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Actes 05 v 27-42 - Maurice Pont
Texte : Actes 5/27-42
Genre : Prédication Auteur : Maurice PONT Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 20.04.1980. Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes", disait l'apôtre Pierre à ses juges : on voulait lui interdire de parler de Jésus le Christ, il refusait de se le laisser interdire. Toutes les persécutions contre les chrétiens étaient là en germe. Mais, dans notre pays, qui vous interdit de croire que Jésus est le Christ, le Seigneur, et de le dire ? Personne. Chez nous, la foi chrétienne ne mène pas devant les tribunaux. Pourtant quelqu'un écrivait récemment que, dans notre société, les gens sont poussés socialement à ne pas croire. Je pense que c'est vrai, malgré une présence assez appuyée des problèmes religieux dans notre littérature et nos média. Malgré aussi la recherche spirituelle de certains. Notre monde ne nous aide pas à croire. Voyez donc : autour de vous, on s'étonne (parfois avec un peu d'envie, mais on s'étonne) que vous puissiez croire ; on trouve étrange qu'au XX° siècle vous vous occupiez encore de Dieu et de tout ce genre de choses. On a peuplé le ciel d'autres divinités : c'est le succès financier qui est sacré, l'idole du jour qui prophétise, la machine perfectionnée qui est promise, la sonnerie du tiroir-caisse qui ravit en extase... et Pâques-la-Résurrection-du-Christ est devenu Pâques-les-vacances ! Aussi vous trouve-t-on un peu bizarre, aussi bien d'être fidèle à votre conjoint que de prier Dieu ou de ne pas trafiquer. Ce n'est pas qu'une volonté explicite s'oppose à la foi chrétienne et aux attitudes qui en découlent (on fait même à l'occasion des courbettes devant les églises), mais une pression diffuse et continue s'exerce sur vos pensées, sur vos réflexes de vie. Elle ne vient de personne et elle vient de tout le monde. Elle fait que peut-être vous n'osez trop manifester des convictions différentes de celles qui courent partout. Peut-être même, à cause de ce que tout le monde pense et fait, n'apercevez-vous plus très bien que certaines de vos idées ou façons de faire ne sont plus dans le droit fil de l'Evangile. Les réflexes courants des hommes d'aujourd'hui poussent de côté tout ce qui ressemble à une vraie confiance en Dieu et au respect du prochain, à l'esprit de gratuité, à la liberté de jugement qui vont avec. Fonder sa vie sur la Parole de Dieu finit par paraître non-normal. Et doucement, piégé de toutes parts, on perd sa vigilance et la foi devient passive, s'assoupit. Alors quelle puissance de réveil dans l'affirmation impavide de Pierre : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes". Car c'est une invite à se placer sous le grand souffle libre de Dieu au lieu de céder à la pression des hommes et de leur société. C'est une invite à garder l'oreille tendue vers Christ sans se laisser piéger par de fausses vérités. Et c'est une invite à dire tout haut ce que le monde n'est pas disposé à entendre. Car il ne faut pas se faire d'illusion. Parler, en mots et en actes, un langage inspiré de l'Evangile dérange une société qui veut parler d'autre chose. Déjà vous faites tache dans votre entourage si vous ne mettez pas en avant votre intérêt personnel mais celui des autres, ou si vous vous opposez à de sournoises menées racistes. Mais regardez plus loin que le cercle proche, voyez ce qui arrive quand une pensée ne se conforme pas aux intentions des puissants. Je ne veux pas, ici, pointer du doigt de tel ou tel côté. Partout se manifestent d'étranges surdités, et parfois se déchaînent des brutalités lorsqu'une parole enracinée dans l'Evangile jaillit et parle de justice, de respect de l'homme, de vie qui ait un sens, là ou l'on a tout misé sur le profit ou décidé d'imposer de force son point de vue. "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes". Pierre savait qu'en disant cela, il choisissait une vérité repoussée par ses vis-à-vis et s'engageait dans un conflit. Du coup, les mots "obéir à Dieu" prennent leur plein sens. Ils n'appellent pas à un morne esclavage ; ils affirment une liberté. "J'obéis à Dieu plutôt qu'aux hommes", c'est : "Parmi les hommes, je suis libre de n'être pas une copie conforme des autres, libre de dire et de faire ce qui est orienté par la vérité de Dieu et de contre-dire ce qui va dans un autre sens. Et l'on ne peut pas m'en empêcher". Mais, encore une fois, la pression est forte qui tend à faire entrer les croyants dans le moule commun. Cela explique sans doute que de nombreuses Eglises voient diminuer leurs effectifs recensés, dans le monde occidental notamment ; comme si l'idéologie de la primauté du développement économique était particulièrement étouffante pour une vie selon l'Esprit du Christ (je dis "comme si"... mais vous devinez mon sentiment). Si bien que, lorsque des chrétiens s'étonnent tristement d'être moins nombreux que jadis, je m'étonne à mon tour. En fait, je crois tout à fait logique que les gens accrochés à Jésus-Christ soient un petit nombre parmi la foule. Parce que, s'ils sont vraiment des hommes du Christ, ils ne sont pas conformes à leur entourage, pas plus que Jésus ne le fut lui-même. Cela pourrait même devenir de plus en plus évident demain. Lorsque des idéologies avouées ou non façonnent et uniformisent les sociétés humaines, les chrétiens y sont de plus en plus dans la position de minoritaires hérétiques puisqu'ils ont une pensée propre et proposent d'autres objectifs de vie. A moins qu'ils lâchent pied. Ou qu'ils vivent sans déranger personne. Ici, je voudrais rappeler ce que disait le rabbin Gamaliel au procès de Pierre et de ses compagnons : "Laissez aller ces gens, car si cette affaire vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire". J'entends Gamaliel, et je regarde une communauté chrétienne qui s'amenuise. Est-ce parce que l'Evangile bouillonne tellement chez elle que certains, ne le supportant pas, s'en vont rejoindre le grand nombre ? Ou est-ce parce que, étant de plus en plus conforme au monde ambiant, elle perd sa saveur d'Evangile, cesse d’être une entreprise de Dieu et devient une périssable entreprise humaine ? Si elle n'est plus porteuse de l'extraordinaire de Dieu, n'est-il pas inévitable qu'elle se dissolve dans le milieu environnant ? Mais Gamaliel me suggère aussi l'image inverse. Des chrétiens isolés peut-être, mais pas inquiets ; "pas comme tout le monde", mais c'est que l'Evangile bouillonne en eux, les jette au service des autres, fait surgir par eux des vérités non conformes, des gestes libres... Eh bien, cela, c'est indestructible, parce que c'est l'affaire de Dieu et son travail, c'est une force de vie dans le monde. C'est dans la ligne du Christ rejeté, liquidé, ressuscité, éternellement vivant. Je n'aimerais pas que vous entendiez ce que j'essaie de dire comme une parole orgueilleuse. Je ne suggère à personne de se complaire dans la gloriole du petit nombre des purs — vous savez, le "c'est nous, les purs, les sauvés" dont on se rassure comme l'enfant qui siffle dans le noir. Je ne prêche certes pas la supériorité des chrétiens ; je ne veux ni les isoler du monde ni les dresser contre. Simplement, pour la difficile marche quotidienne de celui qui se veut lié au Christ et travaillant avec lui, je reçois avec humilité mais avec pleine espérance ce que disait Pierre et ce que disait Gamaliel : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" ; et (je modifie un peu) "Si ce que vous êtes et faites vient de Dieu, cela ne peut être détruit". Autres textes de la même catégorie
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