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Actes 14 v 21-27 Louis Honnay



Texte : Actes 14/21-27 ; Jean 13/31-35 ; Apocalypse 21/1-5
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 14.05.1995.



Notre liste de lectures dominicales — commune aux réformés et aux catholiques — nous propose pour aujourd'hui trois textes du Nouveau Testament. L'un est pris dans le livre des Actes, c'est une partie des récits missionnaires, qui raconte comment des communautés ont été fortifiées. Le deuxième texte se trouve dans l'évangile de Jean, il nous parle de l'amour entre les disciples de Jésus. Le troisième et dernier est un extrait de l'Apocalypse, qui montre le but de l'histoire. Nous allons les regarder l'un après l'autre, mais en nous centrant surtout sur les Actes.

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Avec la fin du chapitre quatorze des Actes, nous sommes dans le premier voyage missionnaire de Paul, accompagné ici de son collègue Barnabas. Ils sont partis du port d'Antioche de Syrie, ils ont traversé l'île de Chypre, ils ont débarqué sur la côte de ce qui sera plus tard la Turquie. Ils sont passés par les villes d'Antioche de Pisidie, au centre de la Turquie, d'Iconium, de Lystre et de Derbé. Ils suivent tout naturellement les routes romaines, qui les conduisent dans les villes principales. Après quoi ils reviennent sur leurs pas. Ils visitent les communautés qu'ils viennent de fonder, avant de revenir à leur point de départ.

(Si nous avions une carte, nous pourrions suivre cet itinéraire. Mais vous pourrez regarder, tout à l'heure ou dans la semaine, la carte qui se trouve dans votre Bible, vous verrez le chemin parcouru par les deux missionnaires.)

C'est là qu'il se passe quelque chose d'intéressant. Dans chacune de ces communautés, Paul et Barnabas encouragent les chrétiens à persévérer dans la foi. Ils les préviennent que, quand on est chrétien, il arrive qu'on doive subir des ennuis de la part de ceux qui ne le sont pas. Ils en savent déjà quelque chose. Au moment de leur premier passage, Paul et son collègue ont été suivis et poursuivis par des Juifs durs, de ceux qui n'acceptaient pas le message de l'Evangile, sans doute parce qu'il ne leur semblait pas compatible avec leur foi en Dieu telle qu'ils la vivaient en se fondant sur le Premier Testament.

Cet avertissement de Paul et Barnabas devait se révéler malheureusement vrai par la suite. Pendant trois siècles, les Romains ont persécuté les chrétiens. Leur acharnement et leur violence ont été infiniment plus sauvages que les quelques ennuis causés aux apôtres par un petit groupe de Juifs, tels que le livre des Actes nous les raconte. Si nous sommes tranquilles, si personne ne nous persécute dans nos pays occidentaux, n'oublions pas les nombreux pays musulmans où il coûte cher d'être chrétien, où on interdit toute manifestation chrétienne. En France, nous connaissons l'affaire du foulard islamique. Mais en Arabie saoudite, on peut être exécuté sous prétexte qu'on porte une croix autour du cou.

Les paroles de Paul et de Barnabas restent encore très actuelles. D'ailleurs, nous avons toujours à lutter pour maintenir notre foi face à l'indifférence générale qui risquerait de nous gagner, si nous n'y faisons pas attention. Les sectes exercent aussi une pression sur nous. Elles arriveraient à nous entraîner, si nous ne nous accrochions pas à la foi en Christ. Nous connaissons peut-être des chrétiens, que nous pouvions croire fidèles, mais que les Témoins de Jéhovah ont réussi à convaincre et d'autres qui sont devenus musulmans. L'exhortation de Paul et de Barnabas à tenir fermes reste plus que jamais valable. Nous aussi, accrochons-nous à la Parole de Dieu, laissons-la entrer en nous. Qu'elle devienne notre nourriture, pour que nous ayons de quoi répondre à quiconque voudrait nous faire croire que notre foi n'est pas la vraie foi et que nous devons de toute urgence adopter une croyance quelconque.

Paul et Barnabas s'occupent aussi d'un autre problème. Dans chaque communauté ils établissent des anciens, c'est-à-dire des responsables. Leur fonction sera de conduire la communauté, de veiller sur ses membres, sans doute aussi de s'assurer de la prédication fidèle de l'Evangile. Ce sont les ancêtres de nos conseils d'église actuels, ceux qu'on appelle en Belgique et en Suisse les consistoires, et en France les conseils presbytéraux depuis que Napoléon 1er a imposé ce nom aux protestants par les Articles Organiques de 1802.

Il est important d’avoir dans nos églises une structure institutionnelle. Chez nous, les protestants, elle est moins rigide que chez les catholiques, mais elle existe. Il est bon d'avoir des conseils locaux, régionaux et nationaux. Comme le reste des hommes, les chrétiens sont destinés à vivre en société, nous avons besoin de cadres, d'administrations matérielles et spirituelles, de responsables. A la condition que ce ne soit pas des corsets qui contraignent, mais des fonctions qui nous aident à vivre notre vie de communautés et de chrétiens. Il y a une structure intérieure, des convictions fortes, qui nous tiennent debout. Une structure extérieure lui correspond. Les deux sont là pour nous aider à rester fidèles, à maintenir et fortifier notre foi.

A la fin du chapitre, Paul et Barnabas reviennent à Antioche de Syrie, d'où ils étaient partis et où Paul avait reçu sa vocation d'apôtre. Devant la communauté rassemblée, ils racontent ce qu'ils ont fait, comment ils ont converti des gens et fondé des églises. Ils ont cette belle expression : "Dieu a ouvert aux païens la porte de la foi". Ils ont travaillé, mais Dieu surtout a travaillé avec eux. C'est lui qui a ouvert l'intelligence des gens et leur a permis de venir à la foi. Mais il a fallu que des chrétiens — en l'occurrence Paul et Barnabas — se tournent vers l'extérieur, qu'ils parlent à des gens du dehors. Ils n'ont pas eu peur de sortir de leur coquille. C'est ce qui arrive quand des chrétiens sont suffisamment fermes dans la foi, quand ils sont assez structurés intérieurement, pour pouvoir s'aventurer au dehors et parler de l'Evangile à ceux qui ne le connaissent pas, mais que le Seigneur invite à croire en lui.

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L'évangile de Jean, dans son chapitre treize, nous propose un complément important à ce que les Actes nous disent. Nous sommes ici dans la dernière conversation de Jésus avec ses disciples, juste avant son arrestation. Il y a beaucoup de choses dans cette conversation. On soupçonne l'évangéliste d'y avoir mis toutes sortes de réflexions, que Jésus n'a pas forcément dites à ce moment-là. Parmi toutes ces choses, il y en a une que nous retrouvons ailleurs dans Jean, c'est la recommandation de nous aimer les uns les autres. "Comme je vous ai aimés, vous devez aussi vous aimer les uns les autres". Jésus le recommande à ses disciples, mais il n'invente rien. Déjà dans le Premier Testament, il y a le commandement de s'aimer dans la communauté juive. Jésus reprend ce commandement et le donne à ses disciples.

S'aimer les uns les autres ne veut pas forcément dire éprouver certains sentiments. L'amour ne concerne pas spécialement les sentiments. Si les sentiments existent, tant mieux. Mais je peux aimer même des gens pour lesquels je n'éprouve aucune sympathie. Aimer concerne le comportement. Aimer consiste, par exemple, à aider quelqu'un, à lui rendre service, à lui rendre la vie moins difficile. Aimer, c'est vouloir le bien de l'autre, c'est ne pas être indifférent.

Pour nous, les chrétiens, nous découvrons en Jésus-Christ ce que c'est que l'amour. Jésus n'a pas tout ramené à lui-même, il s'est tourné vers les autres. Il les a aidés à vivre, il en a guéri beaucoup. Il les a accueillis, il a lutté contre l’exclusion dont certains étaient victimes, oui, déjà en ce temps-là. Il nous montre le chemin à suivre pour aimer notre prochain. Dans la société telle qu'elle est actuellement, il y a de quoi faire pour montrer aux autres qu'on les aime, non pas d'un amour à la guimauve qui ne mène à rien, mais d'un amour actif et efficace.

Dans le monde antique, l'exigence d'aimer est une nouveauté. Autrefois on ne connaissait pas l'amour du prochain. Entre les maîtres et les esclaves, il ne pouvait pas y avoir d'amour. A la limite et à la grande rigueur, il pouvait y avoir du respect, mais pas de l'amour. Entre gens de même niveau social, il y avait de l'amitié, mais pas d'amour. Le commandement d'aimer de Jésus et du Premier Testament est une complète nouveauté en ces temps-là.

L'exigence d'aimer est aussi une nouveauté de notre temps. Autour de nous, nous voyons des oppositions entre des pays et entre des personnes. Nous voyons des haines politiques et de la concurrence acharnée entre des industriels. Nous voyons du racisme et de l'exclusion. L'amour, le vrai, est largement inconnu. Les Eglises sont des lieux où on s'aime, où on devrait s'aimer, si on a conscience d'appartenir à celui qui nous montre ce que c'est que d'aimer. Les Eglises sont des foyers d'amour. Les chrétiens doivent être des témoins de l'amour dans un monde qui le connaît si mal. Cela fait partie de notre vocation. Aimer, pas seulement à l'intérieur de nos communautés, mais aussi à l'extérieur, apporte cet élément nouveau dont tout le monde a besoin, un élément qui tranche avec l'ambiance générale d'indifférence. On meurt faute d'être aimé. Avec l'amour, on peut revivre.

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Aimer quelqu'un, c'est se porter vers lui. Aimer entraîne un mouvement d'approche, il faut du temps pour ce mouvement, il faut le temps de le faire. Sortir de son église pour apporter la Parole de Dieu ailleurs implique aussi du mouvement et du temps. Et le temps marche vers l'avant, vers l'avenir.

Nous en arrivons alors à notre dernier texte, celui de l'Apocalypse, ce passage où l'on voit un nouveau ciel et une terre nouvelle. L'histoire marche vers cette nouveauté. Elle n'y marche pas avec sa propre force. Le monde n'y va pas naturellement. Il y va parce que le Seigneur l'y conduit. Parce que Dieu crée du nouveau. Il nous appartient de montrer que cette nouveauté est possible, qu'un monde autre est possible. Nous en sommes les témoins par la Parole de Dieu qui nous anime et par notre façon d'aimer notre prochain. Ce sont déjà des nouveautés, qui annoncent la grande nouveauté de la création neuve de Dieu.

Amen !



Cantiques :
* Psaume 84/1 à 4 Dans ta maison
* NCTC 243/1 & 2 = ARC 528 O Jésus, tu nous appelles
* NCTC 242/1 à 3 = ARC 204 Nous t’invoquons, ô Seigneur
ou ARC 539/1 à 4 Non point à nous, Seigneur




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