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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Apocalypse 21 v 1-7 Louis Honnay
Textes : Psaume 98 ; Jean 13/31-35 ; Apocalypse 21/1-7
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 27.04.1986. Changer le monde, c'est le grand rêve des hommes. Parce que l'état présent du monde ne nous satisfait pas, parce que nous y voyons trop de laideurs, trop d'injustices ou trop de médiocrité, nous avons envie que cela se transforme, que la réalité corresponde à nos désirs ou à nos idéaux. Le philosophe Platon imaginait déjà une cité régie par la seule sagesse rationnelle et gouvernée par des savants. Quelques idéalistes ont cru qu'on pouvait transformer l'humanité par la bonté et par l'action bonne. D'autres ont pensé que le progrès technique allait tout arranger. Dans un régime démocratique, les partis proposent des programmes, dont ils espèrent que sortiront de meilleures conditions d'existence et une prospérité retrouvée. Quand cela ne suffit plus, on pense à l'action violente, à la révolution censée préparer des lendemains qui chantent. Et si la mystique s'en mêle, si le fanatisme s'y ajoute, on obtient des entreprises semblables à la guerre sainte de l'Islam, inscrite dans le Coran et pratiquée aujourd'hui par certains énergumènes déchaînés ou sanguinaires. -o- Chacun y va de son projet pour refaire le monde, pour recréer le paradis perdu auquel on aspire. Toutes ces visions ont un point commun : leurs auteurs s'imaginent pouvoir faire du neuf par leurs propres forces et avec leur propre génie. Ce n'est souvent qu'une tragique illusion. Les programmes et les idéaux procèdent souvent par élimination : "Moi et les gens qui pensent comme moi, nous sommes dans la vérité, les autres sont dans l'erreur. Nous sommes les bons, les autres sont les mauvais". Ainsi naissent les exclusions, les haines, qui peuvent aller jusqu'aux violences physiques et à la liquidation systématique des opposants, telle que nous la voyons dans certains pays. Le tableau que nous dresse l'Apocalypse du ciel nouveau et de la terre nouvelle répond en partie au rêve du changement du monde. Mais il est tout différent, et même à l'opposé de nos projets de rénovation systématique. Sur cette terre qui apparaît, le mal n'existe plus. "Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance". En une phrase, l'Apocalypse décrit le changement radical qui s'opère par rapport à ce que nous connaissons. Les progrès scientifiques ou médicaux ne parviennent jamais à éliminer la mort. Les transformations les plus profondes n'arrivent pas à supprimer la souffrance. Les révolutions les plus bouleversantes n'apaisent pas le cri des pauvres et des opprimés, elles font au contraire crier plus fort les exécutés et les torturés. Il y a toujours des exclus. Sur cette terre évoquée par l'Apocalypse, il n'existe plus ni privilégiés ni laissés pour compte, pas de bourreaux et pas de victimes, plus de bons qui ont les honneurs et de mauvais qu'on emprisonne. Tout le monde, sans exception, bénéficie de cette élimination totale du mal. Personne n'est privé de ces conditions d'une existence heureuse. Le bonheur est pour tous. Ce monde est beau. Il ressemble, dit l'Apocalypse, à une nouvelle épouse qui se fait belle pour son époux. La beauté physique reflète la transformation intérieure des habitants de la terre nouvelle, car le mal qui habitait au-dedans des hommes se trouve aussi chassé. Tout cela arrive, tout cela est possible, parce que Dieu est l'auteur de cette création nouvelle. Le voyant de l'Apocalypse entend celui qui siège sur le trône proclamer : "Voici, je fais toutes choses nouvelles". C'est son oeuvre à lui. Le trône symbolise son autorité, sa royauté. On le comprend, en un temps où des rois gouvernaient la plupart des pays du monde connu. Dieu emploie sa puissance à créer ce monde où le mal n'a plus cours, où les gens sont libres. Il l'emploie à nous rendre heureux. Ce monde heureux, ce monde de la joie, n'apparaît pas au terme de nos efforts humains. Il résulte de l'acte créateur de Dieu. Lui seul peut amener cet événement totalement neuf : un monde sans mal, un monde où tous partagent le même bonheur. Un tel monde apparaît, quand on reconnaît Dieu comme la source de tout et comme le but de tout. "Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin", dit Dieu. Il est la raison d'être de tout et il est l’aboutissement de tout. "Alpha" est la première lettre de l'alphabet grec, "oméga" est la dernière lettre. Un monde nouveau peut se créer, quand nous laissons la Parole de Dieu juger et rectifier nos projets et nos programmes, quand nous cessons de nous assigner comme but nous-mêmes, notre classe, les gens de notre race ou de notre religion, mais quand le service de Dieu et sa gloire nous font agir et nous font vivre. Quand nous le reconnaissons comme le point de départ et la fin dernière de notre vie. -o- Alors nous pouvons chanter notre joie. Nous pouvons chanter, par exemple, avec le Psaume 98, que nous avons relu tout à l'heure. Ce Psaume, nous l'avons remarqué, parle de la victoire de Dieu. Certaines versions disent "son salut", mais le mot hébreu qui se trouve là veut dire en même temps SALUT et VICTOIRE. Le salut que Dieu nous procure apparaît en même temps comme sa victoire. Dans le monde décrit par l'Apocalypse, on est sauvé du mal et de toutes ses séquelles, mais on est sauvé parce que Dieu est plus fort que le mal, il a remporté la victoire sur lui. Le Psaume 98 rappelle la victoire de Dieu sur les ennemis d'Israël. Déjà, il commence à réparer le désordre du monde, mais sa victoire finale n'est pas une victoire contre des hommes, ce qui serait une autre manière de revenir au principe de l'exclusion des gens mauvais. C'est une victoire sur tout ce qui brise les hommes, tout ce qui les enchaîne, tout ce qui les torture. C'est une victoire sur tout ce qui détruit et empêche de vivre librement. C'est pourquoi nous pouvons chanter. Nous pouvons reprendre l'invitation du début du Psaume 98 : "Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles !". Tout ce Psaume crie la reconnaissance de ceux que Dieu a délivrés. Il crie la joie de ceux qui ont fait l'expérience de l'intervention de Dieu en leur faveur. Ce ne sont plus les lamentations de victimes, ni les cris de douleur des torturés, ni le soupir des immigrés expulsés, ce qui se produit souvent quand l'homme, quand un parti ou une idéologie remporte la victoire. Mais c'est le chant de louange des libérés, l'élan de gratitude de ceux que Dieu libère. Le Psaume associe à ce chant la mer, les fleuves, les montagnes. Il invite la création toute entière à louer le Seigneur. L'univers dans sa totalité se joint à cette louange, parce qu'il est, lui aussi, réconcilié avec Dieu. L'œuvre de Dieu va bien au-delà de l'humanité. Elle ne se limite pas à une nation, ou à une partie de la nation, elle embrasse tout l'univers : terre, mer, montagnes. L’évocation du Psaume 98 fait déjà penser au monde de l'Apocalypse. Il n'est pas interdit de rêver : nous chanterons peut-être ce Psaume — ou un autre — sur cette terre nouvelle et sous ce ciel nouveau dépeints par l'Apocalypse. -o- Une dernière réflexion nous est suggérée par le texte de l'évangile de Jean, que nous avions dans nos lectures d'aujourd'hui. Ce monde réconcilié, on ne le prépare pas par la haine et par le rejet. Tous les rejets et toutes les haines — de classe ou raciales — ne peuvent qu'engendrer de nouveaux malheurs, non seulement pour les victimes, mais encore pour ceux qui se corrompent et se détruisent eux-mêmes par leurs sentiments délétères et leurs pratiques monstrueuses. Le conseil de Jésus est plus que jamais valable : "Aimez-vous les uns les autres". Aimez-vous, c'est-à-dire accueillez-vous mutuellement. Ne pratiquez pas l'exclusion. Ne projetez pas de réserver votre communauté ou votre collectivité à des purs, à ceux qui vous ressemblent. Car l'amour de Dieu n'a pas de limite, il ne s'arrête pas là où nous fixons nos choix. Il nous incite à créer des liens, à rechercher l'accord avec tous et l'unité avec tous. Ce commandement de l'amour, dit Jésus, est un commandement nouveau. Ce n'est pas tout à fait vrai : on le trouve déjà dans la Torah, dans le livre du Lévitique. Les anciens Israélites devaient déjà le pratiquer. Cependant il est nouveau en ce sens qu'il nous permet de créer de nouvelles relations. Il suscite en nous une nouvelle façon de regarder les autres et de vivre AVEC eux et non plus CONTRE eux. Il est nouveau, parce qu'il nous aide à préparer le monde nouveau et à nous y préparer. "Aimez-vous les uns les autres". Telle est la ligne de conduite qui doit guider notre existence et inspirer notre action. Et, après tout, il ne nous est pas interdit de bâtir des programmes, même des programmes révolutionnaires, pourvu que l'amour les inspire et qu'il les contrôle. Nous aurons alors des chances de travailler dans le sens de Dieu. Amen ! Cantiques : * Psaume 98/1 à 4 Entonnons un nouveau cantique * NCTC 280/1 à 3 = ARC 607 Seigneur, accorde-moi d’aimer * NCTC 273/1 à 4 O notre Dieu, nous te prions ou LP 155/1 à 4 O Roi des cieux ou ARC 301/1 à 3 Aube nouvelle |
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