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Actes 5 v 12-16 - Alphonse Maillot



Texte : Actes 5/12-16
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 85-86).



1° dimanche après Pâques
ou 2° dimanche de Pâques

Actes 5/12-16

Puis-je sincèrement confier que ce texte, tout comme 19/1ss, etc… me laisse singulièrement perplexe ? Non seulement les « gros » miracles paraissent, ici, avoir été la pitance essentielle de la première communauté chrétienne, mais ces textes me semblent en contrebande avec la discrétion des miracles du Christ, qui, d'après Jean en tout cas, ne comptait pas beaucoup sur la « foi nourrie de miracles » (Jean 2/23-25 ; 6/15, 26-27 ; 20/29, cf. Matthieu 12/38ss et Luc 11/29ss). Et si on peut penser que Jésus a accompli une fois un miracle causé par un acte de superstition (Marc 5/28 et parallèles), c'est oublier que ce geste de la femme est un geste profanateur des tabous existants, et dangereux pour elle. C'est même tout le contraire d'un geste de superstition. Inutile de préciser que les guérisons au seul contact de l'ombre des apôtres (v. 15) me semblent, si elles ont eu lieu, avoir alors pour auteur un autre que le Christ.

Il y apparaît, en effet, que la première Eglise fut plus forte, plus efficace, plus éblouissante que son Maître. Et comme ce fut, en effet, la tentation constante de l'Eglise (depuis Pierre en Matthieu 16/22ss) : oublier l'échec de la Croix pour réussir là où le Maître avait échoué (relire encore la Tentation du Christ et le « Grand Inquisiteur » des Frères Karamazov), je me demande bien sincèrement si l'Eglise, au tout début, n'y a pas succombé, et si les difficultés qui ne vont pas tarder à suivre et ramener l'Eglise à une plus grande modestie, n'ont pas leur cause ici. Au lieu de courir de victoires en victoires, et de miracles spectaculaires en actes époustouflants, l'Eglise ne va pas tarder de trébucher de difficultés en difficultés. L'épisode de Lystre par exemple (Actes 14/9-15) semble bien avoir rendu Paul plus prudent, d'autant plus qu'il va manquer d'en mourir (14-19).

Si on tient à prendre ce texte (5/12-14) pour « moteur » d'une prédication, on n'oubliera pas de rappeler le texte qui précède et qui, lui, nous ramène sur terre (et même aux enfers !) : « La mort d'Ananias et Saphira » ; on y perdra l'image trop souvent idyllique que les chrétiens se font de l'Eglise primitive, où déjà l'argent et les tromperies qu'il engendre, y faisaient leur œuvre mortelle de concurrents du Saint-Esprit (5/9). C'est d'ailleurs, curieusement, lors de cet épisode qu'apparaît, dans le livre des Actes, le terme « d'Eglise », comme pour bien souligner que l'Eglise, ce n'est pas le Royaume (5/11). Même si ses membres y sont unanimes (? littéralement : « d'un même sentiment »).

On retiendra cependant du texte du jour, que la première Eglise ne veut pas se séparer du Temple ; elle ne veut pas rompre avec Israël (cf. 3/1-10). C'est Israël qui va rompre avec elle (5/17ss).

Comme on notera que tout le récit se place sous le portique de Salomon qui, quoique considéré comme appartenant vraiment au Temple, bordait (à l'Est) le parvis des païens (cf. 3/11). L'Eglise se tient pour l'instant sur la frontière entre Israël et les nations, mais bientôt elle va être contrainte de s'exiler (8/2) jusqu'en Samarie. Et un jour... plus loin !... Jusqu'à nous !

On remarquera, non sans un peu d'ironie, que ce n'est pas volontairement, par exemple à la suite d'un bon (!) synode, ou d'un fumeux colloque que l'Eglise est devenue missionnaire, mais parce que les persécutions des hommes l'y ont contrainte. Plus tard, elle comprendra que ces persécutions furent sa bénédiction et sa chance (comme celles du Pharaon envers Israël). Dans le Temple, avec les apôtres et l'aide du Saint-Esprit, elle avait pourtant tous les éléments nécessaires pour faire de la bonne théologie et répondre à la question : « Quel sera l'avenir de l'Eglise ? ». Eh bien non ! Ce sont les événements qu'elle subira qui vont lui indiquer la route à suivre. Et, plus tard, elle interprétera la route qu'elle a dû suivre comme celle qu'elle devait suivre.




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