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Actes 10 v 34-38 René Blanc



Texte : Actes 10/34-38
Genre : Prédication
Auteur : René BLANC
Source : Méditations radiodiffusées. FPF

Les mages sont donc venus de l'Orient païen pour adorer le roi des Juifs qui était né à Bethléem en Judée du temps du roi Hérode. C'est là un événement extraordinaire et de la plus haute importance parce qu'il signifie que le don que Dieu fait de son Fils, a une portée qui dépasse le petit peuple d'Israël. "Dieu n'est pas partial, et en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui". Parce que "Jésus-Christ est le Seigneur de tous les hommes".

Tirant les conséquences claires d'une telle affirmation fondamentale, l'Eglise a, dès ses origines, été missionnaire, en se donnant comme tâche essentielle d'aller de plus en plus loin annoncer "la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ" : "L'événement a gagné la Judée entière" et, de siècle en siècle, il a été connu "jusqu'aux extrémités de la terre", selon la recommandation du Seigneur aux apôtres. Aujourd'hui, l'Evangile a ainsi été prêché dans le monde entier et, grâce à Dieu, des Eglises sont dressées dans tous les continents, quelquefois (assez souvent même) persécutées, toujours affrontées à toutes sortes de risques et de tentations, mais cependant témoins, dans leur faiblesse même, de l'amour de Dieu pour tous les hommes.

Telle est la situation que nous connaissons de nos jours. Cela nous pose plusieurs questions. Tout d'abord celle-ci : maintenant que l'Evangile a ainsi été annoncé partout sur la terre, et que des Eglises ont été dressées sur tous les continents, la responsabilité de 1'évangélisation est-elle terminée ? Les Eglises locales n'ont-elles pas à assumer elles-mêmes, par leurs propres moyens, cette responsabilité là où elles se trouvent ? Ce qui amène une autre question : pourquoi continuer à poursuivre une oeuvre missionnaire là où des Eglises sont ainsi appelées à assumer elles-mêmes cette responsabilité-là ? C'est ainsi, parce que de telles questions se sont posées à nous, que nous avons vu décliner, chez nous, durant les dernières années écoulées, l'intérêt, autrefois très vif, que les membres de nos Eglises portaient à l'œuvre missionnaire.

Il faut bien que nous sachions — et cela doit être rappelé avec insistance — qu'un tel recul du sens de la responsabilité pour la Mission est grave de conséquences pour une Eglise dont les membres se désintéressent ainsi, pour quelque motif que ce soit, de cet aspect indispensable du ministère de l'Eglise, où qu'elle soit implantée et dans quelques circonstances qu'elle se trouve. Le livre des Actes des apôtres — qui est le récit des entreprises missionnaires des premiers chrétiens — montre et démontre, dans notre texte comme dans beaucoup d'autres, qu'il y a danger pour toute Eglise dont les membres n'entendent plus retentir l'appel exigeant à annoncer l'Evangile à tout homme. Ou encore (pour dire la chose autrement), lorsqu'une Eglise cesse d'avoir le souci de l'évangélisation du monde, elle perd une dimension nécessaire de son être même, parce qu'il n'y a pas d'Eglise sans Mission.

D'autant plus qu'il faut, à cet égard, écarter un dangereux malentendu : celui qui consiste à se persuader que là ou l'Evangile a été annoncé et une Eglise dressée, il n'y a plus de problème missionnaire. Le temps est révolu où, par erreur d'appréciation d'ailleurs, on disait d'un pays qu'il était "chrétien" : la responsabilité d'annoncer l'Evangile n'est jamais totalement remplie, la nécessité et l'urgence en existent toujours, parce que les hommes ont toujours besoin d'entendre à nouveau la prédication de l'Evangile, pour se convertir, sous tous les cieux, ici, chez nous, et ailleurs. L'Eglise ne sera parvenue au terme de sa Mission qu'au jour où le Royaume de Dieu se sera substitué à elle : alors seulement la Mission dont elle est chargée, qui est sa raison d'être, sera terminée. De cela nous devons nous convaincre avec force !

D'autre part, nous devons bien comprendre aussi que l'Eglise est une vaste et universelle solidarité, une solidarité qui est un aspect essentiel de la communion qui unit mystérieusement tous les membres de l'Eglise du Christ. Nous devons comprendre que cette solidarité ne doit pas seulement se manifester entre les individus vivant, proches les uns des autres, en un même lieu (dans une même paroisse ou une même Eglise particulière), mais qu'elle doit lier tous les membres de toutes les paroisses et toutes les Eglises particulières en une seule et même entreprise missionnaire, qui s'exerce de partout vers partout, parce qu'il s'agit finalement de la seule et même entreprise. "Je me rends compte, disait l'apôtre Pierre, que Dieu n'est pas partial...". La nécessité qui s'impose d'annoncer l'Evangile à tous les hommes, partout où ils sont, devrait être le plus sûr moyen d'assurer l'unité de l'Eglise dans l'action !

Le temps de l'Epiphanie — le mois de janvier — est traditionnellement celui où le souci de la Mission nous est rappelé. Que ce soit l'occasion pour chacun de le découvrir à nouveau dans sa nécessité et son urgence, et d'entendre toujours à nouveau les appels qu'il comporte !

Ainsi soit-il !



Cantiques :
* Psaume 121 Vers les monts
* Psaume 68 Que Dieu se montre




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