Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Amos 6 v 1,3-7, 13-14 Jean-Daniel Wohlfahrt



Retour en Palestine. Bien loin de Jonas que nous avions accompagné, il y a une quin-zaine, dans ses aventures à Ninive, la grande ville. Nous sommes à une toute autre époque. Autre époque, autre style, les prophètes se suivent et ne se ressemblent pas. Amos le prophète réunit sous une même attaque les deux royaumes séparés Palestine, Juda et Israël, Juda et Jacob.
C'est un personnage peu banal que notre prophète. Je suis persuadé que s'il avait pré-senté sa candidature à un poste de pasteur de notre église française ou de bien d'au-tres aussi, il n'aurait guère eu de chance. Qu'il soit plus allumé qu'illuminé passe en-core, on en attend pas moins d'un prophète mais son langage n'aurait pas plus cours aujourd'hui qu'il n'était admis dans la bonne société de jadis. Ecoutez-le quand il traite les femmes de "vaches de Basan" (4/1). Même si ces vaches de Basan étaient alors aux vaches de Palestine ce que sont les grisonnes aux étables suisses ou les charolai-ses aux vaches françaises, je vous assure que dans la bouche du prophète cela n'avait rien d'un compliment. Dans notre passage, il ne s'en prend pas aux femmes seulement mais avec une rare véhémence à ces hommes aussi qui sont sûrs de leur salut sans avoir d'autre faire valoir que leur arbre généalogique, leur appartenance au peuple d'Israël.
Beau final que son: alors fini, la confrérie des avachis!
Amos prophète en Palestine, réunit en une même diatribe les deux royaumes séparés, Juda et Israël, Juda et Jacob. Juda, c'est territorialement parlant Jérusalem; Jérusalem c'est Sion, la colline, et sur la colline, le Temple, seule et unique demeure de Dieu. Au-jourd'hui encore des juifs du monde entier paient très cher pour se faire enterrer, face aux murailles que surplombait jadis le Temple, sur les flancs du Mont des Oliviers car c'est là que selon la tradition apparaîtra le Messie. Heureux donc, dit-on, ceux qui sorti-ront les premiers de leur tombeau, au grand jour de l'avènement du Messie, Ils seront les premiers à voir le Seigneur de leurs yeux. Ils seront surtout ceux que le Messie ver-ra d'abord, et donc sauvés parce qu'ils se trouvaient là au bon endroit, au bon moment.
Malheureux ceux qui ont fondé leur tranquillité sur Sion et qui ont mis leur sécurité dans la montagne de Samarie.
Ce texte nous pose d'abord le problème du lieu saint du lieu sacré, mis à part et porteur de salut pour qui s'y trouve. La plupart des religions connaissent des lieux saints: c'est La Mecque pour les Musulmans, Salt Lake City pour les Mormons, le Gange pour les Bouddhistes. Ce sont lieux chargés du souvenir d'une théophanie, d'une manifestation de Dieu ou d'un saint. C'est le Sainte Odile pour l'Alsace catholique, Lourdes, pour le francais, Mariastein pour le bâlois, Medzogordje pour l'Européen catholique, c'est le Si-naï et toujours Jérusalem pour le juif. Le croyant considère que ce sont là des lieux où il est plus facile qu'en d'autres de rencontrer Dieu. C'est sur le Mont Sinaï que Moïse re-çoit les tables de la loi, c'est dans le temple de Sion que Dieu réside d'où il dirige le monde. Que pourrait-il donc arriver de mal à celui qui habite à l'ombre du Temple, à l'ombre de Dieu.
Et pour les réformés demanderez-vous? Il connaît des lieux historiques: Genève ou les Cévennes, La Rochelle, Aigues-Mortes ou Debrecen en Hongrie, mais personne ne re-connaîtra jamais à ces lieux autre chose qu'un intérêt historique. Lieux de mémoire où il fait bon se retrouver entre croyants dans un même souvenir du passé, dans la mémoire des hauts faits de ceux qui ont ouvert la voie, dans l'idée, qui est d'ailleurs celle du ju-daïsme quand il parle de son Dieu comme du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, en-tendant par là que ce Dieu qui a soutenu ceux qui nous ont précédés dans la foi ne sau-rait nous abandonner, nous aujourd'hui. Il ne nous viendrait pas à l'esprit de chercher autre chose en ces lieux-là et de trouver autre choses que les traces cette nuée des témoins dont parle l'Evangile, et là nous puisons là force et courage pour aller de l'avant.
Nous vivons ainsi en conformité avec la parole de Jésus à la Samaritaine (Jean 4:23) les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; tels sont, en effet, les ado-rateurs que cherche le Père. En conformité aussi avec l'Apôtre Paul: ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit?
Nous ne saurions lier Dieu à un lieu quelconque, fût-ce l'endroit le plus beau, le plus chargé en histoire et en vécu, Dieu est vie en l'homme, c'est dans notre cœur qu'il veut être perçu, c'est par notre vie qu'il veut être proclamé et dans notre prochain que nous le rencontrons.
Inutile d'insister chacun peut d'ailleurs, des croisades qui voulaient en chasser "les infi-dèles" loin des lieux saints que le christianisme disputait aux judaïsme, jusqu'aux "inti-fada" actuelles juger des effets de l'attachement aux lieux saints.
Amos, faisons lui cette justice, est œcuménique. Il y en aura pour tous et pour chacun: Israël, l'autre partie du peuple va en recevoir une louche aussi. Ce sont eux qui habitent les confins de la Samarie et ses montagnes: bien loin de Jérusalem, séparés du royaume de Juda, ils n'ont pas encore de lieux saints à défendre mais leur confiance est mal placée, qu'ils accordent aux montagnes qui ne sauraient qu'offrir une sécurité trompeuse. Ils s'y croient mais non, l'ennemi approche, qu'ils se réveillent.
Confiance mal placée. Plutôt que du Dieu tout puissant, ce sont des lieux que ces hommes et ces femmes attendent protection et salut.
Mais la polémique du prophète va plus loin encore qui attaque le style de vie de ces hommes et de ces femmes. C'est là le fil conducteur de tout le livre d'Amos. Voilà des hommes et des femmes qui se vautrent sur des lits d'ivoire, qui boivent plus que de rai-son, qui font bombance, qui poussent la chansonnette. Trop occupés! Trop soucieux d'eux-mêmes pour se laisser interpeller, pour se préoccuper de la pauvreté autour d'eux, de l'injustice sur leur territoire, du sort de la veuve et de l'orphelin.
Et nous demanderez-vous; nous qui habitons, Bâle, Binningen, Allschwil et autres lieux de la région, en quoi tout cela nous concerne-t-il? Je n'en connais guère qui se vautrent sur des lits d'ivoire, nous ne passons pas notre temps à boire et à jouir de la vie mais faisons-nous tout ce que nous pouvons pour que la justice règne au moins autour de nous, faisons-nous ce qu'il faut pour que la veuve et l'orphelin n'aient pas à souffrir de leur manque d'appui? C'est vrai il y a les services sociaux…mais combien d'hommes et de femmes autour de nous n'ont pas le courage de faire ce premier pas si difficile d'aller frapper à la porte de ces services. Combien d'hommes et de femmes ne sont pas in-formés tout simplement. Peut-être suffirait-il de les aborder avec un peu de chaleur, un peu d'amitié, un peu d'amour plutôt que de fermer notre porte et notre cœur comme ce-lui qui vit pour soi-même et pour qui Dieu est loin, relégué en quelque lieu précis. J'ai déjà cité je crois ce mot de l'écrivain Rolf Hochhuth. Malheur à l'homme dont le Dieu est dans le ciel. Dieu dans mon cœur, Dieu dans ma vie, Dieu qui me parle, Dieu qui me guide.
Autre question qu'Amos le prophète nous pose: en quoi mettons-nous notre confiance? en notre appartenance à l'Eglise française? A une tel groupe de prière? Sommes nous fiers d'avoir été baptisé par tel pasteur plutôt que par tel autre? Rien n'importe sinon no-tre fidélité à l'enseignement de Dieu. Rien n'importe sinon notre témoignage en actes.
Il y a…il y a jugement de Dieu. Le verdict est terrible dans notre texte: me voici donc, je vais lever contre vous, maison d'Israël une nation, pour vous opprimer..
L'oppression s'étendra de Lebo-Hamath jusqu'au torrent de la Araba. Elle touchera les limites extrêmes du territoire. Le pays doit être entièrement dévasté. Hommes et fem-mes, jeunes et vieux, toutes et tous seront opprimés. Dieu y va fort!
Mais souvenons-nous de Jonas. Encore quarante jours, disait-il, et Ninive sera détruite. Quarante jours plus tard…. il ne se passa rien. Pas d'éruption volcanique, pas de trem-blement de terre ou de raz de marée, pas de feu du ciel brûlant tout sur son passage, pas d'inondation catastrophique. Rien….parce que Ninive s'était convertie, parce que la ville, hommes, femmes, jeunes et vieux, animaux compris s'étaient repenti du mal dans lequel il s'étaient complu. Parce que la ville s'est repentie, Dieu aussi se repent.
Déception de Jonas mais joie de Dieu pour chaque pécheur revenu à lui.

Jean Daniel Wohlfahrt, 14/10/01



Inscription à la newsletter