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Apocalypse 22 v 12 - 17



Retrouver notre Orient intérieur
Bible: Apocalypse 22, 12-17 et 20-21
Psaume 42, 1-12
Luc 24, 49-53
Baden, Zofingue, dimanche 27 mai 2001
En ce dimanche avant la fête de Pentecôte, nous sommes invités, comme les premiers disciples à l’attente et à la persévérance dans la prière ; à l’attente de la venue de l’Esprit dans nos vies qui nous prépare à une autre attente ultime : la venue du Christ dans notre monde à la fin des temps, la manifestation pleine et entière de la Victoire du Crucifié sur toutes les puissances de mort, de non-sens, de haine qui continuent à ravager notre univers, malgré les prémisses de cette Victoire au jour de Pâques.
Dans cette attente persévérante, se creuse en nous toujours plus vif et fort le désir de Dieu et nos vies se réorientent alors vers leur source et leur terme, vers leur origine et leur fin ; c’est bien le sens de ces paroles que prononce le Christ dans l’Apocalypse :
" Je suis l’Alpha et l’Omega ; le Premier et le Dernier ; le Principe et la Fin ; (…) je suis l’étoile radieuse du matin ; L’Esprit et l’épouse (c’est-à-dire l’Eglise) disent : " Viens ! " Que celui qui entende dise : " Viens ! " Que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement. "
On sent que ce n’est plus le Jésus terrestre qui parle ainsi, mais le Christ de l’Ascension, Celui qui est déjà dans le monde divin, Celui qui siège à la droite de Dieu et qui intercède pour les siens, le " Christ cosmique ", pourrait-on dire, avec prudence, tellement ce terme est ambigu de nos jours ; de même, ce n’est pas seulement nos vies qui sont dans cette attente de leur accomplissement, mais c’est aussi l’univers entier, comme le disait notre prière de louange empruntée à un Père de l’Eglise : " Tous les êtres te célèbrent, ceux qui parlent et ceux qui sont muets. Tous les êtres te rendent hommage, ceux qui pensent comme ceux qui ne pensent pas. L’universel désir, le gémissement de tous tend vers toi. Tout ce qui existe te prie et vers toi, tout être qui sait lire ton univers, fait monter un hymne de silence ". Notre désir et notre attente sont ainsi élargis aux dimensions de l’univers
Le Christ est bien l’Alpha et l’Omega de chacune de nos vies, mais aussi de notre monde ; il est le commencement et la fin de chacune de nos existences finies, mais aussi de l’ensemble de l’humanité. Nous avons souvent oublié et perdu cette vision cosmique du salut, au détriment d’une vision purement individuelle et somme toute passablement égoïste. Ce devrait être le premier effet de ce texte de l’Apocalypse que de nous ouvrir à une dimension plus universelle, nous rendre solidaires de l’ensemble de l’humanité, nous faire prendre conscience que notre prière rejoint les " gémissements de la création toute entière " comme le dit l’apôtre Paul, qui attend aussi sa rédemption, son salut, son accomplissement.
L’Apocalypse témoigne que le Christ Crucifié, vainqueur de la mort au matin de Pâques, vivant auprès de Dieu est bien le but, le terme, le principe et la fin de toute la création. C’est Lui qui donne un sens à l’univers, à ce monde dans lequel nous vivons et à chacune de nos vies. C’est vers Lui que tout est orienté !
C’est le sens de l’autre image que le Christ emploie pour exprimer son mystère, et qui pourrait passer inaperçue dans notre texte : " Je suis l’étoile radieuse du matin ". Il y a là une symbolique que nos Pères dans la foi, qui avaient encore les clefs des symboles, comprenaient bien, d’une compréhension non seulement intellectuelle mais vivante et existentielle, alors que pour nous, cela n’a plus guère de sens, sinon tout au plus un sens esthétique et poétique.
L’étoile du matin, c’est l’étoile qui se lève à l’Orient, source de toute lumière et de toute vie. L’Occident est alors symbolique du déclin, de l’éloignement de l’origine, de l’oubli de la source, et finalement de mort…Cette symbolique parcourt la Bible de la Genèse à l’Apocalypse et a fortement influencé le christianisme ancien : dans la Genèse, le jardin d’Eden est placé " du côté de l’Orient " (Genèse 2, 8) - Après la chute, l’homme est chassé de l’Orient vers l’Occident et l’Eternel fait garder le jardin par les chérubins : " Après avoir chassé l’homme, il mit à demeure à l’orient du jardin d’Eden les chérubins et la flamme de l’épée qui tournoie pour garder le chemin de l’arbre de vie " (Genèse3, 24). On comprend alors mieux l’image de l’Apocalypse, le Christ est l’étoile matinale qui se lève à l’Orient pour apporter la lumière à tous les hommes ; il vient rouvrir l’accès au Paradis terrestre perdu par Adam, il donne à celui qui le désire " l’eau de la vie " ; il annonce le grand Jour de Dieu dans la Nouvelle Jerusalem ; là, il n’y aura plus besoin de soleil, ni de lune, car c’est " Dieu qui illuminera la ville ". Le Christ est aussi appelé, selon la prophétie de Malachie 3, 20 : le soleil de justice, car " pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice brillera, portant la guérison dans ses rayons ".
C’est pourquoi aussi, la fête de Noël a été placé symboliquement le 25 décembre au moment où les jours commencent à regagner de la lumière…De là viennent aussi l’orientation des églises (Orientation, on l’oublie trop souvent, veut dire tourner vers l’Orient). Il est intéressant de noter qu’au Moyen Age, les tombes des cimetières étaient aussi tournées vers l’Orient pour marquer l’attente et l’espérance de la Résurrection, lors de la venue du Christ, alors que dans les rites païens les cimetières étaient tournés vers l’Occident pour indiquer la mort, la fin du cycle, la dégénérescence. Les premiers chrétiens priaient aussi toujours " orientés " - en direction de l’Orient. Ce n’était pas une question géographique, comme les Juifs qui prient en direction du Temple de Jérusalem ou les Musulmans vers la Mecque, mais bel et bien un symbole spirituel : ce qui est important ce n’est pas l’est de l’atlas géographique, mais l’Orient cosmique ; Saint Augustin affirme : " Si nous nous tournons vers l’Orient pour prier, ce n’est pas que nous pensions que Dieu habite un lieu précis comme s’il avait abandonné les autres parties du monde, alors qu’il est présent partout. Mais l’esprit est averti de se mouvoir vers ce qui est le plus excellent ".
Pourquoi s’attarder si longtemps sur ces symboles ? parce qu’il me semble que nous, chrétiens, et je dirais tout particulièrement chrétiens occidentaux ( ! ), au sens géographique, mais aussi spirituel ! nous qui avons perdu la clef des symboles et le sens du mystère, nous qui avons privilégié la raison, le calcul, la technique, l’efficacité au lieu de la contemplation et de l’émerveillement, nous devrions retrouver notre Orient intérieur.
Ce n’est pas par hasard si tant de nos contemporains se tournent vers les religions orientales pour échapper au matérialisme de notre société ; ce n’est pas étonnant si beaucoup fréquentent des loges maçonniques pour expérimenter des rituels et des symboles qui leur permettent de donner un sens à leur vie et à l’univers. La plupart du temps, nous nous méfions de cette quête spirituelle, et les Eglises traditionnelles en restent à la condamnation ou à la défensive, au lieu de puiser dans la Bible et la tradition chrétienne ce qui permettrait à nos contemporains de retrouver (ou de trouver) une orientation fondamentale dans notre monde désorienté.
Bien sûr, il ne s’agit pas de succomber aux modes et de fabriquer des rites et symboles en mélangeant allégrement toutes les traditions religieuses, mais il s’agit plutôt de prendre en compte la recherche spirituelle de nos contemporains, qui témoigne d’un grand désarroi, mais aussi d’un réel désir pour les questions de foi, afin d’orienter cette quête vers Celui qui est l’accomplissement de toute démarche religieuse, vers l’Alpha et l’Omega, le premier et le dernier, le Principe et la fin de toute la création ; vers le Christ.
Mais ce témoignage, nous ne pouvons le donner et l’apporter que si nous mêmes nous réorientions entièrement nos vies sur le Christ. Pour cela, il nous faut raviver notre désir de Dieu, notre soif de sa présence et de sa Parole. La promesse de la venue du Christ dans l’Apocalypse est pour les " hommes de désir " : Que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement. "
C’est ce désir qui nous aimante vers le Christ dans toutes les circonstances de la vie, comme l’aiguille de la boussole est aimantée vers le Pôle. Il est vrai que nous sommes souvent désorientés dans notre monde et notre société, déboussolés par la complexité de notre société, par les événements violents qui se produisent sur notre terre, par les réalités douloureuses que nous devons parfois traverser. Souvent se pose à nous, comme au psalmiste, la terrible question : " Où est ton Dieu ? " . Nous n’avons pas en tant que croyants des solutions pratiques toutes faites aux problèmes de notre temps, nous n’avons pas de réponses non plus à la lancinante question du mal et de la souffrance des innocents. Comme les autres , nous tâtonnons pour trouver notre chemin. Seulement, nous avons cette boussole qui nous indique, même quand nous sommes perdus, notre direction, notre but, notre Orient. Nous pouvons alors avancer avec confiance et espérance dans ce chemin, parce que nous savons que notre monde ni notre vie ne sont laissés à l’abandon, mais qu’ils sont entre les mains du Seigneur qui les conduit et les guide vers leur accomplissement.
C’est là la promesse de l’Apocalypse ; c’est là l’orientation fondamentale de notre vie ; c’est notre meilleur témoignage envers tous ceux qui cherchent et qui doutent, que de simplement dire avec eux et pour eux : " Maranatha, Viens Seigneur Jésus ".




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