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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte Actes 2/36-41 Max BOURGEOIS
Texte : Actes 2/36-41
Genre : Prédication Auteur : Max BOURGEOIS Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 09.05.1999. "Plusieurs langues, un même esprit" Mboté... Bonjour... Guten Tag ! Ici, à Bonn, comme dans beaucoup de nos grandes villes, des hommes et des femmes de nationalités différentes se retrouvent côte à côte. Nous vivons dans un monde multinational. Pour nous qui sommes réunis dans cette chapelle, c'est une grande joie de pouvoir rencontrer des frères et des sœurs venant de divers pays. Nous avons pris l'habitude de chanter, de prier ensemble. Nous nous connaissons assez bien. Notre regard ne s'arrête plus sur les différences extérieures, comme la couleur de notre peau. Nous nous connaissons par nos prénoms. Nos différences sont autant de richesses et de sources de découvertes. Nous sommes unis par le même désir d'écouter la parole de Dieu. C'est la langue française qui est notre longueur d'ondes commune et, au-delà des mots, nous sommes à la recherche du même esprit, un esprit d'accueil, de tolérance, de service : l'Esprit du Christ. Mais, nous le savons aussi, à quelques centaines de kilomètres seulement, en ex-Yougoslavie, c'est cette même diversité d'origine et de culture qui pose problème. Les différences ethniques font couler le sang et les larmes. Comme souvent dans l'histoire, la peur et la haine de l'étranger causent violences et souffrances. Comme chacun et chacune de vous, je suis bouleversé à la vue de ces enfants et de ces femmes qui sont chassés de leurs maisons, séparés de leurs pères et de leurs maris. Je suis bouleversé de voir que, pour tenter de freiner cet exode, nous n'avons guère trouvé d'autre moyen que de faire sauter les ponts. C'est la rupture totale. Cette rupture des ponts est un symbole fort de cette crise. Ce matin, au moment de lire et d'écouter la Bible, des images se superposent, dans ma tête comme dans la vôtre, les images des visages fermés et douloureux de ceux et celles qui vivent la guerre et j'ai devant moi notre assemblée multicolore avec le sourire et le cœur ouvert. Pourquoi les uns sont-ils habités par tant de peurs et de haine ? Pourquoi d'autres ont-ils le courage de l'accueil, l'élan de la générosité et le sourire de l'amitié ? Ce même contraste, nous le lisons aussi dans le texte du jour. C'est un extrait du récit de la journée de la Pentecôte. L'apôtre dit : "Tout le monde doit donc le savoir avec certitude. Ce Jésus que vous avez cloué à la croix, c'est lui que Dieu a fait Seigneur et Messie". Par cette phrase, Pierre rappelle le grand bouleversement de Pâques, le grand contraste entre le tableau de la foule aveugle qui crucifie l'innocent et la vision du grand vainqueur qui sort du tombeau et qui monte au ciel. Ce formidable bouleversement de Pâques va en entraîner d'autres. Tout d'abord dans l'attitude des disciples. L'apôtre Pierre, qui était tremblant de peur devant une femme qui l'interrogeait dans la cour du Palais de Justice, devient devant une grande foule un prédicateur osé. Il ose dire les quatre vérités à ceux qui sont en face de lui : "Vous l'avez tué, vous l'avez crucifié !". Trois mille personnes, nous est-il dit, vont ensuite passer par le baptême pour signifier le grand changement, la conversion par laquelle ils sont passés. En quelques phrases, comme si cela était évident et simple, l'évangéliste Luc nous rapporte ce qu'il s'est passé le jour de la Pentecôte. La foule, bouleversée par la prédication de Pierre, pose la question : "Frères, que devons-nous faire ?". Pierre répond par ce qui est devenu l'abc de l'enseignement de l'Eglise : "Tout d'abord, convertissez-vous ; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit". Nous retrouvons là les trois axes de l'enseignement chrétien. Ce récit des événements du jour de la Pentecôte témoigne du dynamisme de l'Esprit. C'est à cela que j'aimerais m'arrêter, pour constater tout d'abord que la différence de langues n'est pas un obstacle insurmontable. Le jour de la Pentecôte, l'action du Saint-Esprit a comme première conséquence que ceux qui sont venus de régions différentes, qui parlent des langues différentes, peuvent s'entendre parler chacun comme dans sa langue maternelle. Ici, à Bonn, nous faisons aussi l'expérience de vivre avec plusieurs langues. Les enfants vont dans une école de langue française ou de langue allemande, j'allais dire de langue belge pour quelques-uns. Et puis, nous faisons nos courses en allemand, nous lisons les journaux en allemand ou en français. L'anglais vient au secours lorsque ni l'allemand ni le français n'est le dénominateur commun. Et nous avons appris à compléter aussi par des gestes, et puis, s'il le faut, nous avons recours à des interprètes ; ils ne manquent pas ici à Bonn. En fait, si je réfléchis à la question : avec qui est-ce que je parle ? Avec qui est-ce que j'entre en communication ? ou, au contraire, avec qui est-ce je n'entre pas en communication ? Avec qui est-ce que je ne parle pas ?, je m'aperçois que la langue n'est pas vraiment l'obstacle. Si je veux rencontrer quelqu'un, si je m'intéresse à lui, si j'ai besoin de lui, si je veux vraiment le rencontrer, je trouve les mots pour le rejoindre. Ce n'est donc pas une question de langues, mais plus une question de sentiments, d'attitudes intérieures, d'états d'esprit. Et je comprends l'action de l'Esprit de Dieu comme ce bouleversement intérieur qui m'aide à surmonter mes craintes pour aller à la rencontre de l'autre. Bouleversement quelquefois nécessaire pour établir des relations perturbées ou brisées. Il faut vivre des expériences quelquefois très fortes pour arriver à changer le regard que je porte sur moi-même et sur l'autre. Cela aussi, nous pouvons quelquefois l'appeler "conversion". La vérité, nous le savons, est difficile à entendre et délicate à dire. Elle est cependant source de libération pour tous. Et l'apôtre Pierre a le courage de la vérité quand il dit : "Ce Jésus que vous avez cloué, Dieu l'a fait Seigneur". En vivant à l'étranger, nous sommes presque inévitablement conduits à revoir nos positions, nos certitudes, nos convictions. Comme l'exil fut pour le peuple d'Israël une expérience spirituelle, de même, nous qui vivons à l'étranger, nous passons aussi par des crises qui nous aident à transformer notre regard sur la vie. Mais la confrontation avec une autre culture, avec une autre manière de se comporter nous invite aussi à changer nos convictions religieuses quelquefois. Cela nous en donne en tout cas l'occasion et la chance. Nous sommes amenés à considérer que ce que nous jugions jusque-là normal, juste et bon, ne l'était peut-être pas. Cela ne constitue peut-être pas une expérience de foi mais, en tout cas, peut nous conduire à renouveler notre foi. Ce qui nous unit finalement, malgré nos différences, ici dans cette chapelle, c'est que nous avons reconnu l'importance du Christ, et que nous le reconnaissons comme celui qui a autorité, celui devant lequel nous pouvons tous aussi nous courber. L'action de l'Esprit renouvelle cette vision que nous avons de Jésus pour chacun de nous. Et il nous entraîne ensuite, et c'est ce qui est à la fin de ce chapitre, à transformer nos comportements, à produire des œuvres de solidarité, de secours et de générosité comme il y en a tant besoin aujourd'hui. Mais je reviens à ma question de départ : pourquoi les uns sont habités par la peur des autres, par la haine, par la violence, surtout à l'égard de ceux qui ne sont pas comme eux, et pourquoi d'un autre côté, les différences de situations sociales, de cultures, de religions provoquent au contraire un intérêt, un désir de compréhension, d'accueil, d'entraide ? Y a-t-il des bons et des méchants ? C'est à cette conclusion un peu hâtive que l'on cherche souvent à nous faire parvenir pour nous dresser les uns contre les autres. Il me semble plutôt que la parole de ce jour met en évidence que les méchants d'hier peuvent devenir les bons d'aujourd'hui. Ce sont ceux qui ont crucifié Jésus qui l'ont ensuite reconnu comme le Seigneur. C'est l'apôtre Paul, qui a persécuté l'Eglise, qui en est ensuite devenu l'un des formidables défenseurs. Et, nous le savons bien, chacun de nous, nous sommes aussi capables du pire comme du meilleur. Alors je fais cette prière pour moi et pour vous : Seigneur, donne-nous l'Esprit qui nous met sur le chemin de la compréhension réciproque. Donne-nous l'Esprit qui donne le courage de la vérité. Donne-nous l'Esprit qui bouleverse les comportements et pousse à l'action. Amen. Références Musicales : - O Jésus m'aime - ARC 164 Ah, qu'il est doux pour des frères - ARC 174 Magnifique est le Seigneur - Chanson en Lingala qui veut dire servir le Seigneur. Quand on sert le Seigneur, c'est un travail qui est difficile. Mais à la fin nous avons une récompense dont nous allons hériter le royaume des cieux en servant le Seigneur. - Chanson en Kicongo. C'est une langue qui est parlée aussi au Congo. La chanson veut dire que nous, en tant que chrétiens, nous devons choisir le chemin de vie qui mène vers le Père. Et ce chemin, c'est Jésus-Christ. |
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