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Actes 14 v 21-27 Alphonse Maillot



Texte : Actes 14/21-27
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 113-121).



4° dimanche après Pâques
ou 5° dimanche de Pâques

Actes 14/21-27

Paul et Barnabas continuent leur périple, après avoir manqué d'être adorés comme des dieux (à leurs cœurs et foi défendant : 14/11-12) ; au moins Paul a été lapidé, mais il en a réchappé de justesse, et les deux compères descendent à Derbe, puis repassent à Lystre, Iconium et Antioche de Pisidie (prendre ici une carte de l'Asie Mineure). Arrivés à Antioche, ils renforcent, par leur prédication, le courage (la psyché, en grec) des disciples, qu'ils invitent, encouragent et exhortent à bien approfondir leur foi (mot à mot « (s')établir dans la foi ») : au v. 22, il est net que le mot « foi » commence ici à désigner le contenu plutôt que le « mouvement » de la foi... Rien de plus normal, à la condition que le contenu (la confession) de la foi ne remplace jamais son mouvement, sa « dynamique » ; quoique la suite du récit démontre combien, pour Paul et Barnabas, cette dynamique l'emportait encore. En effet, le résumé de leur prédication tranche avec ce qui a précédé : affermir, encourager, consoler... car cet encouragement et cette consolation reviennent à dire : « Il nous faut, avant et afin de parvenir au Royaume de Dieu, traverser beaucoup de détresses... ». Curieux encouragements et curieuses consolations que ceux-ci, qui cependant rappellent les nombreux : « Il me faut... » de Jésus (Matthieu 16/21 et parallèles, etc… et on relèvera en particulier le merveilleux Luc 19/5...) où celui qui ne devrait pas connaître la nécessité, les « il faut », s'y soumet, comme nous nous y sommes soumis, mais afin que nous puissions nous affranchir de certaines (pas encore de toutes) nécessités : la peur des détresses, par exemple, même si, loin d'être libérés de ces dernières, nous devons (ou devrions ?) en connaître plus encore.

En tout cas, ces « détresses » étaient « monnaie courante » pour les chrétiens d'alors (cf. épîtres de Jacques, de Pierre, de Paul... l'Apocalypse ; à les lire, il semble bien que l'Eglise d'alors courait d'épreuves en épreuves) (v. 22).

Après cette rude et ferme prédication (loin d'être à l'eau de rose), les deux comparses distinguent dans chaque Eglise, des Anciens (il est probable qu'il faut comprendre qu'ils confirment dans leurs fonctions ceux que chaque Eglise avait nommés à sa tête ; il me semble, en effet, qu'il s'agit plus d'une approbation-confirmation que d'un choix autoritaire : le verbe signifie « lever la main pour approuver »). Cette nomination (?) prouve en tout cas que, dès le début (surtout à cause des passages éclairs de Paul), l'Eglise eut besoin d'autorités (avec a minuscule !) pour empêcher les dérives et pour se savoir responsable de tous. On n'oubliera pas, de plus, qu'on ne disposait pas encore du Nouveau Testament, mais de la seule Torah, qui risquait d'entraîner ses lecteurs vers un légalisme mortel (ce n'est pas pour rien que l'épître la plus violemment antilégaliste : l'épître aux... Galates, fut assez probablement adressée à ces Eglises). Au v. 23, on lira plutôt qu' « ils confièrent » : « Ils remirent au Seigneur ceux qui avaient cru en lui ».

Certes, il est probable que les Actes n'entendent pas faire une biographie précise et minutieuse, mais je suis cependant ébahi par la « rapidité » de l'apôtre qui crée (ou le Seigneur crée par lui) des Eglises, enseigne, nomme, prie, jeûne et part en disant au Christ : « Maintenant je te les remets... ! ». Et... « Au revoir, les amis ! ». Notre familière prudence missionnaire « en prend un coup » sérieux (v. 23).

Pour la suite (v. 24-25), on reprendra la carte, et on constatera le retour à la case-départ : Antioche de Syrie (cf. 13/2-3). On notera avec un sourire que, si en 13/2, il est question de Barnabas et Saul (idem en 13/7), il semble bien qu'à partir de 13/13 (et peut-être 13/9), il soit question de Paul et Barnabas, ce qui sera plus clair en 15/36-40, où l'on assiste à l'un de ces conflits de personnes qui me tranquillisent à propos de l'Eglise contemporaine.

En tout cas, pour l'instant, les deux voyageurs (de l'Evangile), après avoir bien rempli leur mandat (v. 26), viennent raconter à l'Eglise réunie (littéralement « synagoguée » !) par eux, « ce que Dieu a fait avec eux » ou « avait fait en les accompagnant ».

C'est la belle image de la porte de la foi que Dieu a ouverte aux non-Juifs (v. 27) ; la cité de Dieu n'est plus close en citadelle sacrée et interdite, en ghetto replié sur lui-même, mais elle est ouverte à tous vents (même ceux de doctrine !). La cité de Dieu accepte désormais le risque des « courants d'air » où il faut savoir prendre le risque de s'enrhumer. Elle devient ce « moulin » dont nous avons souvent si peur. C'est que l'Amour de Dieu est lui-même ouvert. Dieu se risque, lui aussi, à prendre froid !

Que nos Eglises aux portes de prison, si souvent closes, avec des gros clous (pas seulement matériels) rébarbatifs, en prennent ici un peu de... graine ou de « semences », si on me le permet. Pardonnez-moi aussi si je dis qu'il faut cesser de donner à nos Eglises l'allure de « maisons closes » avec des clients attitrés, afin de les ouvrir à tout venant !




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