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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Actes 2 v 1-11 Anne Faisandier
Texte : Actes 2/1-11
Genre : Prédication Auteur : Anne FAISANDIER Source : Prédication pour le dimanche 31.05.1998 (Pentecôte). Bible et Liturgie, ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon. Et Dieu inventa le téléphone portable... S'il est un objet qui illustre parfaitement comment fonctionne notre société aujourd'hui, c'est bien le téléphone portable. De plus en plus petit, de plus en plus accessible par son coût et sa simplicité d'utilisation, en quelques mois il a connu un développement sans précédent et chacun d'entre nous ici connaît un parent, un ami, un voisin adepte de cette petite boîte, s'il n'en possède pas lui-même. Le téléphone portable... Il y a ceux qui ne jurent que par lui, et ceux qui en sont de farouches détracteurs. Être à même de joindre les autres où que l'on soit, quelle facilité ! Etre soi-même joignable en tous lieux, quelle sécurité ! Mais quelle tyrannie aussi où il n'est plus envisageable, jamais, de se protéger des préoccupations et des appels des autres, quand on n'a pas en plus la chance de se voir imposer ceux d'un inconnu qui téléphone dans la rue et partage sans complexes ses conversations... Il ne s'agit pas ici de faire l'éloge ou l'accusation du téléphone portable, mais simplement de remarquer combien il est symbolique de notre environnement quotidien : nous appartenons à un monde où, de plus en plus, on « communique ». Internet, la radio, la télé, les journaux... il faut com-mu-ni-quer pour être dans le vent. Le mythe de l'heure est à la transparence ; comme si l'on pouvait tout dire et que l'autre pouvait tout recevoir. Et nous voici bombardés en permanence de magazines distribués gratuitement par telle mairie, de slogans, d'images, de paroles qui finissent par toutes se ressembler et former une sorte de brouhaha de fond que presque rien ne parvient à percer. On parle... de tout, mais, au fond, les moments où l'on se parle vraiment, qui plus est où l'on entend, où l'on écoute vraiment, sont rares. Une conversation entre amis à l'issue d'un repas, peut-être ; quelques mots lâchés dans l'intimité d'une visite, éventuellement... Il se pourrait bien que, malheureusement, l'Église n'échappe pas à ce paradoxe de notre temps. De plus en plus de paroles, de documents, de notes, de journaux, et dans le même temps toujours aussi peu (voire moins ?) de réelle communication. A l'intérieur comme à l'extérieur de nos murs, nous avons parfois la désagréable impression d'un dialogue de sourds ; plus on parle, et moins l'autre entend. Nous gesticulons dans nos temples pendant qu'à l'extérieur de moins en moins de gens connaissent la signification, par exemple, de cette fête de Pentecôte. Pentecôte ? Mais c'est la feria à Nîmes ! Le pastis coulera à flot... Pourquoi ? Il y a un autre sens ? ! Eh bien, oui ! Etonnement, il y a un autre sens. Mais là où les choses se compliquent, c'est lorsqu'il s'agit de dire simplement quel est cet autre sens de la fête de Pentecôte : habituellement, on dit souvent "le don de l'Esprit aux disciples". Très facile à comprendre ! Il y a déjà au moins deux mots sur quatre qu'il faut expliquer si l'on veut avoir une infime chance d'être compris : « Esprit » et « disciple ». Remarquez, l'auteur du livre des Actes a été plus malin, il tourne la difficulté en racontant une histoire. Mais quelle histoire ! Une tempête dans une maison, suivie d'une invasion de langues de feu, et tout cela se termine en manifestation d'euphorie (ou de folie) collective où chacun parle une langue différente, qu'il ne comprend pas, mais que les autres comprennent. On peut le dire, ça nous aide ! C'est d'une clarté sans commune mesure. Le brouhaha de Jérusalem n'a rien à envier à celui de notre société saturée de messages ; la communication ne passe pas vraiment mieux. Et pourtant, si ! Ecoutez-la bien, cette histoire de la Pentecôte : voici qu'elle nous parle justement d'un miracle qui nous concerne directement ; il s'agit d'une Parole qui est dite et qui est entendue. Ni plus ni moins, mais c'est déjà énorme ! Ce jour-là, quelque chose s'est passé et les gens ont pu se parler, se comprendre. Simple, et pourtant étonnant, vu la propension naturelle de l'être humain à ne pas écouter quand on s'adresse à lui ou, au contraire, à saouler son interlocuteur de mots qui le contraignent à fermer ses oreilles s'il veut survivre. Etonnant, parce que simple : on croit toujours que la chose va de soi, que le pari est gagné d'avance et, du coup, on ne se donne pas la peine de faire l'effort de se mettre à portée de langage de l'autre. Combien de fois arrêtons-nous d'écouter l'autre, avant même qu'il n'ait terminé sa phrase, parce que nous pensons avoir déjà "tout compris" ? Et je ne parle pas ici de la lecture de textes que nous avons parfois tant et tant entendus qu'il nous faut sans cesse nous battre pour penser qu'ils peuvent encore nous dire quelque chose de percutant ! Combien de fois répétons-nous les mêmes choses, à des hauteurs de tons différentes, et dans des styles divers sans que le message semble pour autant passer (ce qui est très énervant) ? Sans cesse, nous avons l'impression qu'il nous faut traduire, interpréter, chercher de nouvelles formulations pour tenter de nous approcher tant bien que mal de la pensée de l'autre, sans pour autant jamais (ou presque jamais) y parvenir réellement. C'est comme si nous parlions toujours une langue étrangère, compréhensible seulement par nous-mêmes, emprisonnés à vie dans des mots qui ne parviennent pas à faire comprendre à l'autre ce qui nous habite. Cette histoire des disciples et de ceux qui les entendent à Pentecôte nous raconte justement l'inverse : une Parole percutante et efficace. Une Parole qui est entendue, alors que pourtant ceux qui sont là sur la place de Jérusalem n'étaient pas spécialement venus dans ce but. Une Parole qui réussit à traverser le brouhaha ambiant, ce mélange de langues et de cultures diverses, de préoccupations différentes, pour s'adresser à tous et à chacun en particulier. Une Parole qui se joue des pièges de la communication habituelle et vient toucher chacun dans son élan, au cœur de sa vie. Une Parole qui étonne, qui déroute, qui émerveille. Une Parole qui ne laisse pas indifférent. "Tous, nous entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu", dit l'un des auditeurs. Tous et chacun, dans sa langue maternelle. C'est-à-dire dans la langue qui nous est la plus personnelle, la plus intime, celle qui s'est gravée en nous avant même que nous ne puissions formuler une seule parole. Voici qu'à Pentecôte, Dieu parle au cœur des hommes et que ceux-ci entendent ; dialogue impudique d'une mère avec son enfant, mots d'amour chuchotés qui se gravent en chacun de nous. "...Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père", dira Paul. Pentecôte, ce n'est pas la fête de la communication de masse, mais celle du mot juste qui touche chacun de nous au plus profond de ses doutes et de ses espérances. L'histoire d'une Parole qui, pour une fois, est entendue. Mais aussi l'histoire d'une Parole qui fait ensuite parler d'elle. Car l'histoire de la Pentecôte tente aussi de nous faire comprendre quelle est la force de cette Parole lorsqu’elle nous saisit. Un vent violent, dit le texte, une sorte de respiration, de souffle, qui remplit les êtres, littéralement qui les rassasie. Une force de vie si puissante qu'aussitôt elle échappe à ceux qui l'ont reçue qui se mettent à parler, incapables de ne pas partager ce souffle qui les traverse et les comble. La Parole qui est donnée aux humains le jour de Pentecôte est farouchement libre, échappant aussitôt à ceux qui l'ont reçue pour aller toucher d'autres oreilles, traverser d'autres vies. Et les disciples se retrouvent à manier des langues qui leur sont inconnues, à s'aventurer sur des terrains qu'ils ne maîtrisent pas. Le jour de Pentecôte a lieu un véritable miracle : ce jour-là, Dieu parle et les hommes entendent. Ce jour-là, Dieu fait cadeau de sa Parole à toutes les oreilles et tous les cœurs qui veulent bien simplement décrocher le combiné. Ce jour-là, Dieu donne une parole de liberté qui interpelle et fait risquer, qui remet en marche, qui traverse nos pires incompréhensions ou découragements, sans jamais se laisser emprisonner dans la logique de l'un ou l'autre ; une Parole libre qui libère à son tour. C'est comme si, le jour de Pentecôte, Dieu avait inventé le téléphone portable avant l'heure. C'est peut-être cela le "don de l'Esprit". Dieu réussit à traverser les multiples brouillages et s'adresse personnellement à chacun de nous, là où il est, comme il est. Parfois il nous dérange, souvent il nous étonne, mais sa présence rassurante au fond de notre poche nous permet de partir loin en toute confiance. Et si, certains jours, nous décidons résolument de ne pas répondre et de débrancher, il laisse parfois un message sur la boîte vocale. Mais Dieu a sans doute aussi inventé le téléphone portable, parce qu'il ne nous est plus possible de répondre discrètement dans la chaleur de notre maison, ni même à l'abri des vitres d'une cabine publique. A partir du moment où l'on a accepté de décrocher, une partie de notre conversation nous échappe et va toucher d'autres oreilles, sans que nous puissions en maîtriser l'impact. Dans la rue, un inconnu qui passe... Parfois cela gêne, cela énerve, cela dérange. D'autres fois, cela permet d'entamer une conversation. Oui, le jour de Pentecôte Dieu a inventé le téléphone portable. C'est une invention qui n'a pas forcément plu à tout le monde, il y en a même qui se sont moqués. Mais, depuis deux mille ans, il est au bout du fil !... Autres lectures : Romains 8/8-17 Jean 14/15-26 Cantiques : NCTC 299 = ARC 230 Oh, parle-moi, Seigneur NCTC 267 = ARC 250 Adorons tous le Seigneur NCTC 220 = ARC 504 Viens, Saint-Esprit NCTC 219 Dieu de lumière, Esprit de vie ARC 503 Viens, Esprit de sainteté ARC 530 Tous unis dans l'Esprit |
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