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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Apocalypse 21 v 1-5 Michel Wagner
Texte : Apocalypse 21/1-5
Genre : Prédication Auteur : Michel WAGNER Source : Le Lien (bulletin de l’Eglise protestante de Bruxelles, Chapelle Royale), n° 363, décembre 2001. LES NOUVEAUX CIEUX ET LA NOUVELLE TERRE (Apocalypse 21/1-5) Seul, un Dimanche matin, dans cette petite île de Patmos en mer Egée, où l'on montre aujourd'hui encore la grotte où il aurait eu sa vision, Jean l'Ancien : assis, voûté, pensif. A l'horizon, la mer, rien que la mer... Pas une mer de Club Med, de vacances ou de loisirs... une barrière infranchissable qui le sépare des siens. Seul, avec la musique obsédante des cigales dont le crissement ne saurait remplacer les chants de ses communautés : Ephèse, Smyrne, Pergame, et toutes les autres... Tristesse de l'évêque solitaire qui aurait tant de choses à partager avec ses fidèles, tant d'espérance à ranimer dans leurs regards inquiets. Mais soudain, est-ce un rêve, une vision ?... "Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu, la mer n'est plus, et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, prête comme une épouse qui s'est parée pour son époux". Serait-ce le rêve des exilés juifs à Babylone, pleurant leur Jérusalem perdue, qui se réalise avec sept siècles de retard ? Vision soudain transmise à ces petites communautés multi-ethniques, nées, en Asie mineure, de la prédication missionnaire des apôtres, isolées dans un environnement hostile. La vision de Jean l'Ancien, leur pasteur, apporte la plus insolite et la plus forte dimension de l'espérance : le monde, tel que Dieu le veut et le voit, "ils seront ses peuples et, Lui, sera leur Dieu". Une espérance œcuménique au sens premier et le plus fort du mot : universel, au sens du monde entier. Non pas un ensemble d'églises, de leur Méditerranée proche ni même de l'Europe, qu'ils ne connaissent pas encore, mais le monde entier. En cette fin du premier siècle, dans ce monde méditerranéen hyper-religieux, où tous les dieux sont en concurrence, où les peuples plient sous la férule du colonialisme romain, l'Apocalypse dévoile (c'est le sens propre du mot Apocalypse) non le rêve, mais le projet de Dieu pour l'avenir du monde. Trois échos forts de ce texte à partager en ce dimanche. 1) "Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle... et la cité sainte qui descendait d'auprès de Dieu". Nos rêves ne sont-ils pas bien souvent nostalgiques du "bon vieux temps", soupirs mélancoliques d'un "paradis perdu", d'une ruralité chère aux écologistes ? L'espérance de l'Apocalypse nous tourne délibérément vers l'avenir. Et l'avenir du monde est bien une cité. Non une cité aux banlieues de violences, aux tiers et quarts mondes laissés pour compte, ni même une cité, belle comme la vôtre, avec sa place célèbre, mais une cité où Dieu lui-même habite avec ses peuples. Et contrairement à l'opinion courante, hier comme aujourd'hui, l'identité de Dieu qui habite tout l'Apocalypse n'est pas celle d'un Dieu lointain, magicien tout puissant, mais celle d'un agneau crucifié. Le rachat, la guérison du monde ont commencé, nous rappelle la vision. Non pas d'un coup de baguette magique, comme dans nos contes de fées, mais par la venue d'un Messie assumant totalement la condition humaine. Un Dieu livré aux hommes et qui délivre le monde de son désespoir. Le salut ne viendra pas d'une Europe d'apartheid, élevant, autour de ses privilèges, des remparts de directives élaborées à Strasbourg ou à Bruxelles ! La ville nouvelle, le monde de demain, est un cadeau de Dieu. Ville ouverte aux quatre horizons du monde, et qui brille au soleil d'un ciel nouveau. Puisse, mes amis, l'Europe de nos enfants garder cette forte vision. Tel est le premier coup d'œil sur notre avenir. 2) Deuxième volet de cette espérance : "Ils seront ses peuples et, Lui, Dieu sera avec eux". Imaginez un instant le choc reçu, par les premiers chrétiens d'origine juive, à entendre les vieille prophéties : "Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu" soudain mises au pluriel. "Ils seront mes peuples, et moi leur Dieu !". Dépossession... ? Non, accomplissement ! La diversité culturelle, ethnique, des premières communautés chrétiennes accomplit le projet de Dieu. Question : nos églises, nos paroisses d'aujourd'hui, sont-elles assez diverses dans leurs langues, leurs couleurs de peau, leurs expressions culturelles, la diversité de leurs pasteurs, pour rendre visible ce qu'elles confessent : "Je crois la sainte église universelle" ? Autre question : au moment où nous redécouvrons la richesse, et les difficultés, du dialogue inter-religieux, sommes-nous assez ouverts à ces autres traditions, et en même temps assez enracinés dans notre foi au Dieu du peuple juif, révélé par le Messie crucifié, pour le confesser vraiment comme Sauveur du monde au-delà des tâtonnements de nos dialogues ? Dans cette cité sainte, plus de temple ! Nouveau choc pour les chrétiens d'origine juive. Disparu, le temple de Jérusalem, signe permanent de la présence de Dieu. A l'inverse : un Dieu proche, à portée de main, à portée de voix, accessible à tous. Alors, pour demain, plus de temples (au pluriel), plus d'églises (au pluriel), plus de cultes, plus de messes, ni même de célébrations œcuméniques. "Le Seigneur Dieu, tout puissant, ainsi que l'agneau" sont au centre de toute la ville et de toute la vie. Ils en éclairent le quotidien et lui donnent sens pour l'éternité. J'aime, mes amis, la laïcisation ultime de cette vision. Notre espérance dernière n'est pas une église, même réunifiée et devenue parfaite. C'est la création de Dieu toute entière, le monde et tous ses peuples réconciliés dans la lumière de Dieu. C'est le deuxième coup d'œil sur notre avenir. 3) Dernier écho de cette espérance. Elle qualifie dès maintenant notre action caritative ou diaconale. "Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni cri, ni deuil, ni souffrance". Combien faut-il s'y cramponner, mes amis, à cette vision, en ce début d'un siècle marqué de souffrances, de tensions et d'une misère aussi universelle que la mondialisation ! Misère qui fait se lever tant de laissés pour compte en questionneurs quotidiens de nos privilèges. Et si nos regards se portent un peu plus loin : Palestine de violences quotidiennes, frustrée de sa paix, Algérie sanglante, Irak, Kosovo, Kurdistan, Rwanda, Congo, où les sanglots des populations civiles déferlent sur les écrans d'une information qui nous accable, mais conforte aussi notre résignation. Faut-il désespérer ? Baisser les bras ? "Je fais toutes choses nouvelles, dit le visionnaire de l'Apocalypse ; à celui qui a soif, je donnerai de la source d'eau vive gratuitement". Rendre cette espérance opérationnelle dans notre vieille Europe, frères et sœurs, c'est savoir que tous nos combats contre tous les racismes, toutes les discriminations ou purifications ethniques, tous nos combats pour le respect universel des droits de tous les êtres humains, à commencer par ceux des enfants, vont dans la bonne direction. Aucun geste de partage n'est vain. Aucune militance contre l'injustice ou la faim, aucune lutte contre la torture ou l'oubli ne sont sans échos dans le cœur de Dieu, comme aux oreilles des hommes. Lutter contre tous les pillages et toutes les pollutions de la création, c'est aussi inscrire cette espérance dans la réalité de l'histoire. Si discrets, si disproportionnés soient-ils, vécus au quotidien, les actes de notre espérance sonnent déjà le carillon de la cité nouvelle, dans nos villes de grisailles. "Voici je viens... bientôt", conclut le veilleur de l'Apocalypse, en nous confiant ce troisième coup d'œil sur notre avenir. Dites-moi... il rêve, ce veilleur... ! Il serait grand temps de l'envoyer voir un psychanalyste ! Non, mes amis, le sage, l'Ancien de Patmos, ne rêve pas. Il voit même beaucoup plus clair que nombre de nos prévisionnistes. Il voit ce monde et son avenir tels que Dieu lui même les voit. En ce dimanche matin de Patmos, il a levé le voile de notre devenir. Il a rempli nos yeux, nos cœurs et nos mains de son espérance. Amen ! |
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Cultes contemporains