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Actes 05 v 12 -16 - Claudette Marquet
Texte : Actes 5/12 -16
Genre : Prédication Auteur : Claudette MARQUET Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 04.06.1972. Près de 1 900 ans nous séparent de ce texte ; 1 900 ans qui font que nous n'avons rien en commun, ou presque, avec les hommes dont on nous parle, et leur situation ne ressemble en rien à la nôtre. Mais voilà : ainsi va la tradition ecclésiastique qui nous oblige, chaque dimanche à tout le moins, de sauter à pieds joints par-dessus les siècles, pour nous plonger dans un monde étrange et étranger, sous prétexte que la vie des hommes de ce temps donne sens à la nôtre. Eh bien, jouons le jeu, une fois de plus, et voyons s'il est bon de suivre, en tout point, la tradition, quand elle est ecclésiastique ! J'ai quelque souvenir de mon passage à la faculté de théologie et je sais qu'il est recommandé, en étudiant un texte, de le placer, autant que faire se peut, dans son contexte. Alors, je peux vous dire que ces versets nous relatent un épisode de la vie de la première communauté chrétienne. Episode réel ou imaginaire ? Je ne saurais vous en assurer, les savants, sur ce point, étant fort divisés. Quoi qu'il en soit, analysons le texte tel qu'il se présente. Je constate que les apôtres, c'est-à-dire les pasteurs, les prêtres, en un mot, les clercs détiennent le pouvoir dans cette communauté : ce sont eux qui peuvent accomplir "des signes et des miracles" ; ce sont eux qui ont et qui font autorité. Je découvre ensuite que les croyants, c'est-à-dire les chrétiens, "se tiennent tous ensemble dans la galerie à colonnes de Salomon" ; bien séparés des autres, différents, à part au point que ''personne d'autre n'osait se joindre à eux" ; ce qui n'empêche pas l'estime, précise le texte. Je vois enfin une communauté, c'est-à-dire une Eglise, drainer une foule "de plus en plus nombreuse", "qui croyait au Seigneur" et qui ne trouve rien de plus pressé que de transformer les rues de la ville en un lieu de pèlerinage, plus ou moins patenté, dans l'attente du miracle. Et bientôt, de toutes les villes voisines, accourent toutes sortes de gens vers Jérusalem, devenue rapidement ville sainte, pour que s'opèrent les guérisons de leurs parents ou de leurs amis. Et effectivement, les miracles se produisent. Voilà ce que je peux comprendre du texte, de ce vieux texte d'il y a près de 19 siècles. Et il est possible, en effet, qu'à certains égards, il parle d'une situation analogue, en partie, à la nôtre. C'est vrai qu'aujourd'hui encore, dans les Eglises, ce sont les prêtres, les pasteurs, les clercs en un mot, qui détiennent le pouvoir, les mettant ainsi à part. Car c'est leur parole, essentiellement, qui dit pour aujourd'hui la Parole de Dieu ; et ce sont leurs personnes, essentiellement, qui coincent les rouages des institutions ecclésiastiques et les maintiennent ainsi parfaitement immobiles. C'est vrai qu'aujourd'hui encore, les chrétiens se retrouvent principalement entre eux, dans des lieux réservés : les temples ou les églises. Et ils s'y pressent en foule à l'occasion des fêtes carillonnées. Mais là... les choses commencent à changer ; si aujourd'hui personne ou presque n'ose se joindre à eux, ce n'est sans doute pas parce que les foules étouffent d’estime et de respect à leur endroit ; c'est sans doute que le "peuple", pour reprendre l'expression du texte, ne se sent plus atteint (mais le fût-il jamais ?) par une parole clamée de façon si diverse et si extravagante par des hordes de chrétiens souvent plus désireux de sauvegarder leur institution et leur situation que de défendre la vie et la qualité de la vie. Enfin, et c'est vrai toujours, bien qu'il faille ici interpréter plus que jamais le texte, que toutes les rues de toutes les Jérusalem du monde ne sont que l'immense champ des malheurs des hommes : on mitraille à Tel-Aviv ; on assassine à Bujumbura ; on pend à Istanbul ; on tue à Hanoï ; on s'entretue à Montevideo ; on torture partout. Voilà les "maladies" et les "tourments" de notre temps. Mais ce n'est plus vers les chrétiens, ce n'est plus vers les Eglises, ce n’est même plus vers le pape que l'on se tourne pour offrir ses malheurs et les faire changer en joie. On a appris qu'il faut, comme toujours, ne compter que sur soi-même, et les Eglises ont trop longtemps prêché à contre-temps pour que leurs paroles aient désormais quelque chance d'être entendues et crues. Mais qu'importe ? Je veux dire : qu'importe les Eglises ? Qu'importe leur perte de prestige ou de pouvoir ? Qu'importe qu'elles se structurent d’une façon ou d'une autre pour tenter, tant bien que mal, de se mettre au goût du jour ? Qu'importe qu'elles perdent du temps à s'apitoyer sur elles-mêmes et à déplorer, par exemple, leur séparation, puisqu'elles font exactement tout ce qu'il faut pour ralentir, voire même stopper, toute tentative de briser les barrières ? Qu'importe ces combats d'arrière-garde ? Ne sentons-nous pas que ce ne sont pas les Eglises qui. sont en péril, mais les hommes ? Et ne sentons-nous pas, alors, qu'il y a urgence à éliminer rapidement le nombrilisme ecclésiastique, si notre intention est réellement de mener, avec les hommes, le combat pour l'homme ? Ne sentons-nous pas qu'il ne s'agit plus de compter les nouveaux convertis ou le nombre de points d’accords entre les Eglises sur la couleur des cheveux des anges, mais de se mêler à la foule des hommes, malades et meurtris, malades et meurtris comme nous le sommes nous-mêmes, pour qu'ensemble nous retrouvions le goût de la vie, le sens de la vie et l'espérance de la vie ? Tant pis alors si les prêtres ne sont plus prêtres, les pasteurs plus pasteurs, et les chrétiens plus chrétiens. Tant pis si nos classifications tombent ; tant pis si notre belle doctrine, cent fois remise sur le métier, bat un peu de l'aile ; tant pis si, pour aujourd'hui, nous n'arrivons plus à dire qui est chrétien et qui ne l'est pas. Tant pis, si cette apparente confusion nous permet de vivre, où que ce soit et avec qui que ce soit, l'étonnante certitude que nos paroles et nos actes peuvent donner aux autres un avant-goût de l'espérance et faire ainsi reculer les frontières du mal et les malheurs de ce temps. Et je découvre, au bout de mon discours, que ce vieux texte d'il y a près de 19 siècles, parle à sa façon, d'espérance ; il parle de la grande espérance qui a transformé la vie d'une poignée de Galiléens ; une grande espérance qui a eu visage humain ; une grande espérance qui, désormais, a pris place dans le cœur de tout homme. Et je me fie à la parole de ces hommes. Amen. Autres textes de la même catégorie
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