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Apocalypse 1 v 9-18 - Hans Bornkam



St Matthieu, le 23 janvier 1994

Pour bien comprendre le message, il faut nous plonger dans la vie spirituelle et religieuse d'Ephèse, ville commerçante d'Asie Mineure dans les années 100 après JC. On la disait alors gardienne du Temple de l'Empire. Elle était un des hauts lieux du culte voué à l'empereur romain. Celui-ci, Domitien acceptait les honneurs réservés à un dieu; des statues le représentant étaient érigées partout. Il se faisait appeler "seigneur de la terre" et "sauveur du monde". La ville d'Ephèse se faisait un devoir de respecter ce culte du dieu-empereur. Qui ne s'inclinait pas devant la statue était passible de poursuite.
La prédication de Paul avait pourtant trouvé là un écho. Une petite communauté y était née dont Jean deviendra dans ses vieux jours l'un des éléments moteurs. Dans ses prédications, ce même Jean s'élevait fortement contre le culte de l'empereur. Le conflit se révéla vite inévitable. Jean fut saisi par les fonctionnaires de l'empereur et envoyé en exil sur l'île de Pathmos. Ce devait être un avertissement pour les autres chrétiens, car c'est la communauté toute entière qu'on voulait toucher en visant l'apôtre
Et comme cela se passe souvent: "Vous avez voulu me faire du mal, mais Dieu a voulu en faire du bien"(Gn 50/20). Voulant, en le condamnant à I'exil, réduire Jean à l'impuissance, les autorités d'Asie mineure deviendront de fait agents de Dieu. Il leur a suffi de soustraire Jean à l'inconfortable situation de responsable de communauté, pour qu'il puisse dans l'isolement de Pathmos, accéder au silence intérieur où la révélation de Dieu peut l'atteindre
Nous devrions aussi parfois nous demander en quoi le mal, les difficultés et les désagréments qui nous touchent, peuvent être constructifs. Lorsqu'en Allemagne, dans les années 1934-35, las groupes de jeunes durent céder la place à la Hitlerjugend, les églises subirent une lourde désaffection. Mais dans cette même jeunesse, qui jusqu'alors ne montrait guère d'attirance pour cela, l'intérêt pour la lecture biblique augmenta dans de telles proportions que I'aumônier de la jeunesse bavaroise disait ne pas pouvoir faire face à la demande. Dieu utilise aussi des forces du mal pour parvenir à ses fins.
Coupé de ses frères et sœurs, Jean reçoit dans son isolement une nouvelle forme de communication. Cette révélation, don de l'Esprit de Dieu, il va l'utiliser pour réconforter les paroisses d'Asie mineure.
C'est dimanche, jour du Seigneur. Jean sait qu'à Ephèse, la communauté est réunie pour le culte. Il voit Jésus entouré de 7 lumières. 7 est le chiffre de la totalité, de la perfection. Dans l'abandon de l'exil, Jean, découvre que Christ est au centre de son peuple. Le ressuscité, celui qui a été élevé par le Père, celui que ne limitent ni temps ni espace, est présent dans son église. Cette présence ne se limite pas à Ephèse ou à Pathmos; en Christ toutes les communautés sur toute la terre sont unies les unes aux autres.
Celui qui feuillette le livre de l'histoire de l'humanité ne peut qu'être effrayé de voir combien cette révélation est occultée par l'action déstabilisatrice du diable. Que de fois des chrétiens ne se sont-ils pas dressés les uns contre les autres. L'histoire de nos deux pays en est la triste illustration. Dans les grandes crises, cette certitude de l'unité en Christ a été pourtant, pour les Chrétiens, une motivation plus puissante que la propagande des états, contre les schémas figeant les frontières et les relations humaines en terme d"'ami-ennemi" La vision de Jean est revêtue à la fois des insignes impériaux et sacerdotaux; son visage brille conne un soleil; les sept étoiles dans sa main sont symboles de son règne sur le cosmos entier. Cette représentation se trouvait sur les pièces de monnaie ayant cours à Ephèse. Jean dénonce donc là le culte de l'empereur. A la communauté opprimée il proclame: "A Christ la puissance, la toute-puissance sur le monde. Quelque terrifiants que puissent paraître les puissants de ce monde, vous n'avez pas à les craindre. Christ est Seigneur".
Revendication contre revendication! Que de fois les choses ne se sont-elles pas passées ainsi au cours de l'histoire? Notre siècle a vu l'écrasement de tyrans sanguinaires à la conscience chargée de la souffrance et la mort de millions d'individus.. Il y a trois ans ½ disparaissait le régime de la DDR à qui avait été offert le sacrifice de tant de ces libertés que le socialisme devait assurer. C'est sans violence que ce régime bâti sur la corruption, l'espionnage et le mensonge a été supprimé. Et l'église considérée en ennemie pendant des dizaines d'années, a largement contribué au mouvement par ses prières pour la paix et ses manifestations à la lueur des bougies. Nous sommes témoins de la même chose en Russie où une église méprisée depuis 70 ans retrouve une audience et une influence réelle.
Même celui qui se contente de survoler l'histoire, ne peut que proclamer: Christ est Seigneur. C'est ce que proclame cette image du Maître du monde. Et ce message veut s'imposer à nous dans les angoisses que nous cause I'évolution du monde, mais aussi face à toutes ces forces et puissances qui, devant les agressions et difficultés auxquelles nous sommes confrontés veulent nous écraser et nous asservir de l'intérieur.
Jean qui n'a plié les genoux devant la statue d'aucun empereur, tombe à genoux devant cette image-là et il entend: "Ne crains point, je suis le premier et le dernier et le Vivant. Je fus mort et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles, je tiens les clefs de la mort et de l'Hadès (trad. TOB)". Voilà que se déchire le grand voile de l'histoire et que nous pouvons voir jusqu'à l'avenir le plus lointain. Là se trouve Jésus qui tient dans sa main le commencement et la fin de ce monde. Là nous découvrons le but vers lequel ce monde tend. Advienne que pourra et nous n'avons guère à nous forcer aujourd'hui pour envisager le pire: Christ sera le dernier. C'est lui qui est mort sur la croix, pour l'humanité..
Voilà, chers amis, notre consolation dans les difficultés et agressions qui nous touchent: nous pouvons savoir que nous avons un but, désigné de façon incontestable. Tous les mystères de ce monde, tous les malheurs sont portés dans ses mains par celui à qui appartient la victoire finale. Notre chemin nous conduit vers lui. La puissance dernière reste la mort qui détruit toutes choses et les rend vaines. Cette puissance se voit anéantie, elle ne peut plus rien. La mort doit rendre sa proie parce qu'il y a là plus puissant qu'elle.
Lors de chaque culte, ce plus puissant parle à son église. C'est pourquoi le culte est autre chose qu'une assemblée humaine. Quelque chose de l'éternité y fait irruption dans notre temporel, notre temporel y découvre quelque chose de l'éternité. Nous discernons ce vers quoi nous tendons, nous puisons des forces pour tenir en église jusqu'à la fin.
Le visage que voit Jean resplendit comme le soleil. La terre que ce soleil n'illumine pas devient vite froide et glaciale. Nous savons combien est grande la surface de ce monde couverte de cette glace. Tout ce qui est humain y meurt. n'y éclosent que les fleurs glacées de la méfiance et de la haine. Mais nos visages, eux, doivent refléter un peu du soleil de Jésus Christ pour donner un peu de chaleur au monde. Cela est exigé de chacun, à la place qu'il occupe. Nous le pouvons parce que nous appartenons à celui qui a vaincu toutes choses et qui tient tout pouvoir entre ses mains



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