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Actes 5 v 27-32 Alphonse Maillot



Texte : Actes 5/27-32
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 93-95).



2° dimanche après Pâques
ou 3° dimanche de Pâques

Actes 5/27-32

S'il est une phrase que les Juifs n'ont jamais admis avoir prononcée, c'est bien celle de Matthieu 27/25 (lors de la condamnation du Christ) : « Que son sang retombe sur notre tête et celle de nos enfants ! ». Plus littéralement : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! ». Autrement dit encore : « Nous prenons sur nous la responsabilité de sa mort, et en assumons les conséquences ».

Je ne veux pas entrer dans le débat à propos de l'historicité de cette phrase, mais simplement essayer de cerner ce que Matthieu comprenait en nous la rapportant. Matthieu, le Juif, se souvient ici du Yom Kippour, et sans doute du Royaume de prêtres (ou sacrificateurs !) d'Exode 19/6. Le sang répandu sur le couvercle (kapporeth) de l'arche, est considéré comme celui que tous auraient dû verser pour leurs fautes ; il devient alors le sang qui recouvre (kipper) les fautes de tout Israël. C'est le sang qui sauve, et en priorité ceux qui l'ont versé. Et Matthieu voit dans cette phrase, celle qui sauvera en priorité Israël de tous ses péchés, et tout d'abord de celui qu'il est en train de commettre. Ce sang d'ailleurs heureusement, sera aussi versé par les Romains, c'est-à-dire par et pour tous les païens présents (et à venir). N'est donc sauvé que celui qui se reconnaît comme meurtrier du Christ, par ses fautes ou ses reniements. Ce n'est pas pour rien que le chapitre 26 de Matthieu se clôt avec le reniement de Pierre... dont il va justement être question un peu plus loin (dans la 3° lecture). Le Christ n'est pas seulement mort pour nos fautes, mais par nos fautes.

Ainsi, accepter d'avoir dit : « Que son sang soit sur nos têtes ! », n'est pas seulement accepter d'être coupable, mais surtout accepter d'être sauvé par la mort du Christ dont nous sommes tous coupables. Et accepter d'être coupables de cette mort, c'est ipso facto devenir chrétiens. Cercle vicieux (ou salvateur) que propose le christianisme au judaïsme. Cercle vicieux que le judaïsme récuse, en refusant toute responsabilité dans la mort (et le salut) du Christ. Cercle vicieux où les Juifs voient un... nœud coulant.

C'est clair ici dans l'accusation du Grand Prêtre (v. 28 in fine). La longue complainte d'innocence d'Israël (commencée dans les Psaumes) trouve ici sa pleine formulation. Et prenons garde à ne pas lui faire la leçon, mais efforçons-nous de bien lire la réponse de Pierre (laissons pour l'instant le v. 29 de côté).

Pierre commence par invoquer nos pères (le Dieu de nos pères) pour bien faire comprendre que, pour lui, l'Eglise est la suite légitime d'Israël. Elle a les mêmes pères ; puis il en vient à l'intervention toute nouvelle de ce Dieu des pères : « Il a ressuscité Jésus ». Et il continue : « Ce Jésus que vous avez pendu au bois ». Ce « vous » devenu si malencontreux depuis qu'il a servi l'apologétique chrétienne, en voyant dans les Juifs les seuls déicides, alors qu'en s'essuyant ainsi du sang du Christ, l'Eglise s'esquivait du salut et se replaçait ipso facto sous la condamnation.

Mais dans le contexte (surtout après le « nos » pères), ce « vous » s'explique parfaitement. Le Grand Prêtre dit : « Voudriez-vous nous faire croire, en nous prêchant le salut et le pardon des péchés par la mort du Christ, que nous sommes aussi coupables de sa mort (cf. v. 33) ? ». Réponse de Pierre : « Mais oui, vous aussi, vous l'avez crucifié et par là même il vous a apporté, à vous aussi Israël, le pardon des péchés et la possibilité de tout remettre en question (= conversion). Nous, désormais, qui avons accepté cela pour nous, nous sommes maintenant des témoins (et bientôt des « martyrs », c'est le même mot : v. 40-41). Et le cercle « vicieux » est à nouveau posé devant le Grand Prêtre et ceux qui l'assistent.

On peut en revenir à la phrase du v. 29, dont il ne faudrait pas croire qu'elle est étrangère à la polémique « Grand Prêtre — Pierre ». En effet, c'est pour le moins une phrase d'inspiration juive. Le Juif laissait faire et même se laissait faire, tant que Dieu, son honneur, sa vérité, sa religion (et son Temple) ne paraissaient pas atteints. Mais (cf. l'époque macchabéenne), dès que l'obéissance fondamentale du Juif était bafouée (l'idole de Zeus dans le Temple, par exemple), alors c'était la révolte ; et cette magnifique phrase n'est pas d'abord celle d'un chrétien à un Juif, mais celle d'un vrai Juif (devenu chrétien) à un autre vrai Juif. Avec le sous-entendu : « Tu dois donc me comprendre, quand nous vous désobéissons ! ».




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