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Actes 15 v 1-2 et 22-29 Alphonse Maillot



Texte : Actes 15/1-2 et 22-29
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 123-126).



5° dimanche après Pâques
ou 6° dimanche de Pâques

Actes 15/1-2 et 22-29

Je voudrais regretter la disparition du mot « Synode », voire « Concile » (de Jérusalem) pour la description de l'événement décrit ici, ne serait-ce que pour remarquer que ce n'était pas le calendrier (et sa Loi) qui décidait de Synodes cycliques, mais les événements et en particulier les événements graves. Nous y reviendrons.

Remarquons qu'ici se clôt une parenthèse (avant que s'en ouvre aussitôt une autre), celle d'Actes 2ss (relayée en 6/1-6), où l'Eglise strictement judéo-chrétienne et même « hiérosolomytaine », a commencé à éclater en se tournant, dès la Pentecôte, vers ceux des Juifs qui n'avaient pas connu le Christ, puis bientôt, plus ou moins volontairement, vers les « non-Juifs » (on abandonnera ici sans remords le terme de « païens ») : Actes 8/10 ; 11 ; 13... Mais l'Eglise devient malade de son succès... Il lui est difficile d'avaler ou d'intégrer les « non-Juifs ». En effet, comme leur Maître le pensa (Matthieu 15/24-28), les membres de la première Eglise ont songé, non pas qu'il fallait exclure les non-Juifs, mais qu'il fallait avant tout convaincre « les brebis perdues d'Israël », même si elles étaient singulièrement rétives. Il faudra que les plus rétives d'entre elles boutent l'Eglise judéo-chrétienne hors de son territoire, pour que les premiers chrétiens se tournent alors vers les « non-Juifs ».

Mais les premiers chrétiens étaient, à dire vrai, des judéo-chrétiens dont beaucoup, étant donné par exemple qu'ils s'adressaient aux seuls circoncis et l'étaient eux-mêmes, n'avaient pas encore songé à ce qui séparait le judaïsme du christianisme, sinon sur le plan objectif, la seule reconnaissance du Messie-Jésus crucifié et ressuscité. Là était la seule rupture repérable. Ils pensaient que le christianisme était simplement le judaïsme arrivé à sa plénitude avec le Messie-Jésus ; mais pour eux il n'y avait aucun changement (ou fort peu) dans leur relation à la Torah, dans leurs pratiques (ils vont fidèlement au Temple et respectent rigoureusement les rites israélites), et même dans leurs relations... et leur peu de considération envers les non-Juifs (cf. Pierre et Corneille). Il n'y avait pas non plus un changement existentiel dans leurs relations avec Dieu. Pour eux, le christianisme était seulement le fin du fin du judaïsme.

Arrivent alors : la persécution de l'Eglise (Actes 8/1-4) ; l'évangélisation de la Samarie ; l'histoire de l'eunuque éthiopien (deux fois disqualifié : 8/26ss) ; la conversion de Saul quoique, répétons-le, il n'ait, à ce moment-là, découvert seulement que le Christ était bien le Messie (9/22). Le virage difficile va commencer (d'après les Actes en tout cas) avec Pierre et Corneille (chapitres 10-11) ; puis avec la fondation de l'Eglise d'Antioche et un succès foudroyant de l'Evangile auprès des Juifs d'alors (11/19) ; puis inopinément auprès des Grecs (11/20), qui, à mon avis, ne sont pas à confondre ici avec ces fameux Hellénistes (devenus souvent les bouche-trous de nos ignorances).

Les vrais Hellénistes me semblent d'authentiques Juifs, voyageurs impénitents (sans oublier qu'on voyageait plus souvent en ce temps-là qu'au XIX° siècle !), mais surtout, plus inspirés par la Septante que par le texte hébreu de la Torah (qui n'est pas encore le Texte Massorétique). Peut-être étaient-ils laxistes dans leur application de la Torah, mais sans doute plus... « poètes » dans son interprétation.

En revanche, je crois qu'ici il s'agit de vrais Grecs, ou au moins de vrais non-Juifs (!).

La TOB me semble commettre une curieuse inconséquence. En 6/1 (note k), elle montre (?) que les Hellénistes sont des Juifs nés hors de Palestine ; or, en 11/20 (note o), elle dit que les Grecs dont il est alors question sont des Hellénistes (??). Puis dans la note q (v. 21), elle remarque que la « conversion des... païens (et ici elle a parfaitement raison, car la suite qui nous décrit une Eglise réjouie et bouleversée, montre qu'il ne s'agit pas de Juifs) attire l'attention (c'est peu dire !) de l'Eglise de Jérusalem ».

Celle-ci délègue alors Barnabas qui va chercher Saul en renfort. Ils travaillent ensemble un an, et les problèmes vont alors commencer. On remarquera encore que c'est alors, précisément, qu'on croit bon d'inventer le nom de « chrétiens » (11/26) pour les adeptes de cette nouvelle religion (donc la rupture est commencée). Ceci correspond vraiment à une nouvelle identité, un nouveau rapport avec Dieu, une nouvelle compréhension de la Torah, etc…

On comprend alors la nécessité, pour cette « nouvelle » manière de recevoir le Christ, de mettre à part Barnabas et Paul (13/1) qui, dans Chypre, commencent certes par les synagogues (13/4), non sans manquer de convaincre le proconsul « païen » par la confusion (et la cécité) d'un Juif magicien (13/11-12). Idem à Antioche de Pisidie où il y a la fameuse charnière de 13/46-48, après que les Juifs, malgré une bonne volonté première, les eurent rejetés. Avec la rupture de 11/5, la grande aventure de l'entrée des non-Juifs dans l'Evangile va commencer, ainsi que tous les problèmes nouveaux qui vont se poser et contraindre toute l'Eglise à se repenser... quasi totalement.

On me pardonnera ce panorama que certains trouveront (légitimement) superflu. Mais trop souvent ce fameux Synode de Jérusalem vient un peu comme un... cheveu sur la soupe, alors qu'il est clair que c'est Dieu qui, à l'aide des questions posées a) par le refus des Juifs, b) par l'ouverture des non-Juifs à l'Evangile, amène l'Eglise à tout remettre en chantier.

Et certains de ses membres (influents sans doute, cf. v. 29) vont, bien entendu :
a) à la chasse au succès ;
b) s'occuper de ce qui ne les regarde pas ;
c) imposer leur conception du salut, avec toujours la même argumentation : « Si (vous ne...), vous ne serez pas sauvés » ; ils montrent ainsi que ce sont eux, les vrais ennemis du christianisme, ceux de l'intérieur et qui, depuis 2000 ans, corrompent le message du Christ avec leur salut au mode conditionnel (15/1-3).

Naît alors le premier ordre du jour (doctrinal et éthique) du premier Synode : « Les non-Juifs peuvent être des chrétiens à part entière ».

Oh, certes, il y a bien encore des « exigences inévitables » (ou nécessaires ou... « fatales ») : l'interdiction des viandes sacrifiées dans des cultes idolâtres, celle du sang (le tabou du sang déjoué par Jésus — Marc 5/25ss — est restauré, probablement à cause des libations de sang qui ont semblé attenter à la Cène… mais tout ne pouvait pas se faire en un seul... Synode) et la « porneia » (pas la peine de traduire), qui accompagnait certains cultes païens (mais cf. 1 Corinthiens 10/6-8).

Mais, quand on connaît Jacques, on se dit qu'il lui a fallu un vrai « tremblement de terre » pour en arriver là.