre de voir la Nouvelle Jérusalem pleinement installée et ouverte à tous.

Ceci échappe à nos intelligences ternies par la chronologie à laquelle nous sommes soumis depuis... Genèse 1. Et il est probable que nous ne saisirons jamais vraiment cette dynamique du Royaume qui vient, et qui n'est pas réfugié comme une inaccessible idée dans un Futur total ; peu importe d'ailleurs tout cela si nous commençons à saisir et à savoir que le Christ vient en ce moment même (il est même à la porte et il frappe : 3/20)... Saisissons donc l'urgence (non fébrile !) du Christ qui arrive, et veut nous trouver maintenant prêts (zélés) à tout remettre en question (3/19).

Quant à l'Alpha et l'Oméga, ainsi que le premier et le dernier, cf. Esaïe 41/4 ; 44/6 ; 48/12 ; même si ce n'est pas une idée exclusivement juive de trouver Dieu au début et à la fin de tout, même du langage (et on pensera particulièrement aux Psaumes alphabétiques, hommage rendu à Dieu pour son don de l'écriture et de la parole aux hommes), car Platon a dit la même chose. Cependant ici je ne résiste pas à la tentation (?) de rappeler une des traditions rabbiniques rapportée par Prigent : le terme fidélité en hébreu ('émet), est formé de trois consonnes : la première est la première lettre de l'alphabet hébreu, la troisième est la dernière lettre, et la deuxième, la lettre médiane de cet alphabet (on rappellera alors Apocalypse 1/5 : le témoin, le fidèle). Certes, c'est très probablement postérieur (et de loin) à l'Apocalypse. Il n'empêche que cela dégage une des dominantes de cette affirmation d'Apocalypse 22/13 : c'est une manière (comme celle d'Exode 3/6 avec l'écho de 3/14) de rappeler la fidélité indéfectible de Dieu.

Le v. 14 fait allusion à l'arbre de vie de Genèse 2/9 et 3/22 (arbre qui était probablement une vigne, en treille : cf. Jean 15/1), mais cela ne signifie pas que la Jérusalem nouvelle est l'Eden restauré ; si elle est aussi accès à l'arbre interdit, elle est bien plus que cela.

La fin du v. 16 (cf. Apocalypse 5/5) rappelle la grande prophétie d'Esaïe 11/1 et 10 et noue en une gerbe tout ce qui s'est passé, depuis l'annonce de ce rejeton qui est d'ailleurs ici plutôt une racine (cf. la Septante), ce qui pourrait être riche de signification.

L'étoile rappelle Nombres 24/17 (sur l'étoile de Jacob) ainsi que Matthieu 2/1ss ; et avec le Messie, elle annonce l'aube qui va se lever sur tout le kosmos. Jésus est le Jour nouveau de l'Humanité.

L'épouse (v. 17) n'est pas simplement l'Eglise juridique, définie par des règlements ou des disciplines, mais la communauté, aujourd'hui invisible, de ceux qui attendent et qui, avec l'Esprit, disent et redisent : « Viens ». Arrive alors l'évocation d'Esaïe 55/1s et Jean 4/10ss et 7/37.

Et que maintenant chacun songe bien à ce qu'il penserait devoir ajouter... ou retrancher à ce texte... Et la Grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec (nous) tous !




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