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Apocalypse 21 v 1-5 Alphonse Maillot



Texte : Apocalypse 21/1-5
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 116-118).



4° dimanche après Pâques
ou 5° dimanche de Pâques

Apocalypse 21/1-5

Nous devons nous remémorer ici l'avertissement paulinien de 1 Corinthiens 13/9-12, quand il nous rappelle que « notre connaissance est partielle, que ce que nous pouvons dire (du salut) n'est que partiel (et partial), que nous sommes encore des tout-petits qui babillent, bafouillent et balbutient à propos d'un monde « adulte », et dont nous ne voyons que d'insaisissables images » quand nous parlons du Royaume en particulier. Ce ne sont et ne seront, jusqu'au dernier jour, que des manières approximatives, partielles, et j'y reviens, donc partiales, pour essayer de dire quand même ce qui dépasse infiniment nos intelligences, nos mots, a fortiori nos idées. Ici, Jean n'échappe pas, même s'il est en extase, à cette relativité, à cette limite quand il parle de ce qui arrive à la fin des temps (et en le lisant, nous renforçons cette relativité). C'est pour l'avoir oublié qu'on a souvent perdu de vue que ce Royaume de Dieu n'était pas une cité humaine à la puissance 10 ou 100 ou... même 1 million ; mais une Cité que nous ne pourrions même pas décrire, saisir (et encore moins construire) ; et cependant une Cité que Dieu nous fait la grâce de pouvoir évoquer. Ce qui est dit ici n'est donc pas à prendre pour des images adéquates, mais pour des « tremplins... d'admiration » et d'adoration. C'est une évocation, ce sont de lointaines indications. Mais, répétons-nous bien, il faut se garder de voir là des réalités précises (comme ces sectes qui nous décrivent la villa... américaine avec douze pièces et piscine... — même s'il n'y a plus de mer — qui nous attendent au Royaume... si, bien entendu, vous les aidez... à construire leurs vingt-quatre pièces ici-bas !).

D'ailleurs, Jean prévenait : « C'est nouveau, tout sera nouveau ». Le malheur est pour nous que « nouveau » = (seulement) restauré, replâtré, refait en mieux sans doute, mais alors ce n'est jamais que du néo-ancien (Qohélet ou l'Ecclésiaste nous avaient prévenus). « Nouveau » dans la Bible, c'est ce que nous ne pouvons ni faire ni même imaginer. C'est « autre », et même « tout autre » (1 Corinthiens 15/39-41 ; et cf. aussi le malentendu entre Jésus et Nicodème en début de Jean 3). Que ceci soit très clair : il y aura à la fin un tout autre ciel et une toute autre terre (d'un autre ordre, dit la TOB). Et tout ce que nous pouvions en connaître par la terre où nous vivons et par le ciel que nous voyons, aura disparu. Et même il n'y aura plus de mer...

Ici, pour comprendre la disparition de ce lieu de délices (?) pour maints estivants, il faut se souvenir de tous ces mythes anciens où la Mer (personnifiée souvent par la déesse Tiamat) représentait les forces d'anéantissement et du chaos qui cherchaient à faire disparaître l'œuvre de Dieu. Certes, Dieu vaincra la mer et ses acolytes, tel le Léviathan : Genèse 1 ; la fin du Déluge, la sortie d'Egypte. Certes, il a mis des frontières à la Mer (Proverbes 8/29, Job 38/8-11 où, dans les deux cas, le phénomène des marées est interprété théologiquement) ; et la Mer ne manquera pas de se révolter contre le Christ et ses disciples (Marc 4/35-41 et parallèles) ; tandis que Jésus la matera, voire même marchera sur elle (Marc 6/45-52 et parallèles), cette Mer et les puissances maléfiques qu'elle symbolise n'ont pas été détruites, mais simplement enchaînées avec un strict domaine réservé, dont elles ne peuvent déborder, même si parfois elles paraissent pourtant se déchaîner.

Dans le Royaume, tout cela, et donc en particulier toutes ces puissances de chaos et de négation, auront disparu. Ce ne sera plus ! Et cela nous est très difficile à imaginer. Précisément l'imaginer reviendrait à laisser cours encore à ces puissances maléfiques dont nous (et notre intelligence) ne sommes pas encore débarrassés.

v. 2 : La Jérusalem qui vient…
— 1° est, elle aussi, nouvelle ; les v. 11-27 montreront combien elle sera autre que celle que nous pouvons connaître, même si, grâce finale faite aux hommes, elle recueillera la gloire et l'honneur des nations (v. 26). (On comparera d'ailleurs Apocalypse 21/25 à Actes 14/27 de la dernière lecture) ;
— 2° (elle) descend du ciel ; ce ne sont pas les hommes qui, comme lors de l'antique tour de Babel (Genèse 11), ont construit une ville... dont le sommet touche le ciel, mais une ville non construite par les œuvres des hommes, qui descend d'auprès de Dieu, même s'il est probable que, dans sa miséricorde, Dieu se soit servi des œuvres de ses serviteurs incapables (inutilisables), pour en construire quelques parties (Luc 17/10 ; traduit en dépit du bon sens par la TOB).

Dans ce verset 2, on prendra garde au « comme » (comme une fiancée...) qui nous rappelle que nous sommes dans les images, même s'il faut mettre en parallèle avec 19/7 (et Ephésiens 5/29ss). Et c'est encore une voix (v. 3) qui informe de ce qui se passe : cette ville sera la tente de Dieu. La vraie. Allusion indiscutable à la fête, dite des Tabernacles, même si ce n'est pas le même mot (nous l'avons déjà rencontré), cf. Lévitique 26/11ss. Dieu viendra définitivement demeurer parmi nous, dans une fête éternelle (là encore attention !). L'Emmanuel (Dieu avec nous) sera définitif. Les larmes seront essuyées et « il n'y aura plus la mort ». Là aussi, c'est indescriptible : moi qui l'écris, je vais mourir, le papier sur lequel j'écris va disparaître. Et toi qui lis, tu vas aussi mourir... un jour. Nous sommes donc encore incapables de bien comprendre ce que cela veut dire.

Toutes les « premières choses qui vont disparaître » (v. 4) est mieux traduit par le lectionnaire catholique que par la TOB.

Car ici, il est clair que la première création a été faite en vue de la deuxième, comme le premier Adam a été formé à cause du deuxième (Romains 5/14). Cela, nos frères orientaux — moins influencés par le néfaste (sur ce point) augustinisme qui ne voyait dans l'Incarnation du Christ qu'une conséquence (« heureuse » : felix culpa) de la faute d'Adam — l'ont mieux saisi que nous. On a intérêt à les relire sur ce point.