|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Actes 5 v 12-16 - Didier FIEVET
Texte : Actes 5/12-16
Genre : Notes bibliques et prédication Auteur : Didier FIEVET Source : Notes bibliques et prédication pour le dimanche 22.04.2001. Coordination ERF "Edifier-Former". 1- Quelques notes exégétiques La péricope qui nous est proposée suit ce premier drame du livre des Actes, la "mort miraculeuse" de deux membres réputés traîtres à la communauté et partant à Dieu. C'est la première fois que le mot Eglise paraît dans le Nouveau Testament. v. 12 — Deux mots désignent les actions des apôtres : semeia et terata ; on traduit le premier par signes, à juste titre. Le second par prodige. C'est oublier un peu vite que ces prodiges en question ont une nuance de monstruosité. C'est d'ailleurs ce mot qui est la racine du nom de la science médicale qui étudie les malformations graves (non viables) : la tératologie (mot à mot : science des monstres). Alors, pourquoi deux mots, si ce n'est pour introduire une double lecture des prodiges ? Omothumadon est traduit par unanimement. Il est formé sur thumos, et sur omoios. Thumos désigne le souffle, la vie, le cœur, le foie lieu du courage et du désir. Omoios signifie, même, pareil. D'une même vie : il y a du chaotique là dedans, du non-séparé, du même, de l'incestueux... Ce petit adverbe pourrait avoir, lui aussi, une double connotation. v. 13 — Personne n'ose les rejoindre. Il faut tout donner ou rien... voir 5/1-11. Mais tout le monde en dit le plus grand bien... Mais quel bien ? Sur quoi se basent-ils ? Qui connaît le bien, comme dirait Jésus (Marc 10) ? Ce grand bien dont on parle, n'est-il pas admiration pour un certain héroïsme, une certaine pureté ? Comme certaines personnes qui vous disent : "La religion, il n'y a que les moines qui la vivent...". v. 14 — Ne pas traduire par "se joignent à la communauté en croyant au Seigneur...", mais plutôt : "se rallient par la foi au Seigneur" faute de quoi, on institue l'Eglise comme le transmetteur obligé de la foi. Les catholiques l'entendent ainsi ; les réformés ne se réfèrent pas d'abord à l'Eglise, mais aux Ecritures. v. 15 — "de sorte jusqu'à…" traduit par "on en venait à...". Autres lectures : Apocalypse 1/9-19 Jean 20/19-31 2- Prédication Ah, c'était le bon temps ! L'époque des temps héroïques. Le temps où on s'aimait tous ! Les biens étaient partagés, pas de secret entre les uns et les autres... Rien à dissimuler, le temps de la transparence et de la pureté... Oh, il y a bien eu ce petit épisode de Saphira et Ananias... Mais on les a bien vite foudroyé de la réprobation générale... Pas de doute. C'était le bon temps, ces débuts de l'Eglise. C'est toujours comme ça, d'ailleurs. Il y a toujours quelque part un bon temps... Un temps réputé innocent des origines... Souvent, l'expérience montre qu'il n'est pas si innocent que ça. Les jeux d'enfants sont souvent d'une cruauté qui ne font sourire que des mères distraites ou aveuglées. Il y a toujours un bon temps, auquel on voudrait se référer avec nostalgie ; un moment qu'on aurait voulu saisir, immobiliser, un instant qu'on aurait voulu retenir. Un instant originel. Une aurore diaphane à laquelle on voudrait revenir... Pour oublier la noirceur des jours, les temps difficiles, les frustrations, les petites cachotteries, les coins des yeux un peu jaunis... Ah ! Si on pouvait revenir au bon temps ! Ah ! Si on pouvait continuer à planer sur les nuages du premier matin, avant qu'ils ne crèvent en un premier orage... Cette nostalgie est déjà bien fixée dans le cœur de ces premiers chrétiens... Car, il faut le dire, très vite, la réalité a dû trancher dans le tableau idyllique. Luttes féroces entre judaïsants et Paul, problèmes d'autorité et d'unité, problèmes d'organisation, problèmes financiers,... Factions, frictions, invectives,... Très vite, la première église, je veux dire les premières églises (!) n'ont rien eu à envier aux nôtres ! ! ! Mais je voudrais vous rendre attentifs au fait que Luc, dans ces Actes des apôtres, ne va pas s'arrêter à ce temps réputé être l'âge d'or... Au contraire, il va accompagner la décadence, si j'ose dire. Il va poursuivre son récit au-delà de l'âge d'or. Son propos n'est donc pas dans l'imitation du bon vieux temps. Au contraire, c'est au fur et à mesure que se dégradent les choses, qu'il nous délivre son message. C'est ainsi que le mot Eglise apparaît pour la première fois au verset 11, juste après le drame de Saphira et de son mari... Curieusement, l'Eglise ne se dit pas dans la pureté supposée originelle, mais dans l'existence d'une communauté, au jour le jour, soumise aux réalités de l'humanité. Ne nous y trompons pas : Luc ne nous invite pas à un retour au bon vieux temps, mais à la réalité de nos églises. Sans doute même pouvons-nous ajouter qu'il chercherait plutôt à dire qu'il faut se méfier de ces communautés trop transparentes, trop fraternelles, trop partageuses, trop exigeantes pour être honnêtes ! Comme si la vie de chacun devait être prisonnière du groupe, comme si je n'avais de vie que d'appartenir à la communauté. Comme si la communauté pouvait se substituer à ce Jésus perdu... Comme si la communauté pouvait m'éviter le deuil... Trop fusionnel, trop chaotique pour être Evangile, en tout cas ! ! ! C'est dans cet esprit qu'il nous faut relire ce passage des Actes. Dès le verset 12 : "Beaucoup de signes arrivaient par la main des apôtres et beaucoup de prodiges parmi le peuple...". Pourquoi cette redondance ? C'est peut-être que le deuxième mot, traduit par prodige veut dire signe extraordinaire, signe effrayant, monstrueux... Parmi les signes... des monstruosités... Parmi les meilleures congrégations, parmi les plus célèbres communautés, parmi les ordres monastiques les plus stricts, des monstruosités... De temps en temps, un scandale vient défrayer la chronique, vient déchirer le manteau des apparences vertueuses. Et l'on tombe des nues... De temps en temps, on se souvient que l'homme reste homme, la bête tapie à sa porte... Nonchalamment allongée, se repaissant des héroïsmes les plus sublimes... Dès le début, aussi mythique soit-il, le miracle a un côté démoniaque... N'oublions pas ce qui vient de se passer en matière de prodiges : un homme et une femme foudroyés de n'avoir pas joué le jeu de la totale transparence... Et un peu plus loin, toujours dans le même verset : "Ils se tenaient tous d'un seul cœur...". Qui ça, ils ? Les apôtres ou bien ceux qui s'étaient joints à eux ? Imprécision volontaire ou non de l'auteur biblique, mais qui dit bien l'état du groupe : pas de place pour l'individu... Du moins, c'est ce risque que l'on voit poindre à l'horizon. "Tous d'un seul cœur... unanimement". C'est comme ça qu'on traduit... mais on pourrait traduire : "tous d'un même désir...". Disons-le clairement : la première communauté loin d'être le modèle auquel il faudrait se référer avec nostalgie, est menacée de n'être qu'une secte. Avec son code, son Guru en place de la divinité qui est partie, avec ses tendances fusionnelles et ses miracles et ses superstitions... Une secte... C'est pourquoi "personne n'osait s'agréger à eux..." (13) même si l'on disait grand bien d'eux... Quel bien ? Et Luc, notre auteur présumé, d'ajouter que, de plus en plus nombreux, de nouveaux arrivants ne rejoignent pas la communauté, ne s'ajoutent pas à la secte, mais se rallient au Seigneur... Subtilité de vocabulaire, me direz-vous... Oui mais, une plus une, plus une... ça finit par faire beaucoup ! On peut lire tout ce texte, à la fois comme une promesse, et comme une menace... Menace de tout ce qui pourrait devenir secte : fermeture, culte de la personnalité (l'ombre de Pierre ! Imaginez : Jésus n'a jamais guéri de son ombre !), loi communautaire fusionnelle... Tout le contraire de l'Evangile. Promesse : le Seigneur, disparu, reste le seul véritable motif de foi et, de plus en plus, les gens accourent, les malades, les désespérés, les tourmentés : la clientèle de Jésus se retrouve. Tous les paumés des alentours, tous ceux qui ployaient sous un fardeau trop lourd... Reste à cette communauté à choisir entre secte et Eglise... Secte recroquevillée sur elle-même, sur sa propre vérité. Eglise centrée sur un Autre, un absent dont il faut faire le deuil par la seule confiance... Secte propriétaire des personnes et du pouvoir, ou Eglise qui ne vit que la grâce de son Seigneur... Vous voyez, quand on pense à la communauté première, on a parfois l'impression qu'ils avaient de la chance, en ce temps-là, si proche de Jésus. Ils pouvaient croire plus facilement que nous... Mais vous voyez qu'il n'en est rien... Croire, hier, avant-hier, comme aujourd'hui, reste toujours un étrange mélange de décision personnelle et d'opportunité. Et le seul, l'unique rôle de l'Eglise est d'en être l'occasion. La première communauté avait beau avoir ses tendances sectaires, elle a néanmoins été l'occasion pour beaucoup de rencontrer la parole du Christ. Seule chose qui importe. Alors, notre Eglise, menace ou promesse ? Les deux, sans doute, selon les moments... Seule la foi, l'abandon personnel de sa vie à la confiance de Dieu, seule la foi est notre rempart... Car c'est Dieu qui construit la maison, faute de quoi les maçons bâtissent en vain... Seule la foi nous préserve de la dilution dans le monde comme du renfermement sur un passé mythique... La foi seule ! Amen. Autres textes de la même catégorie
|
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Jean 20 v 19-31 - David Mitrani