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Actes 15 v 1-22 Vincent Nême-Peyron



Pasteur Vincent Nême-Peyron


Texte biblique : Actes 15, 1-22
Notre Assemblée Générale, il y a un mois, avec les questions et les projets qu'elle a suscités.
Les amalgames des médias au sujet des évangéliques et des pentecôtistes, accusés d'être des sectes au service de l'impérialisme américain.
La mort du pape et son fantastique écho médiatique.
Un protestantisme français coincé entre un catholicisme dominant, un athéisme parfois virulent et une mode inter religieuse sympathique mais qui ne laisse guère de place à des réformés trop peu nombreux et trop peu exotiques.
Ces événements ont peu de rapports entre eux si ce n'est une double question qu'ils nous renvoient : Quelle attitude adopter par rapport aux évangéliques ? Que signifie " être protestant, aujourd'hui " ?
Pour prendre du recul, allons vers nos frères et nos sœurs, à Jérusalem, en l'an 49.
L'assemblée de Jérusalem a été convoquée pour résoudre le problème suivant : des païens ou athées sont devenus chrétiens, suite à la prédication de Paul et de Barnabé. N'étant pas d'origine juive, ils n'ont naturellement pas respecté la Torah et ne voient pas pourquoi ils devraient le faire.
Après tout, ils n'en pas besoin pour vivre en communion avec Dieu.
Ils ont reçu le Saint-Esprit, ils vivent dans une grande ferveur spirituelle.
Pourquoi le respect de lois, de rites, de commandements ?
Paul et Barnabé ont été envoyés à Jérusalem pour les défendre.
Paul va même plus loin. Au-delà de cette controverse, il estime que la Loi religieuse a échoué. Elle ne rapproche pas de Dieu mais lui fait obstacle, elle ne libère pas mais opprime, elle ne conduit pas à la vie mais à la mort. Il entend donc dissocier la foi chrétienne du respect de la Loi.
Rassurez-vous : je ne vais pas vous infliger un cours sur l'histoire des premiers chrétiens.
Je vous suggère seulement de nous imaginer, au milieu de cette foule ; dressant l'oreille, nous écoutons Paul et Barnabé raconter, sans se lasser, dans la fièvre de ceux qui n'en reviennent pas encore, leurs rencontres et leur succès parmi les païens … succès dû à leur talent d'évangéliste mais surtout, à la volonté de Dieu.
Comment réagirions-nous ?
En entendant Paul et Barnabé raconter la conversion des incroyants, nous pourrions être comme des enfants sous le charme d'une belle histoire : oreilles et cœurs ouverts, émus et réjouis, pleins de reconnaissance ; tous ces gens nouveaux, qui ne connaissaient pas Jésus-Christ et qui, désormais, se tournent vers lui… Quelle joie ! Quel motif de reconnaissance !
Mais la jalousie pourrait aussi se frayer une place, la jalousie de l'enfant qui, à cause de la venue d'un frère ou d'une sœur, se sent dépossédé, menacé.
Bien sûr, à nous, gens ouverts et raisonnables, cette réaction semble puérile ; c'est pourtant celle des juifs d'Antioche qui, dans un premier temps, ont accueilli favorablement l'annonce de Paul et de Barnabé, avant de se retourner contre eux, dès lors que la venue de païens au sein du peuple de Dieu provoquait leur jalousie.
Donc, la réaction de l'enfant jaloux est à prendre au sérieux. Notre Dieu est notre Dieu et nous souhaitons qu'il soit le même pour tout le monde, à condition de garder sa préférence.
Enfin, un léger mépris. En entendant le témoignage de Paul et de Barnabé, il est possible de mettre en doute ce qu'ils disent, en doutant de la qualité de ces conversions de païens. Ces gens croient-ils comme il faut ? Ont-ils quelques connaissances bibliques, ont-ils la culture suffisante pour comprendre ce qu'ils croient ? Dans leur façon de croire et de louer Dieu, ne sont-ils pas excessifs, enfantins ?
Paul et Barnabé vont exhorter leurs auditeurs à accueillir pleinement et avec reconnaissance ces nouveaux frères et sœurs dans la foi. Pourquoi les repousser alors que Dieu les a accueillis ?
De même, qui sommes-nous, en 2005, pour faire la fine bouche devant ces hommes et ses femmes qui découvrent l'Evangile, changent de comportement, qui sont sauvés, au sens premier du terme, de la dépression et du désespoir ?
Qui sommes-nous pour faire la fine bouche devant ces tziganes qui demandent le baptême, devant ces étrangers sans papiers ni perspective sociale qui louent Dieu tous les dimanches matins dans des hangars transformés en temple ?
Qui sommes-nous pour faire la fine bouche devant ces nouveaux protestants qui versent la dîme, prient en famille et partagent leur foi nouvelle avec leur entourage ?
Ne pourrions-nous pas plutôt nous réjouir sans arrière-pensée et leur souhaiter la bienvenue dans notre protestantisme français ?
Paul et Barnabé invitent leurs auditeurs à s'ouvrir aux nouveaux croyants ; mais ils savent que cette ouverture aura des conséquences sur le christianisme naissant. La présence de ces chrétiens sans origine juive, sans soumission à la Loi posera à tous cette question : qu'est-ce qu'un chrétien ? Un juif qui a reconnu Jésus comme Messie mais ne cesse pas pour autant d'être juif ? Un disciple du Christ, participant à une nouvelle alliance fondée sur la foi et non plus sur la Loi ?
De même, aujourd'hui, l'accueil de ces nouveaux protestants nous oblige à reprendre à nouveaux frais cette question : que signifie être protestant réformé ?
Est-ce appartenir à un peuple soudé par une mémoire, une histoire, quelques valeurs communes ?
Est-ce ne pas être catholique et en être plutôt fier ?
Est-ce tenir à notre individualisme et croire comme on veut, ce qu'on veut ?
Est-ce faire partie d'une certaine élite socio-théologico-culturelle ?
Que voulons-nous affirmer, faire connaître, prioritairement : notre histoire, notre particularisme huguenot, notre formidable éthique de la liberté, de la responsabilité et du discernement ou notre foi en Jésus-Christ, mort, ressuscité, vivant ?
Bien sûr, l'un n'empêche par l'autre et je suis le premier à chérir notre histoire, notre mémoire, notre façon de faire. Bien sûr, l'idéal consiste à relier foi en Christ avec notre pratique de la liberté, du libre examen critique, notre approche informée et ouverte de la Bible, notre volonté de tenir ensemble foi et raison, notre vie d'Eglise démocratique et réellement ouverte aux femmes.
Oui, nous avons raison d'y tenir, et il serait absurde d'admirer les évangéliques au point de perdre notre style et notre sens critique. Mais il ne s'agit pas non plus de les balayer d'un revers de manche, en pensant qu'ils sont bibliquement ou socialement incorrect. Il s'agit de recevoir la question qu'ils nous renvoient : que signifie être protestant réformé, en 2005 ?
Les évangéliques lisent la Bible : seul, en couple, en famille, en communauté. Ils la lisent, non par devoir religieux mais pour nourrir, jour après jour, leur foi. Ils nous renvoient, comme en miroir, notre défaillance dans ce domaine : Nous avons largement perdu le contact avec la Bible, nous ne puisons plus guère à cette source. Parce que nous ne prenons plus le temps de la lire, parce qu'elle nous semble trop complexe, présupposer trop de connaissances littéraires, historiques, théologiques. Pourtant, notre identité protestante repose sur cette familiarité avec l'Ecriture.
Par contre, certains évangéliques ont une lecture fondamentaliste de la Bible. Ils y recherchent, non seulement la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, mais également une Loi religieuse, un ensemble de règles, soi-disant divines, édictant ce qu'il faut faire ou ne pas faire, en toute circonstance. Traditionnellement, le catholique romain s'en remet, lui, aux ordonnances de son clergé.
Une question nous est alors renvoyée : sommes-nous prêts à vivre et à défendre une autre façon d'être chrétien ? Sommes-nous prêts à suivre le pas de Jésus-Christ, à nous laisser éclairer par la lumière de l'Evangile, sans nous soumettre pour autant à des lois religieuses ou à un clergé ?
Enfin, le témoignage. Paul, annonce l'Evangile au-delà du cadre strict du seul judaïsme pour atteindre le monde païen. Le christianisme est né de ce débordement. Quant à la Réforme, elle a poursuivi dans cette dynamique. Etymologiquement et historiquement, " protester " ne veut pas seulement dire " râler " ou " refuser " mais " témoigner ", " attester ". Et c'est bien pour témoigner de leur foi qu'aux 17ème et 18ème siècles, des protestants sont allés jusqu'aux galères, en prison, ou à la mort. Ils ne défendaient pas seulement une mouvance, une Eglise, mais surtout une façon de croire en Dieu.
Pendant des siècles, le protestantisme français a témoigné, dans l'hexagone et bien au-delà. Il a diffusé l'Evangile dans la Drôme et à Madagascar, à Neuilly et au Cameroun. Ce partage de la Bonne Nouvelle a été porté par des protestants de tous bords théologiques, des plus évangéliques aux plus libéraux. Aujourd'hui encore, des communautés protestantes témoignent de leur foi, à Montreuil et à Aubervilliers.
Et à Neuilly ?
Souhaitons-nous partager ce qui nous fait vivre ? Et je rappellerai à ceux qui ont si peur du mot " prosélytisme " que le prosélyte, étymologiquement, c'est " celui qui vient vers ", c'est le " nouveau venu ". Souhaitons-nous accueillir de nouveaux venus ?
Bien sûr, avec raison, nous nous refusons à embrigader ; nous nous refusons à manipuler mentalement, à jouer sur les peurs ou la culpabilité. Mais désirons-nous participer à la diffusion de la Bonne Nouvelle ? Sans même parler de campagne d'évangélisation, sommes-nous prêts à témoigner, sereinement, dans notre entourage de ce que la foi produit en nous, de la paix qu'elle nous procure, des questions qu'elle nous pose, des choix de vie qu'elle nous aide à faire, des réconciliations qu'elle a permises ?
Plus généralement, le christianisme, dans sa version réformée, propose-t-il une vision de Dieu, du monde et de l'homme que nous ayons le désir d'exposer, d'expliquer, de défendre ?
Se nourrir de la Bible. Vivre une foi responsable, libérée du carcan des lois religieuses ou des ordonnances d'un clergé, témoigner respectueusement de sa foi : trois façons d'être protestant aujourd'hui, trois trésors à faire connaître.
Amen !