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Actes 07 v 54-60 Franck Honegger



Texte : Actes 7/54-60
Genre : Prédication
Auteur : Franck HONEGGER
Source : Prédication pour le 24.05.1998. Bible et Liturgie, ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon.



Etienne (ou Stéphane en grec) est l'un des sept diacres de Jérusalem, chargés par les apôtres d'un service diaconal dans la communauté. Il est présenté comme "un homme plein de foi et d'Esprit Saint".

S'attirant par sa prédication et ses actions les foudres des élites juives de Jérusalem, il va finir lapidé par une foule hostile, après simulacre de procès. Le conflit porte ici sur l'interprétation de l'histoire du salut, opéré pour les chrétiens par Jésus-Christ ; il porte aussi sur le statut de la Loi juive et du Temple de Jérusalem.

Premier "martyr" du christianisme naissant, il est et restera le prototype du témoin qui affronte la mort par fidélité au témoignage évangélique. Pour l'évangéliste Luc, considéré comme l'auteur du livre des Actes, être témoin, c'est ne pas transiger sur l'essentiel, quelles qu'en soient les conséquences. Luc nous présente ainsi un témoin de l'Evangile fidèle à la tradition des prophètes de l'Ancien Testament, meurtris dans leur chair à cause de leur prédication. Cette fidélité passe par l'imitation de Jésus-Christ. Ainsi entend-on Etienne prononcer les mêmes paroles que Jésus en croix : "Reçois mon esprit" et "Ne leur compte pas ce péché".

Ne pas transiger sur l'essentiel : pour Etienne, il s'agit de Jésus, le Christ, le Sauveur promis par Dieu et annoncé par les prophètes. L'essentiel, c'est le message de salut manifesté en Christ, dans sa mort et sa résurrection. Etre fidèle à ce message, c'est suivre les traces du Christ lui-même, et ce jusque dans la mort.

Le martyre apparaît alors comme un mode de témoignage parfait, préférable à tous les autres, comme un chemin de sanctification ou encore comme la condition du croyant dans sa vie de foi. De ses origines jusqu'à nos jours, la littérature et la tradition chrétiennes racontent avec force détails le martyre de tel ou tel personnage élevé au rang de "saint". L'apologie du martyre fut même à la base de toute une littérature chrétienne.

Ce témoignage inconditionnel est né de l'opposition du monde au Christ. Le croyant, suivant les paroles de l'évangéliste Jean, appartient au monde sans être du monde. Et une des manières d'être en accord avec sa foi, c'est de tout faire pour imiter la vie du Christ dans tous ses aspects. L'ascétisme chrétien est une sorte de vie de martyr, où le modèle à suivre est celui du Christ, et ceci dans plusieurs domaines : pauvreté, chasteté, mortification personnelle, etc… Le but en est de ne pas laisser son corps et ses pulsions prendre le pas sur sa quête spirituelle.

Mais aujourd'hui, face à ce texte, une question demeure : faut-il imiter le Christ, donc Etienne, premier d'une longue lignée de martyrs de la foi dans les premiers siècles du christianisme ? De tous temps, les chrétiens, qu'ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, l'ont fait, qu'ils soient simples croyants, "hérétiques", illuminés de l'époque du Désert, missionnaires en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Nous pourrions citer aussi les vexations, arrestations, mutilations ou exécutions dont sont victimes, aujourd'hui, certains chrétiens dans le monde.

Est-ce encore une marque certaine de notre appartenance à Christ ? Un moyen de rejoindre plus rapidement Dieu ? Une œuvre de plus comptant pour notre salut ? Une condition obligatoire du croyant, comme le pensait Luther ? Etre martyr, est-ce être "jusqu'au-boutiste" ?

En tout cas, ce n'est pas à l'homme de choisir son propre martyre. Etienne n'a pas choisi de mourir ! Ce ne doit pas être non plus la recherche d'une quelconque performance. Dans l'esprit de Luc, il ne s'agit pas d'en appeler à un suicide certain, mais de mettre en valeur la force du témoignage plein et entier, digne de respect. Et si le martyre est parfois inévitable, c'est qu'il aura été jugé incontournable, sauf au prix d'une lâcheté, d'une compromission, d'une apostasie. L'important n'est pas dans le geste lui-même (car peut-on appeler la mort sur soi ?), mais dans le témoignage rendu et dans la force d'une conviction qui interdit qu'on cède sur l'essentiel. On pourrait dire en substance que, lorsque l'on suit le Christ, on ne peut vivre tranquillement !

Cependant, le danger a existé et existe encore de pervertir le sens même du martyre en en faisant non pas le témoignage d'une foi, mais l'arme d'un combat : pensez aux kamikazes japonais pendant la dernière guerre mondiale, ou, plus près de nous, aux bombes humaines du terrorisme islamiste.

Jusqu'où va le témoignage et où commence le suicide ? Inversement, jusqu'où va l'intolérance à l'égard de l'autre, de sa propre conception du monde et de Dieu ? C'est cette même intolérance qui caractérise les réactions des élites juives de Jérusalem devant le discours d'Etienne : "Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles" (v. 57). Cette intolérance rend aveugle et sourd, déchaîne les passions, aboutit aux jugements préconçus, aux anathèmes, fatwa et autres excommunications.

Le message fondamental de l'Evangile qui apparaît dans le discours d'Etienne, mais aussi dans ceux de Pierre ou de Paul, est tout autre. Bien qu'il soit à l'opposé de l'intolérance religieuse, c'est cependant à partir de lui que se sont élaborés les rejets les plus forts : du judaïsme d'abord et de l'islam ensuite et jusqu'à aujourd'hui.

Mais nous n'en sommes pas encore là avec Etienne. Sa mort va déclencher une persécution des Juifs de Jérusalem convertis au Christ Jésus. Cette persécution va provoquer la dispersion des membres de la communauté. Ceux-ci seront à leur tour témoins et martyrs de la Bonne Nouvelle de la Parole. Mais, malgré toutes les entraves, c’est l'Evangile de la vie et non celui de la mort qui sera annoncé.

En est-il encore de même aujourd'hui ? Jusqu'où notre condition de croyant nous pousse-t-elle à aller dans notre témoignage ? Sommes-nous aussi prêt qu'Etienne à ne pas transiger sur l'essentiel ?

Telles sont les questions que nous pose la contemplation du martyre d'Etienne. Que cette contemplation nous conforte dans notre confiance en Jésus-Christ, par qui nous sommes passés définitivement de la mort à la vie.

Amen.


Autres lectures : Apocalypse 22/12-20
Jean 17/20 à 26

Cantiques :
* Psaume 62 En toi, mon Dieu, toi seulement
* NCTC 238 ou 239 = ARC 543 C'est une rempart que notre Dieu
* NCTC 247 = ARC 624 Dans toutes nos détresses




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