Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Actes 2 v 1-11 Alphonse Maillot



Texte : Actes 2/1-11
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 153-157 & 162).



Pentecôte

Préambule : Notre ignorance crasse et... chrétienne (ces deux adjectifs sont, hélas, liés) des fêtes juives, prive notre prédication des fêtes chrétiennes d'une sève aussi ancienne que neuve. C'est pourquoi je me permets de vous recommander le remarquable livre de R. Martin-Achard : Essai biblique sur les fêtes d'Israël (Labor et Fides, 1974). Ce livre est épuisé, mais il m'étonnerait qu'il ne soit pas repris, d'autant plus que certaines précisions, sinon corrections, devraient probablement y être apportées. De toute manière, essayez de consulter ce livre. Votre compréhension et votre prédication des fêtes chrétiennes en seront, ne disons pas renouvelées, mais au moins vivifiées et certainement élargies. En tout cas facilitées. C'est pourquoi, d'ailleurs, les textes des fêtes chrétiennes devraient (sauf Noël et encore, cf. le Rosh Hashshannah, fête du Nouvel An) (1) comporter les lectures des textes des fêtes de l’Ancien Testament leur correspondant.

-o-

(1) Cf. cependant ce que j'ai déjà affirmé sur Jean 1/14 : "(Le Logos) a dressé sa tente parmi nous" qui semblerait indiquer que le Christ est arrivé parmi nous lors de la fête des Tabernacles (pour mourir à la Pâque !). Rappelons le jeu de mots probable "eskênôsen" (il dressa sa tente) avec la "Shekinah" (la présence de YHWH) et plus incertain avec le "ekenôsen" (il s'est vidé) de Philippiens 2/7.



Actes 2/1-11

C'est clair : ici, l'auteur renvoie, dès le v. 1, "au jour de la Pentecôte" dans lequel il voit un plein accomplissement, un épanouissement ; le texte porte, non le banal : "Quand arriva le jour...", mais : "Lors de l'accomplissement du cinquantième jour (jeu de mots sur "accomplir"), ils étaient tous ensemble au même endroit" ; non seulement l'auteur entend rattacher la Pentecôte à Pâques, comme étant son épanouissement, sa plénitude (Pâques a eu lieu-en-vue-de-la-prédication-aux-nations qui débute à la Pentecôte), mais (tout en montrant que Dieu ne reniait pas là la première Alliance avec ses fêtes, et que simplement il les reprenait, sans les nier, pour les charger d'un sens supplémentaire) l'auteur entendait aussi que ne fut pas délaissée, au moins comme terreau fertile, la fête juive qui est le "modèle" (le "typos") de la fête chrétienne. Dieu a suivi son calendrier... même s'il sait parfois s'en libérer.

Alors voici, en quelques mots rapides, ce qu'était la Pentecôte juive. Shabu'a ou plutôt Shabu'oth (car c'est le pluriel) = littéralement Septaines = Semaines = (racine homologue) Serments (Exode 34/22 ; Deutéronome 16/10). C'est (historiquement) d'abord une fête agraire (idem pour l'origine de bien des fêtes juives), qui a lieu 7 semaines ("septaines") après la Pâque ; c'est la fête des (premières) récoltes, fête joyeuse d 'offrande des prémices de tout ce qu'on engrange (c'est une excellente date pour une Journée d'offrandes, premier témoignage de l'Esprit nouveau qui nous est accordé). Très probablement à cause du jeu de mots possible entre : Sept et Serment (sh.b.') (cf. le livre des Jubilés : l6/10ss, in "Ecrits intertestamentaires"), cela est devenu la fête des "Serments", en particulier de celui de Dieu envers son peuple ; cela nous mène à une fête de l'Alliance de Dieu (depuis Abraham) avec son peuple, voire de la rénovation de l'Alliance.

Cela semble établi au moins pour 1'avènement de l'ère chrétienne. Le phénomène "d'historicisation" (transformation d'un mythe cyclique et agraire le plus souvent, en événement historique, et unique, mais dont chaque année on peut redécouvrir la "présence" ou le "présent" ; ici, un beau jeu de mots en français, à ne pas manquer), a joué à plein d'autant plus que là, une grande partie des (grandes) fêtes "présentait" surtout la sortie d'Egypte et donc Moïse...

L'alliance de Dieu avec Abraham n'était citée dans le recueil (liturgique) des Psaumes qu'en 105/9 (cf. v. 42). Etc…

-o-

Je crois que cet éclairage, moins banal que celui de la tour de Babel (qui est, lui aussi, très intéressant), permet de mieux suivre les v. 7-11 de ce chapitre 2 des Actes. Souvenons-nous de la promesse (serment) faite plusieurs fois à Abraham ; par exemple, Genèse 13/14-17, ou le curieux songe de Genèse 15/12-19 ; en n'oubliant pas que nous sommes nous-mêmes la preuve de la véracité de cette promesse.

Ensuite on pourra ajouter (cf. TOB et tous commentaires) que nous avons ici 1'anti-tour de Babel (Genèse 11/1-9). Cependant Dieu n'intervient pas ici pour détruire une unité humaine destinée à le "déloger", mais pour donner aux hommes les prémices de l'unité créée par l'Esprit.

Signalons aussi que le mot (anémos, cf. Jean 3/8) habituellement employé pour "vent", ne l'est pas ici, où il est parlé d'un (grand) bruit et d'un souffle violent. Quant aux langues de feu (cf. Esaïe 6/6s), elles évoquent plus, à mon avis, mais dans un registre apparemment contraire, le geste du Christ (Jean 13/4-10) purifiant les pieds des apôtres pour qu'ils puissent accomplir leur mission dans la poussière du monde.

L'Esprit purifie les apôtres avant de les envoyer dans le monde, même si le jeu de mots "langues (de feu)" et "langues (étrangères)" (2/3-4) est indiscutable.

Au v. 4, je crois qu'il faut traduire : "Ils commencèrent à parler...", même si la tournure semble donner raison à la TOB : "Ils se mirent à...". Le v. 13 semble, en effet, prouver que tout n'était pas très clair.

De toute manière,

a) on citera Galates 3/28 dont ce passage est l'illustration vécue, et

b) on insistera sur la nécessité pour l'Eglise de parler la langue de tous, et non pas de faire parler la sienne (le patois de Canaan) à tous.

Actes 2/2-4 sera aussi rapproché de l'échelle de Jacob (occasion du rappel de la bénédiction de toutes les tribus de la terre) : Genèse 28/10-32. Avec, là encore, un détour par la... tour de Babel au v. 17 (Babel = aussi en babylonien : porte (des dieux)). Enfin on pourra aussi songer à Nombres 11/25ss.

En tout cas, rien ne nous empêche de voir dans la fête de Pentecôte, la fête de l'Alliance Nouvelle avec le Christ, que scelle le Saint-Esprit, en faisant de tous ceux qui l'ont reçu, les citoyens... du monde ! On remarquera bien la notation ironique d'Actes 2/7 ; les citoyens du monde ne sont que de ces Galiléens méprisés de tous les vrais Juifs (cf. Jean 1/46 ; Luc 13/1-3... Esaïe 8/23).

Mais surtout, pas plus qu'on ne peut oublier la dépendance de la Pentecôte envers Pâques, on n'oubliera de parler de l'Esprit comme celui qui n'entend être que le témoin du Christ (cf. l'évangile de Jean 14/26 — c'est la troisième lecture ; 15/26-27 ; très bon commentaire de Pentecôte : 16/13-15).



"Plan" de prédication

On l'aura compris, à votre place, je préférerais expliquer, en l'actualisant, le texte classique d'Actes 2/1-21, où je ne manquerais pas de rappeler ce qu'était la fête de la Pentecôte juive, fête de l'Alliance au Sinaï et du don de la Torah, fête de la joie aussi (Deutéronome 16/11 et Jean 20/20), et enfin fête de la pleine naissance d'un peuple.

Je n'oublierais pas non plus que la première Pentecôte fut réservée à des Juifs fervents (v. 5), pour bien rappeler que la naissance de l'Eglise n'est pas une mise à l'écart (ni au rencard) du peuple juif comme, trop souvent, nous le pensons. L'Eglise n'est pas née contre Israël mais au sein d'Israël, au cours d'une fête juive, et le sermon de Pierre s'efforcera de le montrer (2/16-20), comme l'accomplissement de prophéties israélites. On en profitera pour exhorter fraternellement tous ceux qui sont là :

1°- à mieux retrouver les racines de leur foi : l'Ancien Testament ;

2°- (et ça n'a rien de paradoxal) à mieux cerner et vivre l'envoi de l'Eglise à toutes les nations, en sachant parler leurs langues (Actes 2/4 & 8-11) ; ce qui pose le "problème" (mauvais mot) jamais définitivement résolu, de la traduction de l'Evangile, non seulement dans les diverses langues, mais au niveau des cultures. Je me permets de penser que 1'Ancien Testament et son étude nous éviteront une dilution de la Bonne Nouvelle du Christ promis, dans une religiosité générale... autant que fade.




Inscription à la newsletter

Sondage
Quelles rubriques devraient être développées prioritairement ?