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Actes 15 v 1 à 5 & v 22 à 35 Yves Ehrmann



Dimanche 16 mai 2004
Pasteur Yves EHRMANN, Sarcelles (95)

Textes : Actes 15, v. 1 à 5 & v. 22 à 35 Apocalypse 21, v. 9 à 14 & v. 21 à 27 Jean 14, v. 23 à 31


Notes bibliques


La liste « habituelle » nous propose un extrait de ce chapitre 15 en sautant les versets 6 à 21, je trouve que cela est vraiment dommage car le récit est vivant et alerte, il n'a pas besoin d'être couper ; de plus et surtout : ne pas inclure le verset 11 qui est le cœur de ce passage est une erreur évidente.

Je vous propose comme commentaire de ce chapitre 15, dans le livre de Charles L'Eplattenier , « Les Actes des Apôtres » Edtion Labor et Fides les pages 173 à 178.
Il est parfait et on ne peut pas faire mieux !

Prédication

Voilà, ce matin pour notre méditation, la liste de lectures bibliques que nous suivons le plus souvent, nous proposait quelques versets de ce beau chapitre 15 du livre des Actes ;
mais il nous a semblé plus juste et intéressant de prendre l'ensemble de ce chapitre pour être à son écoute, et y découvrir une Parole qui fortifie notre foi, aujourd'hui.
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Alors, avec ce chapitre 15, nous sommes au milieu, un peu plus, du livre des Actes qui comprend 28 chapitres ;
c'est le milieu, le centre et surtout il s'agit là d'un récit qui nous retransmet un tournant très important dans la vie de l'Eglise chrétienne.

Le livre des Actes, c'est l'histoire de la progression géographique de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ; c'est le temps de l'expansion, pour l'Eglise primitive.
Grâce aux apôtres, conduit par l'Esprit ; il faudrait dire plutôt :
grâce à l'Esprit qui conduit les apôtres ; à cause de leur prédication et de leur témoignage, l'Evangile se répand.
Grâce en particulier à l'apôtre Paul, l'apôtre des païens, des régions entières vont découvrir la foi nouvelle, et l'Eglise va s'étendre de Jérusalem jusqu'à Rome.
L'apôtre Pierre, lui, restera de façon plus permanente à Jérusalem ; Avec Jacques, le frère du Seigneur, il s'occupera de l'Eglise de cette ville constituée en majorité de juifs convertis.

Mais, il faut le souligner : Pierre a aussi vécue cette expérience, pour lui extraordinaire, d'être mystérieusement conduit par Dieu pour annoncer l'Evangile non seulement aux juifs mais aussi aux païens ;
c'est ce qui lui est arrivé au chapitre 10 du livre des Actes, lorsqu'il est amené à rencontrer Corneille le centurion Romain.

L'histoire du développement de l'Eglise a donc été décrite par l'évangéliste Luc auteur du livre des Actes ;
Il fait œuvre d'historien, mais c'est aussi un croyant fervent qui n'est donc pas toujours vraiment impartial ;
il nous présente une évolution spectaculaire de la nouvelle Eglise ; sans doute que sa foi le pousse à présenter les choses sous un jour positif qui peut-être dépasse un peu la réalité.

Mais justement, pour un témoin qui veut rendre compte d'une Eglise forte et vivante, il est d'autant plus étonnant et intéressant de voir que son chapitre 15 nous donne la description d'une Eglise en pleine tension théologique et finalement en pleine crise.

Nous nous trouvons au moment de ce chapitre vers les années 49-50 donc 16 ans environ après la mort et la résurrection de Jésus ; et déjà des débats, des tensions des exclusions menacent l'Eglise naissante.
Des groupes « judaisants » c'est à dire des chrétiens issus de milieux juifs, veulent endoctriner les frères.
« Si vous ne vous faites pas circoncire selon la règle de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés » disent-ils !


En fait pour eux : être chrétien c'était d'abord être juif, donc circoncis, et ensuite, reconnaître Jésus comme le Seigneur ;
mais on ne pouvait pas être chrétien sans d'abord être juif.

L'apôtre Paul et son collègue Barnabas, qui n'avaient pas l'habitude de se laisser endoctriner, ont entamer alors une vive polémique contre ces judaisants.
Cette querelle a pris des proportions communautaires ; chacun prenant parti de l'un ou l'autre camp ; et les tensions furent assez vives et la situation assez inextricable pour que soit décidé qu'une délégation de cette Eglise d'Antioche aille jusqu'à Jérusalem, pour trouver les apôtres et les anciens à propos de ce différent, nous dit notre texte.

- Au chapitre 15 du livre des Actes nous assistons donc à cette rencontre-dialogue-témoignage entre les apôtres au sein de l'Eglise de Jérusalem ;
c'est cette rencontre qu'on a appelée par la suite : l'assemblée, le concile ou le synode de Jérusalem ;
car effectivement une prise de position de l'Eglise en tant qu'institution a été prononcée ce jour là.

Petite parenthèse maintenant pour vous dire que : le mois de mai c'est généralement l'époque où l'Eglise Réformée de France réunie son Synode national.
Ainsi, le synode de Jérusalem, dont il est question dans Actes 15, est l'ancêtre des synodes nationaux qui ont lieux chaque année dans notre Eglise.

Vous avez remarquez que dans la paroisse d'Antioche l'Eglise était animée et dirigée par les membres de l'Eglise et sans doute aussi par un collège d'anciens ; c'était une Eglise qu'on appellerait aujourd'hui presbytérienne ; dans ce sens que le Conseil local, le Conseil presbytéral, était pleinement responsable de la vie de cette Eglise et de l'annonce de l'Evangile.

- Mais en même temps, lorsqu'il y a des questions théologiques, qui concernent la foi et la manière dont on présente le message de l'Evangile ;
lorsqu'il y a des tensions et des débats à l'intérieur des communautés locales, sur des sujets d'ailleurs que l'on retrouvent dans d'autres communautés ;
alors, on réunit un synode pour tenter de discerner la juste position et favoriser une médiation entre les courants qui s'opposent.
En langage ecclésiastique c'est ce qu'on appelle le système Presbytérien-Synodal ; c'est à dire que : notre Eglise encore aujourd'hui fonctionne avec ces deux autorités que sont d'une part le Conseil local et d'autre part le Synode, pour s'efforcer de discerner la meilleure façon de suivre et d'annoncer l'Evangile.
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Le mot « synode » signifie d'ailleurs : « faire route ensemble » ; tant il est vrai que les chrétiens, depuis les origines, ont besoin de partager leurs expériences et leurs projets, pour s'efforcer de discerner, dans notre monde, quelle est la meilleure manière de comprendre, de vivre et d'annoncer l'Evangile.

Aucune Eglise particulière ne peut se prévaloir de posséder le monopole de la vérité ; c'est en faisant route ensemble que Dieu nous fera la grâce de la découvrir.

Mais revenons à notre premier synode de Jérusalem pour en souligner l'enjeux principal et qu'il devienne pour nous : un enseignement, un message qui nous aide à mieux découvrir et vivre l'Evangile.

On ne peut pas être sauvé si on ne se fait pas circoncire comme la loi de Moïse l'ordonne, disent les judaïsants.
Autrement dit, le salut n'est plus offert gratuitement par Dieu ;
mais il devient la conséquence d'un acte humain, d'une appartenance,
d'un engagement rituel ; au fond, pour eux, le salut dépend d'une œuvre humaine
qui est : la circoncision.

Les apôtres ont bien discerné le risque d'une telle position.
Si le salut est obtenu par cette fidélité à la loi, cette appartenance, cette circoncision, alors :
ce n'est plus Dieu qui sauve, mais les humains qui gagnent leur salut ;
et de plus ce salut devient réservé à quelques uns.
Pas question disent-ils de mettre une condition humaine au salut que Dieu accorde à ses enfants. Aucune encyclique, aucune tradition, aucune morale ne peut obtenir ce que Dieu donne gratuitement.

Et voilà que l'apôtre Paul qui persécutait les non-juifs avant sa conversion pour ensuite consacrer sa vie à leur annoncer leur salut.
Mais aussi l'apôtre Pierre soucieux de la loi de Moïse, mais en même temps, transformé par la Bonne Nouvelle apporté par Jésus-Christ.
Les apôtre donc, sont obligés de rappeler fermement que : « nous sommes sauvés par la grâce du Seigneur Jésus, que nous soyons juifs ou non-juifs » Et ce n'est pas en rajoutant des fardeaux : des conditions, des préalables que nous obtenons le salut.

Chers amis, heureusement que ce synode de Jérusalem a eut lieu et heureusement que Dieu a inspiré l'attitude des apôtres et de cette première assemblée d'Eglise.

Car le choix était claire :
Ou on présentait Dieu comme un « Dieu particulariste », réservé à quelques uns ;
Ou on le reconnaissait comme un « Dieu universel » s'adressant à tous les humains sans distinction.

Cette décision du synode de Jérusalem a bien sûr influencée toute la vie de l'Eglise ;
Nous devons encore et toujours l'avoir présente à l'esprit car elle nous interdit de décider nous-mêmes des « conditions pour obtenir le salut de Dieu » que nous appliquerions bien sûr aux autres.

Oui ce chapitre 15 du livre des Actes est une belle démonstration de la grâce de Dieu qui s'oppose à toutes les exclusions ;
nous devons nous en réjouir ; et d'ailleurs dans notre texte il est souligné plusieurs fois la joie de ces premiers chrétiens qui découvrent que l'amour de Dieu dépasse l'étroitesse de nos religions.
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Une dernière petite remarque qui n'est peut-être pas pédagogique parce qu'elle vient, en quelque sorte, atténuer un peu la joie et l'enthousiasme que me procure ce texte.
Voilà je suis choqué par l'introduction de cette première décision synodale ; au verset 28 il est dit , c'est l'apôtre Jacques qui parle en tant que responsable de la communauté de Jérusalem : « car le Saint Esprit et nous-mêmes avons décidé de ne vous imposer aucun fardeau … »
A mon sens, cette manière d'englober « le Saint Esprit et nous-mêmes » pour s'adresser aux autres croyants, est très dangereuse et porte en germe, le risque de devenir à son tour semblable aux judaïsants qui parlaient à la place de Dieu.
Heureusement l'Eglise est constituée d'hommes et de femmes qui s'écoutent, se parlent, se déplacent pour aller l'un vers l'autre ; d'Antioche à Jérusalem, de Jérusalem à Antioche ;
et l'Evangile de Jésus-Christ se découvre en chemin,
lorsque nous nous efforçons de faire route ensemble.

Quelques soient nos origines : nous sommes sauvés par la grâce du Seigneur ;
Voilà un message qui nous réjouit et nous encourage.

Amen.