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Actes 15 v 1-29 Louis HONNAY



Texte : Actes 15/1-29
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY



Suggestion : le texte étant très long, on pourrait le lire en plusieurs fois, à mesure, selon les indications ci-après.

Les chapitres treize et quatorze du livre des Actes racontent le premier voyage missionnaire de Paul et de ses compagnons. Par la prédication de ces apôtres, des païens ont été convertis à l'Evangile. Ils ont constitué de nouvelles communautés, des églises ont été dressées, comme disait Calvin. Maintenant les églises comptent trois sortes de membres. Il y a des Juifs habitant en Israël et qui croient en Christ. Il y a des Juifs qui n'habitent pas en Israël, ce qu'on appelle la Diaspora, et qui adhèrent aussi à l'Evangile. Et il y a des païens devenus chrétiens. Cette cohabitation de disciples du Christ d'origines différentes n'est pas toujours facile à vivre. On le voit avec la question qui va immédiatement se poser.

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Actes 15/1-4. Pendant cette mission, l'apôtre Paul avait accepté que des païens se convertissent sans se faire circoncire, comme les Juifs le font depuis Abraham. Il ne leur imposait pas de suivre les coutumes juives. Pour lui, semble-t-il, l'adhésion au Christ suffisait.

Mais d'autres Juifs ne sont pas de cet avis. Dès la fin de ce premier voyage missionnaire, une grave question se pose : devait-on obliger les païens convertis à se faire circoncire ou ne le devait-on pas ? La question est posée surtout par des pharisiens, ces Juifs qui se veulent fidèles à la Parole de Dieu et qui, un siècle et demi plus tôt, avaient réagi contre la tendance au relâchement dans l'observation de la Loi de Moïse. Certains parmi les pharisiens étaient devenus chrétiens ; ils pensaient que les païens devenus disciples du Christ se retrouvaient dans le judaïsme. Ils devaient donc recevoir logiquement la circoncision et observer toute la Loi, toute la Torah, s'ils voulaient être sauvés.

Ces Juifs christianisés — parmi lesquels il y a des pharisiens comme Paul —, on les appelle les judéo-chrétiens, pour les distinguer des païens convertis, qui sont les pagano-chrétiens. Dans cette exigence d'observer toute la Torah, il ne faut pas voir un signe d'étroitesse d'esprit. Ce n'est pas du légalisme. C'est d'abord une marque de fidélité à toutes les prescriptions de la Torah, sans exception. C'est aussi parce qu'ils savaient que les Romains avaient accordé aux Juifs une situation particulière. Les Romains réprimaient sévèrement toute religion qui n'était pas la religion romaine et le culte rendu à l'empereur de Rome. Seuls les Juifs avaient reçu le droit de vivre leur foi et de suivre les coutumes qui expriment cette foi. En incorporant au judaïsme les païens convertis, on les protégeait contre les ennuis qui pouvaient leur venir de la part des Romains.

Cette intégration ou cette non intégration au judaïsme nous pose une question, à nous aussi. Nous sommes parfois tentés d'imposer notre point de vue à tous les chrétiens. Nous voudrions que tout le monde pense comme nous, que tout le monde ait la même façon de comprendre la Bible, la même théologie, la même façon de vivre la foi. On est tenté de réduire tout le monde à la même mesure et de souhaiter l'uniformité pour tous les chrétiens. Notre église serait la seule vraie église et notre pensée la seule pensée fidèle. Autrefois les catholiques voulaient imposer à tous leur manière de voir, de vivre et de penser. Mais les protestants aussi auraient bien voulu que les catholiques se protestantisent et que chacun vive comme nous et croie comme nous. On refuse le pluralisme, on veut que tous passent dans le même moule. Il y a de l'intégrisme en chacun de nous.

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Actes 15/5-21. On va maintenant tâcher de résoudre la question posée par la conversion des païens. On va se réunir. On organise une rencontre entre des pharisiens devenus chrétiens, les anciens de l'église de Jérusalem, qui joue le rôle de centre de la foi, et les missionnaires Paul et Barnabas. Certains détails suggèrent que toute la communauté se réunit, et pas seulement les responsables. On discute ensemble, on échange les points de vue, pour parvenir à une solution. Le récit des Actes fait sentir que cette rencontre est animée, chacun fait ressortir son point de vue avec vigueur, chacun tient à ses convictions.

C'est important de discuter, de parler ensemble. Discuter, mais en campant sur ses positions, en restant fermé aux autres, ça ne conduit à rien. A rien d'autre qu'à du négatif et à la désunion. Mais il est important de discuter pour exposer son point de vue, pour y voir plus clair et pour arriver, si on le peut, à une solution acceptable par tous.

Dans cette grande discussion qui se déroule à Jérusalem — et qu'on appelle à tort le concile ou le synode de Jérusalem —, on remarque deux choses. D'abord, on reconnaît la valeur de la Loi de Moïse, de la Torah, comme on dit en hébreu. Personne ne dit qu'elle est périmée. Personne ne dit que les Juifs ne doivent plus l'observer. La Loi existe, elle est toujours valide, on ne pense pas à l'abolir. D'ailleurs, comment pourrait-on abolir la Parole de Dieu ? Mais, d'autre part, Pierre et Paul rappellent comment Dieu agit par leur ministère. Pierre a vu se convertir un groupe de païens réunis chez l'officier romain Corneille ; l'Esprit de Dieu est venu sur eux. Paul raconte comment le Seigneur a permis à des païens de croire en lui, sans faire aucune différence. Paul a vu Dieu agir pendant sa mission.

Cela aussi, c'est très important. C'est très important de constater que Dieu est présent parmi nous et qu'il agit chez nous, mais qu'il est aussi présent ailleurs et qu'il agit ailleurs. Dieu n'est pas présent seulement chez les protestants ; il est également présent chez les anglicans, chez les orthodoxes, chez les catholiques. Il n'agit pas seulement dans notre paroisse, mais également dans les paroisses voisines, même si elles ne sont pas rattachées à la même union d'églises que nous. Constater que le Seigneur est présent ailleurs et qu'il travaille ailleurs peut nous ouvrir aux autres. On ne regarde plus dans sa propre paroisse, dans sa propre église, on sait regarder ailleurs et on reconnaît qu'il se passe des choses ailleurs. On est ouvert aux autres, parce qu'on est ouvert à Dieu. Ce qui suscite les divisions, c'est qu'on refuse d'admettre que d'autres croient en Dieu autrement que nous. Le travail de la recherche oecuménique ne vise pas à imposer partout l'uniformité. Il consiste à essayer de parvenir à la communion dans la diversité, chacun gardant ses richesses, tout en reconnaissant que les autres reçoivent aussi des richesses et en s'enrichissant les uns des autres.

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Actes 15/22-29. Revenons à Jérusalem. Quand la discussion est bien avancée, quand on a pesé les arguments pour et les arguments contre, quand Pierre, Paul et Jacques ont pris la parole chacun à son tour, on arrive à une décision. Les apôtres et les anciens ne veulent forcer personne. Ils ne veulent pas imposer la circoncision et toute la Torah aux païens qui se convertissent. Les chrétiens pharisiens renoncent à intégrer de force les païens convertis dans le judaïsme. On prend des mesures intermédiaires. On envoie une lettre aux pagano-chrétiens. On leur recommande d'observer certaines prescriptions. Ils ne devront pas manger des viandes d'animaux sacrifiés à des idoles, ne pas manger de sang, ne pas manger de bêtes qui ne seraient pas saignées et s'abstenir de l'immoralité, c'est-à-dire probablement des mariages interdits par la Loi de Moïse. C'est un minimum, qu'on peut demander à des païens convertis. C'est un compromis pour vivre ensemble.

La décision prise ce jour-là à Jérusalem reste toujours valable pour nous maintenant. Nous sommes dispensés d'observer toutes les prescriptions de la Torah. Nous exprimons notre foi à notre manière. L'apôtre Paul, dans certaines de ses lettres, insistera fortement sur le fait que les chrétiens n'ont pas à se soumettre à tous les commandements de la Loi. Il va réagir contre des gens qui essayeront de les imposer à des chrétiens venus du paganisme. D'ailleurs, les Juifs, du temps passé ou d'aujourd'hui, pensent qu'eux seuls sont soumis à la Loi et que les non-Juifs en sont dispensés.

A partir de cette décision de Jérusalem, il y aura deux manières d'être chrétien. La manière des judéo-chétiens, qui continuent d'observer toute la Torah, et la manière des pagano-chrétiens, qui ne l'observent pas. Les Actes montrent que Paul lui-même a observé la Torah. Les judéo-chrétiens disparaîtront assez vite. Les chrétiens venus du paganisme combattront leurs idées. On n'en trouve plus guère de trace à partir du deuxième siècle.

Nous pourrions dire qu'il existe deux manières de croire en Dieu. Il y a la manière juive, fondée sur la Loi de Moïse et sur les commentaires des rabbins, ce qu'on appelle le Talmud. Et il y a la manière chrétienne, qui se réfère au Christ et à l'Evangile. Et, parmi les chrétiens, existent encore plusieurs manières, plusieurs modèles de foi et de pensée. Toutes ces manières se rapportent à la Parole de Dieu, mais regardée de plusieurs points de vue différents et comprise différemment, suivant ce que chacun est capable d'en saisir. Sans que les uns aient raison contre les autres, mais plutôt nous avons à nous instruire et à nous corriger les uns les autres.

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Dans la lettre que l'assemblée de Jérusalem envoie aux églises de païens convertis, un détail est important au verset 28 : "Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous". Le Saint-Esprit est cette puissance de Dieu, qui a éclairé cette assemblée, pour décider ce qui a été décidé. Les apôtres et les anciens ont su discerner ce que l'Esprit leur disait. Ils ont compris ce que Dieu voulait. C'est très important de savoir comprendre ce que l'Esprit veut dire, ce que Dieu veut dire. Pendant sa dernière conversation avec ses disciples, telle que l'évangile de Jean nous la rapporte, Jésus leur avait annoncé la venue de l'Esprit. Pour les guider, pour leur faire comprendre la vérité. L'Esprit est un créateur d'unité. C'est lui qui réalise l'unité dans la grande diversité de ceux qui croient en Christ.

Amen !



Autre lecture : Jean 14/23-29

Cantiques :
* Psaume 133/1 & 2 Oh, qu’il est beau
* NCTC 284/1 à 3 = ARC 608 Ta volonté, Seigneur
ou LP 181/1 à 4 Regarde tes enfants
ou ARC 525/1 à 4 Tu nous aimes, Seigneur
* NCTC 220/1 à 3 = ARC 504 Viens, Saint-Esprit
ou ARC 536/1 à 4 Seigneur, tu cherches tes enfants