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Actes 07 v 55 - 60 Andrew ROSSISTER
Prédication
Dans son deuxième tome Luc s’attache à nous montrer la continuité du destin de Jésus dans les vies de ses disciples et au-delà de ce groupe, dans la vie même de son Eglise. Etienne, en effet n’est pas un des apôtres (ainsi définit par Pierre en Actes 1 v.21-22 où il faut avoir été avec Jésus de son vivant et être témoin de la résurrection). Etienne est diacre, appelé au service de table afin de laisser aux apôtres l’espace et le temps pour proclamer la parole. Etienne est juif-grec et Luc nous apprend qu’une des premières difficultés dans la communauté des croyants était le « vivre ensemble » des juifs de Palestine et les Hellénistes provenant de la diaspora et parlant grec. Deux tendances, deux langues, deux visions du monde et bientôt deux interprétations du message du salut. Etienne, comme nous l’avons appris depuis notre plus tendre age, est le premier martyr de la foi chrétienne. Un martyr pas aux mains des romains mais mis à mort par les autorités juives de Jérusalem. Luc marque ici un tournant dans son récit de l’Eglise naissante avec le martyr d’Etienne. Le conflit avec le judaïsme institutionnel se radicalise, la séparation en deux communautés devient incontestable. Désormais il n’y aura pas de retour en arrière, la nouvelle foi en Jésus ne rentrera plus jamais dans le bercail juif. Le jugement de Luc est sans appel : ils n’ont pas accepté le Messie en Jésus, nous faisons route à part. Etienne est celui qui meurt pour que l’Eglise accepte son destin. La persécution qui suit la mort d’Etienne permet à l’Evangile de faire un premier pas vers les « extrémités de la terre », l’annonce faite par Jésus au moment de l’ascension (Actes 1.8). Ainsi est l’histoire de l’Eglise, et ainsi est l’histoire de la foi de chaque croyant, tel est le message des Actes des Apôtres. Ce livre n’est pas un simple livre de l’histoire de l’Eglise mais l’histoire de chaque croyant. Luc invite chacun de nous à faire nôtre l’histoire du salut. La conversion, l’acceptation de Jésus comme le promis, le Messie demande de choix radicaux dans la vie du croyant. Il y a toujours mort la pour pouvoir faire les premiers pas avec celui qui nous appelle vers la vie. Pendant les années vingt au Congo Belge (aujourd’hui République Démocratique du Congo, ex-Zaïre) un catéchète Simon Kimbangu a reçu une vision de la gloire de Christ. Il prêchait et ceux qui venaient le voir ont été guéris et bénis par son ministère. Le mouvement prenait une telle ampleur que les autorités belges craignaient pour le bon ordre et la sécurité (surtout financière) de leur colonie. En effet des centaines de personnes quittaient leur lieu de travail pour aller à pied dans la région natale de Simon Kimbangu. Finalement les autorités mirent la main sur « le prophète » et son entourage. Ils furent jugés et condamnés à mort, les églises missionnaires, d’où venait Simon Kimbangu, avec les mouvements de droits de l’homme ont persuadé les autorités coloniales de transformer la sentence en emprisonnent à perpétuité. Dispatchés dans les quatre coins du pays, le prophète et ses co-détenus ont témoigné de leur foi et évangélisé dans les prisons. Ainsi de ce martyr vivant, le prophète Simon Kimbangu, est née l’Eglise Kimbanguiste (aujourd’hui forte de ses 6 millions adhérents dans le monde entier). Luc nous montre déjà dans son évangile l’opposition rencontrée par Jésus, il n’est donc pas étonnant que les disciples la rencontre aussi : leur témoignage peut aller jusqu’au martyr. Mais il ne veut pas banaliser la souffrance d’Etienne, il reconnaît la misère et la tragédie de sa mort, mais il ne veut pas, non plus promouvoir le martyr pour le martyr comme cela arrivera plus tard dans l’histoire de l’Eglise. Comment pouvons nous nous ne sentir que coupables quelque part dans notre vie chrétienne en France aujourd’hui, une vie qui ne nous demande pas de souffrances ou de coûts ? Comment comprendre ce récit pour nous ? Quel sens en tirer pour notre foi si facile à vivre, à cacher, ou à ignorer ? Luc cherche à nous transmettre le sens du don d’Etienne, au-delà des apparences il nous montre l’extrême dignité d’Etienne. Luc nous indique que derrière cette mort atroce il y a la passion du Christ qui se poursuit. Les parallèles sont évidents entre ces deux morts : Jésus avait été réconforté par l’apparition d’un ange après l’abandon et l’angoisse exprimés au mont d’Oliviers – tout comme Etienne par sa vision. Jésus demande le pardon de ses persécuteurs – tout comme Etienne. Jésus remet son esprit au moment de sa mort – Etienne s’endormi nous dit le texte grec (son esprit le quitte) Jésus prononce ses derniers mots « d’une voix forte » - Etienne cri de toutes ses forces. Luc invite ses lecteurs à lire l’histoire autrement et à voir que ce monde n’est pas abandonné à la violence, à la mort, à la peur et à la destruction car Dieu lui-même est présent. Quoi que nous soyons tentés de penser – ce monde n’est pas un monde vide de sens ou de direction mais c’est la création aimée et voulue par Dieu. Dans le passage de l’Evangile de Jean, Jésus et ses disciples partagent leur dernier repas, Jésus sait que son heure vient, qu’il serait livré, trahi et abandonné. Mais cet abandon serait plus dur pour ses disciples qui se retrouveront seuls. L’Esprit qui anime l’Eglise d’Actes des Apôtres est promis et donné dans ce contexte. En préparant ses disciples à sa mort, Jésus prie le Notre Père (qui ne figure pas dans l’évangile de Jean), où cette prière dans sa forme liturgique est remplacée par ce chapitre 17. Il y a mouvement ici aussi, le mouvement pour Luc est transversal, l’évangile quitte Jérusalem sur les ailes de la persécution pour aller en Samarie et ainsi aux extrémités de la terre. Pour Jean le mouvement est un mouvement perpétuel entre Dieu et le monde, ce mouvement vertical est la force du mouvement transversal. La prière permet l’expansion et la croissance de la communauté chrétienne. La prière ouvre à cette nouvelle communauté la vision qu’un Christ toujours présent est actif parmi eux. La prière avec le partage du pain est au centre de leur vie commune. Jésus laisse à ses disciples le don le plus précieux – sa relation avec son père dans la prière. Le notre père pour les premiers chrétiens était considéré comme un privilège, le converti le disait pour la première fois tout de suite après son baptême. Dans les eaux de baptême il a ouvert son esprit et son cœur pour recevoir la présence de Dieu dans sa vie et maintenant il peut dire avec Jésus « Notre Père ». Etienne est celui qui nous indique cette vie de prière et d’ouverture sur la présence de Dieu qui se fait connaître « ailleurs » . Hors des sentiers battus de notre religion institutionnelle, hors des sentiments de tout dominer, hors de nos images que nous avons de nous-mêmes. Toujours ailleurs, car le Dieu d’Etienne, le Dieu de Jésus est aussi le Dieu du jeune homme Saul qui était d’accord avec ceux qui ont tué Etienne. Notre Dieu nous appelle à regarder ailleurs et de dire avec Jésus « Notre Père ». Finir avec le notre père ensemble. Autres textes de la même catégorie
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6e Dim. a. Pâques - Jean 14,15-19