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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Actes 2 v 1-11 (2) Alphonse Maillot
Texte : Actes 2/1-11
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Heureux ceux qui, n’ayant pas vu, ont cru — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année B (du Temps de Pâques à l’été). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1994 (p. 65-68 & 76). Dimanche de Pentecôte Actes 2/1-11 C'est clair ici : l'auteur renvoie, dès le verset 1, "au jour de la Pentecôte" dans lequel il voit un plein accomplissement, un épanouissement ; le texte porte, non le banal : "Quand arriva le jour...", mais : "Lors de l'accomplissement du cinquantième jour, ils étaient tous ensemble au même endroit". Non seulement l'auteur entend rattacher la Pentecôte à Pâques, comme étant son épanouissement, sa plénitude (Pâques a eu lieu-en-vue-de-la-prédication-aux-nations qui débute à la Pentecôte), mais (tout en montrant que Dieu ne reniait pas la première Alliance avec ses fêtes, et que simplement il les reprenait, sans les nier, pour les charger d'un sens supplémentaire) l'auteur entendait aussi que ne fût pas délaissée, au moins comme terreau fertile, la fête juive qui est le "modèle" (le "typos") de la fête chrétienne. Dieu a suivi son propre calendrier... même s'il sait parfois s'en libérer. Voici, en quelques mots rapides, ce qu'était la Pentecôte juive : Shabu'a ou plutôt Shabu'oth (car c'est le pluriel) = littéralement Septaines = Semaines = (racine homologue) Serments (Exode 34/22, Deutéronome 16/10). C'est (historiquement) d'abord une fête agraire (idem pour l'origine de bien des fêtes juives), qui a lieu sept semaines ("septaines") après la Pâque ; c'est la fête des (premières) récoltes, fête joyeuse d'offrande des prémices de tout ce qu'on engrange (c'est une excellente date pour une Journée d'offrandes, premier témoignage de l'Esprit nouveau qui nous est accordé). Très probablement à cause du jeu de mots possible entre : Sept et Serment (sh.b.') (cf. le livre des Jubilés 16/10ss, in "Ecrits Inter-testamentaires"), cela est devenu la fête des "Serments", en particulier de celui de Dieu envers son peuple ; cela nous mène à une fête de l’Alliance de Dieu (depuis Abraham) avec son peuple, voire de la rénovation de l'Alliance. Cela semble établi au moins pour l'avènement de l'ère chrétienne. Le phénomène "d'historicisation" (transformation d'un mythe cyclique et agraire le plus souvent, en événement historique et unique, mais dont chaque année on peut redécouvrir la "présence" ou le "présent" ; ici, un beau jeu de mots en français, à ne pas manquer) a joué à plein, d'autant plus qu'une grande partie des (grandes) fêtes "présentaient" surtout la sortie d'Egypte et donc Moïse... L'alliance de Dieu avec Abraham n'était citée dans le recueil (liturgique) des Psaumes qu'au Psaume 105/9 (cf. v. 42). -o- Je crois que cet éclairage, moins banal que celui de la tour de Babel (qui est, lui aussi, cependant très intéressant), permet de mieux suivre les versets 7 à 11 de ce chapitre 2 des Actes. Souvenons-nous de la promesse (serment) faite plusieurs fois à Abraham ; par exemple Genèse 13/14-17, ou le curieux songe de Genèse 15/12-19 ; en n'oubliant pas que nous sommes nous-mêmes la preuve de la véracité de cette promesse. Ensuite on pourra ajouter (cf. TOB et tous commentaires) que nous avons ici l'anti-tour de Babel (Genèse 11/1-9). Cependant Dieu n'intervient pas ici pour détruire une unité humaine destinée à le "déloger", mais pour donner aux hommes les prémices de l'unité créée par l'Esprit. Signalons aussi que le mot ("anémos", cf. Jean 3/8) habituellement employé pour "vent" ne l'est pas ici, où il est parlé d'une (grand) bruit et d'un souffle violent. Quant aux langues du feu purificateur (cf. Esaïe 6/6s), à mon avis elles évoquent surtout, mais dans un registre apparemment contraire, le geste du Christ (Jean 13, 4-10) purifiant les pieds des apôtres pour qu'ils puissent accomplir leur mission dans la poussière du monde. L'Esprit purifie les apôtres avant de les envoyer dans le monde, même si le jeu de mots "langues (de feu)" et "langues (étrangères)" (2/3-4) est indiscutable. Au verset 4, je crois qu'il faut traduire : "Ils commencèrent à parler...", même si la tournure semble donner raison à la TOB : "Ils se mirent... à...". Le verset 13 semble, en effet, prouver que tout n'était pas très clair ; les apôtres ont plus "baragouiné" que parlé un pur langage. De toute manière : a) on citera Galates 3/28 dont ce passage est l'illustration vécue, et b) on insistera sur la nécessité pour l'Eglise de parler la langue de tous, et non pas de faire parler la sienne (le patois de Canaan) à tous. Actes 2/2-4 sera aussi rapproché de l’échelle de Jacob (occasion du rappel de la bénédiction de toutes les tribus de la terre) : Genèse 28/10-32. Avec, là encore, un détour par la ... tour de Babel au v. 17 (Babel = aussi en babylonien : porte des dieux, et Béthel = maison de Dieu). Enfin on pourra aussi songer à Nombres 11/25ss. En tout cas, rien ne nous empêche de voir dans la fête de Pentecôte, la fête de l’Alliance Nouvelle avec le Christ, que scelle le Saint-Esprit, en faisant de tous ceux qui l'ont reçu, les citoyens... du monde ! On remarquera bien la notation ironique d'Actes 2/7 ; les citoyens du monde ne sont que de ces Galiléens méprisés de tous les vrais Juifs (cf. Jean 1/46 ; Luc 13/1-3... Esaïe 8/23). Mais surtout, pas plus qu'on ne peut oublier la dépendance de la Pentecôte envers Pâques, on n'oubliera de parler de l'Esprit comme de celui qui n'entend être que le témoin du Christ (cf. l'évangile de Jean 14/26 — c'est la troisième lecture ; 15/26-27 ; très bon commentaire de Pentecôte : 16/13-15). "Plan" de prédication Il est difficile, si l'on prend le troisième texte, de ne pas polémiquer contre l'Eglise romaine qui glisse ici sa thèse de la tradition avec un Saint-Esprit qui, en fait, apporte des compléments, ou plutôt des suppléments au Christ de l'Ecriture. Cela (polémiquer) doit être fait sans doute, mais pas le jour de la Pentecôte. Le premier texte, lui, est archi-connu et fort banal, mais en ces temps de racisme, peut-être a-t-il une vraie pertinence ? Quant au deuxième texte, il risque d'être très didactique. Mais il y a tant de contresens dommageables à propos des termes "chair" et "esprit", que je me risquerais probablement à essayer de l'expliquer. |
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