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Actes 2 v 1-11 (3) Alphonse Maillot



Texte : Actes 2/1-11
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 147-149).



Pentecôte

Préambule : Notre ignorance crasse et... chrétienne (ces deux adjectifs sont hélas liés) des fêtes juives, prive notre prédication des fêtes chrétiennes d'une sève aussi ancienne que neuve. C'est pourquoi je me permets de vous recommander le remarquable livre de Robert Martin-Achard : « Essai biblique sur les fêtes d'Israël » (Labor et Fides, 1974). Ce livre est épuisé, mais il m'étonnerait qu'il ne soit pas repris, d'autant plus que certaines précisions, sinon corrections, devraient probablement y être apportées. De toute manière, essayez de consulter ce livre. Votre compréhension et votre prédication des fêtes chrétiennes en seront, ne disons pas renouvelées, mais au moins vivifiées et certainement élargies. En tout cas facilitées. C'est pourquoi, d'ailleurs, les textes des fêtes chrétiennes devraient (sauf Noël et encore, cf. le Rosh Hashshannah (fête du Nouvel An) [cf. cependant ce que j'ai déjà affirmé sur Jean 1/14 : « (Le Logos) a dressé sa tente parmi nous » qui semblerait indiquer que le Christ est arrivé parmi nous lors de la fête des Tabernacles (pour mourir à la Pâque !). Rappelons le jeu de mots probable « 'eskênöosen » (il dressa sa tente) avec la « Shekinah » (la présence de YHWH) et plus incertain avec le « 'éckénôsen » (il s'est vidé) de Philippiens 2/7] comporter les lectures des textes des fêtes de l’Ancien Testament leur correspondant.

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Actes 2/1-11

C'est clair ici : l'auteur renvoie dès le v. 1 « au jour de la Pentecôte » dans lequel il voit un plein accomplissement, un épanouissement ; le texte porte, non le banal : « Quand arriva le jour... », mais : « Lors de l'accomplissement du cinquantième jour (jeu de mots sur « accomplir »), ils étaient tous ensemble au même endroit » — Non seulement l'auteur entend rattacher la Pentecôte à Pâques, comme étant son épanouissement, sa plénitude (Pâques a eu lieu en-vue-de-la-prédication-aux-nations qui débute à la Pentecôte), mais (tout en montrant que Dieu ne reniait pas là la première Alliance avec ses fêtes, et que simplement il les reprenait, sans les nier, pour les charger d'un sens supplémentaire) l'auteur entendait aussi que ne fut pas délaissée, au moins comme terreau fertile, la fête juive qui est le « modèle » (le « typos ») de la fête chrétienne. Dieu a suivi son calendrier... même s'il sait parfois s'en libérer.

Alors voici en quelques mots rapides ce qu'était la Pentecôte juive. Shabu'a ou plutôt Shabu'oth (car c'est le pluriel) = littéralement Septaines = Semaines = (racine homologue) Serments (Exode 34/22, Deutéronome 16/10). C'est (historiquement) d'abord une fête agraire (idem pour l'origine de bien des fêtes juives), qui a lieu 7 semaines (« septaines ») après la Pâque ; c'est la fête des (premières) récoltes, fête joyeuse d'offrande des prémices de tout ce qu'on engrange (c'est une excellente date pour une Journée d'offrandes, premier témoignage de l'Esprit nouveau qui nous est accordé). Très probablement à cause du jeu de mots possible entre Sept et Serment (sh.b.) (cf. le livre des Jubilés : 16/10ss, in : « Ecrits Inter-testamentaires »), cela est devenu la fête des « Serments », en particulier de celui de Dieu envers son peuple ; cela nous mène à une fête de l'Alliance de Dieu (depuis Abraham) avec son peuple, voire de la rénovation de l'Alliance.

Cela semble établi au moins pour l'avènement de l'ère chrétienne. Le phénomène « d'historicisation » (transformation d'un mythe cyclique et agraire le plus souvent, en événement historique et unique, mais dont, chaque année, on peut redécouvrir la « présence » ou le « présent » ; ici, un beau jeu de mots en français, à ne pas manquer) a joué à plein, d'autant plus que, là, une grande partie des (grandes) fêtes « présentait » surtout la sortie d'Egypte et donc Moïse...

L'alliance de Dieu avec Abraham n'était citée dans le recueil (liturgique) des Psaumes qu'en 105/9 (cf. v. 42), etc…

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Je crois que cet éclairage, moins banal que celui de la tour de Babel (qui est, lui aussi, très intéressant), permet de mieux suivre les v. 7 à 11 de ce chapitre 2 des Actes. Souvenons-nous de la promesse (serment) faite plusieurs fois à Abraham ; par exemple, Genèse 13/14-17, ou le curieux songe de Genèse 15/12-19 ; en n'oubliant pas que nous sommes nous-mêmes la preuve de la véracité de cette promesse.

Actes 2/2-4 sera aussi rapproché de l'échelle de Jacob (occasion du rappel de la bénédiction de toutes les tribus de la terre) : Genèse 28/10-32. Avec, là encore, un détour par la... tour de Babel au v. 17 (Babel = aussi en babylonien : porte (des dieux)). Enfin on pourra aussi songer à Nombres 11/25ss.

En tout cas, rien ne nous empêche de voir dans la fête de Pentecôte, la fête de l'Alliance Nouvelle avec le Christ, que scelle le Saint-Esprit, en faisant de tous ceux qui l'ont reçu les citoyens... du monde ! On remarquera bien la notation ironique d'Actes 2/7 : les citoyens du monde ne sont que de ces Galiléens méprisés de tous les vrais Juifs (cf. Jean 1/46, Luc 13/1-3... Esaïe 8/23).

Mais surtout, pas plus qu'on ne peut oublier la dépendance de la Pentecôte envers Pâques, on n'oubliera de parler de l'Esprit comme celui qui n'entend être que le témoin du Christ (cf. l'évangile de Jean 14/26 — c'est la troisième lecture — & 15/26-27 ; très bon commentaire de Pentecôte : 16/13-15).