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Actes 06 v 1-7 Jean-Daniel Wohlfahrt



Actes 6, I-7 StM 9/9/90
Le conseil mettra-t-il la priorité sur le travail auprès des jeunes, nos hellénistes diront qu'il ne s'occupe pas assez des gens âgés. Mettra-t-il l'accent sur le travail auprès des personnes âgées, ils diront que le pasteur ne fait rien pour les jeunes. Fera-t-il des visites, on dira qu'il n'est jamais à la maison, reste-t-il à son bureau on lui reprochera de ne pas faire assez de visites.
Comment pourrions-nous ne pas nous sentir interpellés par ce passage? Le problème de cette toute première communauté de Jérusalem est bien notre problème. Et c'est avec nos moyens, avec les moyens que Dieu nous donne que nous devons le résoudre.
Mais il me faut commencer par dire que la vie de ces premiers chrétiens ne ressemblait guère à la vie de nos communautés aujourd'hui. Nous nous réunissons pour le culte, pour I'étude biblique, pour etc. Nous nous réunissons c' est à dire que quand nous ne sommes pas ensemble, chacun vit pour soi, avec ses habitudes, ses intérêts pas toujours compatibles avec la foi. Jadis on vivait ensemble, la livre des Actes nous dit que les chrétiens mettaient tout en commun et redistribuaient selon les besoins de chacun. Tout n'allait certes pas pour le mieux dans le meilleur des mondes: il y avait déjà ceux qui jalousaient les autres, ceux qui voyaient injustice, favoritisme etc, là où ils n'étaient pas même soupçonnables. Témoin notre récit. Les hellénistes, c'étaient des chrétiens originaires de la diaspora juive accusaient les judéo-chrétiens de favoriser leurs veuves. Et de plainte en accusation on en arrive à l'inadmissible tension. Louons la grande sagesse des apôtres. N'aurions-nous pas eu tendance à proposer que les deux communautés se séparent en une espèce d'apartheid religieux? On aurait eu alors une première communauté de membres hébreux et une autre et une autre de langue grecque, vivant plus ou moins en harmonie, avec peut-être le souci au bout d'un certain nombre d'années, de refaire route commune et accepter pour cela des concessions inimaginables au temps de la rupture.
Chaque église aurait ses pauvres, ses veuves et s'en occuperait sans avoir de comptes à rendre à quiconque.
Louons la sagesse des apôtres qui vivent l'amour fraternel là où peut-être nous n'aurions vu de que dans la rupture. Ils reçoivent la plainte comme un avertissement à se mettre en question. Il faut que quelque chose change et voilà le diaconat, institution que l'église peaufinera au cours des siècles et qui aboutira au Bethesda, rue Ste Elisabeth. Entendez-moi bien, je ne critique pas ces vénérables institutions mais là où elles le font mal, c'est qu'elles sont sorties des paroisses et que du coup le diaconat paroissial est réduit à sa plus simple expression.
Pire encore r lorsque, il y a quelques années notre église a réintroduit ce service les paroissiens n'ont pas été les seuls à se demander à quoi peuvent bien servir les diacres, et l'église catholique nommera diacres des hommes et des femmes mariés qui deviendront en fait prêtres-laïques (amorce d'une solution au problème du mariage des prêtres), chargés de représenter leur église en diverses circonstances ou de présider des messes.
On est loin de ces diacres attentifs aux besoins des plus petits, responsables de la gestion des biens de la communauté, veillant à ce que l'hospitalité soit réelle dans l'église. Tâches pratiques qui se distinguent de la prière et de la prédication, mais tâche combien importante puisqu'elle est prolongement, mise en pratique de la parole annoncée, fraternité vécue sans quoi l'évangile reste parole sans vie, parole morte. contradiction totale avec l'exemple du Christ pour qui l'Evangile était d'abord aller vers l'autre, prendre l'autre en charge pour l'accompagner sur sa route.
S'il est une chose dont souffrent les églises issues de la Réforme c'est de la suprématie accordée à la Parole, à sa lecture, son explication et son enseignement. Suprématie que je ne discuterais pas si elle concernait sa place dans la vie de chacun. Ce que je conteste c'est le halo dont est entouré celui qui porte cette parole. Le Christ seul peut se confondre avec la Parole, puisqu'il est le verbe créateur de Dieu. Aux yeux de Dieu il n'y a pas de hiérarchie, de degré même dans l'église. Alors pourquoi nous contentons-nous encore d'imposer les mains aux seuls pasteurs? Alors que les 7 de Jérusalem sont mis en place après imposition des mains et prière?
Notre problème est la prépondérance accordée à la parole par rapport à la diaconie. Une paroisse est tout à fait fidèle si, comme le dit la Confession d'Augsbourg, l'Evangile y est prêché fidèlement et les sacrements administrés conformément à l'Evangile. Mais alors et la diaconie? qu'en avons-nous fait? J'en reviens à ce que Je disais tout à l'heure: la diaconie, nous l'avons sortie des églises, nous l'avons réservée à des groupes très précis de sœurs ou de diaconesses.
Mais alors, nos paroisses? nécessaire et urgente redécouverte que cette dimension de la foi: solitude, pauvreté, souffrance morale, paradis artificiels des drogues, de l'alcool etc. à tout cela la diaconie, le service au prochain tel que le Christ l'a défini dans sa parabole du Samaritain, veut et peut apporter aide et soutien, force et réconfort de la part de Dieu. Dieu a-t-il aidé me demande-t-on souvent ? comment Dieu aide-t-il sinon en choisissant parmi ses disciples ceux qui voteront la parole du réconfort, l'aide matérielle ou spirituelle dont l'autre a besoin.
L'institution de la diaconie, si elle visait une plus juste répartition des biens entre les membres de la communauté, devait avant tout -le livre des Actes le dit clairement- redonner à la communauté une vie spirituelle qui se perdrait à cause du travail social à faire. C'est donc de répartition de responsabilité qu'il s'agit et il est certain que la prise en charge du travail diaconal par des organismes extérieurs ne répond pas à ce besoin.
Si, dans notre paroisse certaines charges et responsabilités sont très bien réparties, il n'en reste pas moins que trop de responsabilités sont regroupées en trop peu de mains et que ceux qui ont en charge la vie spirituelle se perdent en de multiples tâches annexes qui font que bien souvent ils soupirent avec les apôtres: "il n'est pas convenable que nous laissions la parole de Dieu pour servir à table (ou pour tout autre tâche). Et permettez moi de redire qu'il n'y a pas de tâches nobles et de tâches viles puisque toutes les activités sont exécutées en vue du royaume de Dieu et qu'aux yeux de Dieu celui ou celle qui manient le balai ou le pinceau ont certainement autant de valeur que celui qui prêche puisque c'est la foi qui compte et non les œuvres.
En ce qui concerne les tâches matérielles à accomplir, la liste en est vite faite. Ce qui manque ce sont les bonnes volontés. La question n'est pas dramatique mais elle est loin tout de même d'être une boutade: le pasteur devra-t-il peindre la salle et les armoires du Sous-sol? Nos appel n'ont guère été entendus. Mais bien plus important est l'attitude de celles et ceux qui nous entourent et pour cela il faut commencer par faire l'inventaire. Les premiers disciples avaient la tâche facile: les veuves partageaient leur vie et la vie de leur communautés. Aujourd'hui il faut chercher et découvrir le pauvre honteux, celui qui se cache. Aller vers lui et le servir au nom de Dieu. Voilà longtemps que le Conseil regrette le manque de persévérance aux visites qui permettent de connaître mieux ceux qui viennent et ceux qui ne viennent pas et qui pourtant nous sont aussi confiés, dont nous serons donc amenés un jour à rendre compte devant notre Dieu.
Ils sont trop rares ceux qui ont accepté de répondre à notre appel, la tâche qui leur incombe est donc écrasante. Voyez pour la petite communauté de Jérusalem ce sont 7 personnes qui sont choisies en fonction de leur foi et de l'œuvre de l'Esprit en eux. Ils seront diacres et certains comme Etienne y laisseront la vie.
Comme lui, il nous faut oser prendre celui qui souffre sans quoi l'église ne pourra que s'enliser et mourir loin, très loin des hommes, très loin de Dieu fait homme en jésus Christ Et le nombre des croyants régressera au lieu d'augmenter.



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