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Actes 10/34-43 Jean-Daniel WOHLFAHRT



Texte : Actes 10/34-43
Genre : Prédication
Auteur : Jean-Daniel WOHLFAHRT
Source : Prédication pour le 27.03.2005 (Pâques) à Saint-Léonard, Eglise française de Bâle (Suisse).



Tous les Romains ne sont donc pas contre ces Juifs dont ils occupent le pays. Il en est même qui ont été touchés par la foi des Juifs, par leur façon de la vivre et de la manifester. Nous voici chez Corneille, officier romain, craignant Dieu comme on dit, même si, peut-être, il ne sait pas trop quel est ce Dieu. Corneille est homme en recherche, touché peut-être par le témoignage d'un serviteur, d'une servante, par l'attitude d'un ou d'une juive condamné(e), par le témoignage de celles et ceux qui l'entourent. Il passe de longs moments en prière et Dieu répond à cette prière par une vision. Un ange lui ordonne de faire venir Pierre. C'est en présence du disciple que lui et sa maison vont vivre un miracle à notre connaissance sans précédent : ils recevront l'Esprit Saint sans avoir été baptisés au préalable. Humour de Dieu ou manifestation de sa toute-puissance, peu importe mais, à mon humble avis, cela pose de manière radicale la question de la primauté absolue du baptême imposée par l'Eglise. Là, toute une famille, avec amis et relations, mais aussi avec servantes et serviteurs et pourquoi pas avec même quelques enfants en bas âge, tous, toutes vont bénéficier de l'amour incommensurable de Dieu, du pardon du péché. Après avoir reçu le don de l'Esprit, tous recevront le baptême accordé au nom de Jésus-Christ à quiconque met en lui sa foi. Tout cela parce que le centurion avait découvert le Dieu des Juifs et passait beaucoup de temps en prière.

Ce texte est l’un des arguments sur lequel l'Eglise s'appuie pour justifier le baptême d'enfants. Ce n'est certes pas dit, mais il ne saurait être exclu que, dans la maison de Corneille, comme je viens de le laisser entendre, il y ait eu, ne fût-ce que sur l'invitation du centurion, un ou plusieurs enfants en bas âge.

Dans la course pour la direction de l’Eglise ancienne, Pierre semble marquer ici un point important. Il se déplace pour gagner à l’Evangile le centurion romain. Il remporte donc sur le paganisme la victoire qui permettra au christianisme d'arriver, avec l'armée romaine, jusqu'aux confins de l'empire. De fait, Pierre n'a d'autre mérite que celui de l'obéissance. Tout y fut initiative de Dieu qui a envoyé l'ange demander à Corneille de faire venir l'apôtre. Initiative de Dieu qui nous dit que nul n'est exclu de son amour, de son pardon.

Pierre le souligne quand il dit : Je me rends compte, en vérité, que Dieu est impartial, et qu'en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. Voilà qui élargit sensiblement notre interprétation : en toute nation. Jésus n'a rejeté ni Romain, ni païen, ni Samaritaine ; l'Esprit de Dieu conduira le diacre Philippe vers l'eunuque, serviteur de la reine de Sabah. Oui, Dieu, a envoyé son message aux Israélites : la bonne nouvelle de la paix par Jésus- Christ, lui qui est le Seigneur de tous les hommes… En toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. Seigneur de tous les hommes… en toutes nations… universalisme de l'amour de Dieu. Intéressante aussi, la double mention dans la même phrase des Israélites et de Jésus : "Son message, il l'a envoyé aux Israélites : la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ". Faisant suite à la précision que sont concernées toutes les nations. Qu'en déduire sinon le devoir, l'obligation de témoignage. Pour que Pierre comprenne qu'il n'est rien d'interdit quand cela sert la cause de l'Evangile, il a fallu deux visions de Dieu, car la tendance naturelle de Pierre, dont nous ne sommes pas vraiment débarrassés d'ailleurs, est bien de dire ou au moins de penser que la Bonne Nouvelle est réservée à certains plutôt qu'à d'autres.

A Corneille, Pierre commence par rappeler que, selon la loi juive, tout contact avec les non-juifs lui est interdit. Dieu lui avait pourtant fait clairement comprendre que, comme le disaient les murs de mai 68, il est interdit d'interdire.

Devoir donc de témoigner, d'évangéliser, d'annoncer l'œuvre du Christ pour contrer l'œuvre du malin, guérir les malades et libérer les prisonniers.

Devant l’assemblée, Pierre cite tous les disciples comme témoins de l'œuvre du Christ, mais aussi de sa mort, de sa résurrection. Il ne veut pas se valoriser : "Nous autres", dit-il, et il précise : "Nous qui avons mangé avec lui et bu avec lui", ce qui doit être pour nous la preuve que la résurrection est bel et bien un retour à la vie en chair et en os, si je puis dire, témoignage qui confirme le récit de l'évangile du même auteur, qui nous dit qu'au soir même de sa résurrection, Jésus, après avoir fait route avec ses disciples vers Emmaüs, partage le repas avec eux. Ce n'est pas sur une vision qu'est construit le témoignage de Pâques, sur la peur, ou sur la conviction qu'"ils", Juifs, Romains ou chrétiens, auraient pu détourner le corps du Christ qu'est fondée l'assurance de la résurrection, mais bel et bien sur la rencontre avec un petit groupe, donc la rencontre personnelle du Christ et de ses disciples.

Pourquoi avoir choisi ces témoins ? Parce qu'ils étaient plus à même que d'autres de le reconnaître peut-être, et parce que le témoignage de celles et ceux qui avaient côtoyé le Maître pendant toute la durée de son ministère ne saurait être mis en doute.

Notre texte nous offre une réponse à une interrogation qui, si elle fut essentielle pour l'église primitive, n'a rien perdu de son acuité : pourquoi Dieu a-t-il rappelé le Christ d'entre les morts ? Une branche de la théologie moderne donne une réponse intéressante, qui dit que Dieu répare ce que l'homme détruit de son plan. Envoyé comme Sauveur, Jésus est mis à mort, Dieu le rappelle à la vie pour que soit accomplie l'œuvre du salut. C'est lui que Dieu a désigné comme juge des vivants et des morts ; c'est à lui que tous les prophètes rendent le témoignage que voici : le pardon des péchés est accordé par son nom à quiconque met en lui sa foi".

Dieu avait établi Jésus comme juge des vivants et des morts. Le pardon des péchés est accordé à quiconque met sa foi en lui. Comment imaginer seulement que ce quiconque puisse être limité par la faute de celles et ceux qui ont crié "Barrabas", par la faute d'un Hérode, d'un Caïphe ou d'un Anne ? Non, il s'agit bien d'un salut illimité pour lequel l'humanité a besoin d'un signe, du signe du tombeau vide qui est, en même temps, signe de la toute-puissance de Dieu sur la mort.

Aujourd'hui, c'est nous qui sommes porteurs de ce signe pour l'humanité, qui a besoin du témoignage de l'Eglise, qui a besoin de notre témoignage.




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