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Actes 05 v 27-42 David Mitrani



texte : Actes des Apôtres 5 / 27-42 ; Apocalypse 5 (trad.: Parole de Vie)
chants : 212 et 204 (NCTC)

Chers amis, c'est manière de parler: il y a le ciel et il y a la terre. Il y a ce qui est vrai là-haut, et ce qui se passe ici-bas. Il y a l'Apocalypse de Jean, et il y a le récit des Actes des Apô-tres… Là-haut, dans le ciel, dans la vision, il y a une situation bouchée, sans issue. Un livre, sacré, sûrement! Écrit des deux côtés. C'est un rouleau, comme on en voit encore dans les synagogues. L'Écriture est sacrée: on ne peut pas la toucher, si l'on est pécheur. Les Juifs eux-mêmes lisent en suivant avec un objet, pour éviter de toucher. Alors, imaginez: écrit des deux côtés, on ne peut pas le prendre, le toucher, sans mourir!…
Or, c'est bien le problème: personne n'est digne de le prendre et de l'ouvrir. Personne n'est digne de permettre que l'Écriture soit lue, que la Parole soit dite, et que ce qui est dit arrive. Aucun homme au monde, même le plus pieux, le meilleur, le plus… tout ce que vous voulez. Personne. Le livre restera fermé. La ténèbre continuera de couvrir la terre. Le monde selon Dieu, la création, ne sera pas, n'adviendra pas. Je ne suis pas digne. Vous n'êtes pas dignes, aucun d'entre vous. Pleurez donc, comme le Voyant…
Mais arrive un lion, et c'est un Agneau. Il est victorieux, alors qu'il a été immolé, offert en sacrifice. Moins qu'un homme et plus qu'un homme, adressé à toute la terre et pourtant salué par les prêtres d'Israël. Mais salué d'un cantique nouveau, jamais entendu. Car à personne encore on n'avait pu dire: "tu es digne"! Et c'est, petit à petit, toute la création qui chante la louange, car le livre sera ouvert, prononcée la Parole, et effectuée la nouvelle création. "Amen!"
Et parce qu'au ciel, le verrou a sauté, une fois par toutes, parce qu'au ciel la figure d'un Agneau sacrifié a été saluée comme le roi du monde, parce qu'au ciel la Parole de Dieu a été ou-verte pour toujours, alors, sur terre, il y a des gens qui sont libres! Sur terre, quelques pauvres ty-pes qui se réclament d'un supplicié agissent comme s'ils étaient prêtres et rois du Dieu vivant, et ils en remontrent à de plus grands, de plus forts, de plus sages qu'eux, et ils n'obéissent plus à ceux qui sont la voix autorisée de Dieu…
Sur terre, dans l'enceinte d'un improbable sanhédrin, les puissants tremblent de peur de-vant de la canaille désobéissante, quelques prédicateurs improvisés qui croient que leur mort à eux a été ressuscité. N'importe qui en rirait, des rois et des gouverneurs étrangers en riront, un peu plus loin dans le même livre, lorsque Paul enchaîné tentera de les convertir… Mais ici, ils ont peur, parce qu'ils ont peur de Dieu! Et s'ils n'avaient pas fait le bon choix? Et s'ils n'étaient pas du bon côté? Eux qui sont purs, spécialistes de la Loi et du sacrifice, eux qui sont dignes… et si ce n'était qu'une illusion, un mensonge, un blasphème?
Gamaliel le sage, le prudent, leur est de bon conseil, et d'autres gouvernants les copieront trop souvent en toutes sortes de questions: "surtout ne faisons plus rien, ne nous engageons pas, n'ayons pas de parole(s)…!" Oui, le peureux a raison, attendons que cela se passe, attendons que les gens aient encore plus peur que nous, attendons que ceux-là se fatiguent, que leur conviction tiédisse, que leur ressuscité ne se manifeste pas. Attendons qu'ils dérapent, ou qu'ils disparais-sent. Nous, nous serons toujours là.
Vous savez: ils ont eu tort! Les héritiers de Gamaliel, certes, ont survécu jusqu'à nos jours, au milieu de persécutions et d'horreurs sans nom qu'ils n'avaient pas méritées. Mais les autres, les grands-prêtres, ceux qui croyaient accomplir des sacrifices qui dispensaient de se convertir à Dieu à chaque instant de l'existence, ceux qui avaient sacrifié l'Agneau sans reconnaître le lion, eux ont péri, et l'histoire les a engloutis avec leur Temple.
Les apôtres de Jésus-Christ, quant à eux, étaient tout contents: on les a frappés! Tout joyeux: on les a trouvés dignes dans leur prédication. On y a reconnu le Christ, on leur a fait comme on lui avait fait, à lui. L'Agneau immolé les avait rendus dignes, et les autorités du monde, sans le savoir, ont contresigné cette reconnaissance. Le livre a été ouvert, il faut lire dedans, il faut dire, dedans et dehors, la Parole qui, sans le Christ et sans ses ministres, serait restée tue, fer-mée, enfermée, sans jamais convertir qui que ce soit, sans jamais ramener qui que ce soit à Dieu et à la vie éternelle.
Mes amis, ces apôtres qui n'ont pas peur qu'on les moque ou qu'on leur tape dessus, ces fanatiques qui refusent de taire leur conviction sous prétexte que la loi interdit de parler, ces farfe-lus qui se croient plus grands que les grands, plus sages que les sages, plus dignes de Dieu que les hommes de Dieu, aujourd'hui c'est vous. Ne les regardez pas de loin: c'est vous. Ne les ap-prouvez pas et ne les jugez pas: c'est vous. C'est votre mission qu'ils accomplissent, "prêtres pour servir notre Dieu, et rois sur le monde entier". Oui, c'est vous.
Que faut-il que nous fassions? Oh! pas aller en prison, eux ne l'avaient pas cherché, ils n'avaient pas couru au martyre, et vous comme eux, vous en êtes loin. "Chaque jour, dans le Temple et les maisons, ils continuent à enseigner et à annoncer cette Bonne Nouvelle: Jésus est le Messie". Tout le programme est là, il n'y a rien de plus à faire… mais c'est très ambitieux! Bien sûr, le sens du temple et des maisons a changé, en fait les deux se sont intervertis, mais donc ça re-vient au même: aujourd'hui, c'est à la maison qu'il y a des païens, et c'est au temple qu'on est en-tre nous!
"Enseigner et annoncer". Pas faire des choses, pas être plus efficace que d'autres magi-ciens (Pierre s'y est laissé prendre, au début du chapitre 5, et ça le guette encore, c'est vrai). Par-ler. Dire avec ses mots à soi, et avec ceux que ses frères et sœurs utilisent depuis 2.000 ans, dire que Jésus est le Christ, le seul digne, l'Agneau immolé, le Sauveur des indignes que nous som-mes. Annoncer et expliquer, proposer à chacun de reconnaître sa propre expérience dans celle de l'homme ou de la femme que vous êtes, déjà rencontré(e) par son Seigneur, déjà transfiguré(e), déjà ressuscité(e), tout en étant toujours le même.
Mais c'est une Bonne Nouvelle, pas un pensum! N'obligez pas à croire, de toutes façons ce serait vain de croire y arriver… N'obligez pas à des choses compliquées ceux qui, comme vous, ont besoin de choses simples: vous êtes aimés de Dieu tels que vous êtes, et ça, c'est un cadeau; racontez-le, c'est tout. La Seigneurie du Christ n'est pas celle de Moïse qui ordonne d'être bons, ni celle des puissants qui ordonnent d'être soumis, ni celle des prophètes qui ordonnent d'être saints. C'est celle d'un agneau qui s'est laissé tuer: c'est lui le prêtre, le prophète et le roi, c'est lui qui est bon, saint et soumis. C'est lui qui a fait de vous des vivants, des gens libres.
Cette bonne, cette joyeuse nouvelle, annoncez-la à ceux que vous connaissez et à ceux que vous ne connaissez pas. Annoncez-vous-la entre vous, vous en avez besoin, pour vous ré-conforter, vous entraîner, vous rassurer aussi, car chacun d'entre nous a aussi besoin de l'enten-dre à nouveau. Mais ne vous arrêtez pas là: annoncez-la aux païens qui vous entourent, que ça les étonne ou que ça les agace… peut-être un jour cela les interpellera-t-il?! N'ayez pas peur d'eux. Soit ce sont des gens qui vous aiment, et à défaut de vous suivre, ils ne pourront que se réjouir de votre bonheur. Soit ce sont des gens qui ne vous aiment pas, et que pourraient-ils bien vous faire qui serait plus grave que d'être privés de la présence de Dieu dans votre vie?…
Le ciel explose de joie, et toute la terre avec lui, la nouvelle terre, que Dieu prépare pour vous, pour que vous y habitiez, et que vous n'êtes pas capables de construire, pas même capables de la rêver! Les quatre animaux et les 24 anciens, l'univers et tous les saints: voici le chœur qui célèbre les louanges du Christ, à cause de vous. Si l'image vous parle un peu, n'hésitez pas à vous la remémorer de temps en temps. "Là-haut", là où se voient les vraies réalités, votre vie et votre liberté sont célébrées par toute la création. Lorsque le poids d'"ici-bas" est trop lourd pour vous, lorsqu'il vous tire vers plus bas encore, regardez "là-haut", regardez ce qui est vrai, écoutez la louange des créatures!
Et puis, là où vous êtes, vous, allez-y! Que les paroles du livre qui a été ouvert pour vous résonnent dans votre bouche, et dans les oreilles de ceux qui ne les ont pas encore entendues, de ceux qui n'ont pas encore dit oui, de ceux qui ne se sont pas encore réjoui, et pour qui votre propre joie est étrange et surprenante. La Bonne Nouvelle est pour vous, celle de la résurrection: pour votre propre joie, et pour que cette joie se communique, et avec elle la vie éternelle, en Jésus-Christ. Amen.
Cognac - 25 avril 2004
Pasteur David Mitrani - erf.jarnac@free.fr



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