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Actes 02, v 42 à 47 Henri Fritsch
Prédication du 3 avril 2005
Henri Frisch Lectures bibliques : Actes 2, v 42 à 47 1 Pierre 4, v 3 à 9 Jean 20, 19 à 31 Actes 2, v 47 "Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier" 1. Introduction Je ne sais si 365 jours cela fait beaucoup dans l'année. Mais qu'il n'y ait que 52 dimanches pendant le même temps, c'est manifestement insuffisant. Si bien que dès qu'un temps fort est passé, que ce soit celui de Noël, de Pâques ou de la Pentecôte, on a l'impression qu'il faut se dépêcher de l'oublier et se précipiter sur le temps fort suivant pour lequel il n'y a pas assez de dimanches pour le bien préparer. Et la période qui sépare Pâque de la Pentecôte est la plus courte de toutes. Même si c'est la période la moins perturbée, il n'est pas question d'y insérer un culte de la réformation, ou la semaine de l'unité, c'est une période où chaque jour compte avec sa durée de 24 heures. Cette courte période nous ramène à une période de transition conduite au pas de charge pendant laquelle les Apôtres, en moins de deux mois, devront intégrer la mort du Christ, sa résurrection, sa présence au milieu d'eux, son Ascension et le démarrage de leur mission. Mais, nous pouvons échapper à cette période et les Actes de Apôtres sont là pour nous donner l'occasion d'anticiper paisiblement sur le développement des premières communautés chrétiennes qui commencent à poindre et à se construire dans l'enthousiasme et la générosité. Ainsi, nous disent les Actes des Apôtres au chapitre 2 verset 47: les premiers chrétiens " louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier ". 2. Les premières communautés A peine l'Ascension du Christ passée et la Pentecôte consommée, les Apôtres se mettent au travail. Il y a Pierre, il y a Jacques, il y a Jean, il y a les autres. Il y a aussi Thomas l'incrédule qui exigera un contact avec Jésus pour se mettre à croire. Mais on ne peut attendre. Le temps presse. Le souvenir précieux de Jésus vivant est encore très présent et il faut le fixer ce souvenir du Christ vivant dans la vie de tous les jours pour qu'il ne s'oublie pas. Pendant des centaines d'années, voire des milliers, malgré les tombes de l'Egypte, malgré le mystère des Scythes, malgré la conservation des corps, personne, même parmi les plus puissants et les plus obstinés, n'avait jamais pu montrer qu'il était possible de vaincre la mort. Et c'est bien là ce qui est nouveau, et qu'il faut perpétuer. Un homme, le fils de Dieu, a surmonté la mort pour la première fois et s'est montré vivant à la communauté des croyants. Il y a ceux qui l'ont vu et qui peuvent en parler savamment, puis il y a ceux qui connaissent ceux qui l'ont vu et à qui l'on a tout dit. Et tout ce monde vit dans la chaleur du témoignage oculaire et de la mémoire des recommandations ou des commandements de Jésus. A Jérusalem, c'est l'enthousiasme d'une aventure devenue objective. Les premières communautés chrétiennes ne sont pas très sûres de là où elles vont, la date à laquelle ces communautés y arriveront n'a pas été fixée. Le Royaume de Dieu viendra, mais je ne sais ni le jour, ni l'heure, avait dit le Christ. Qu'importe, on y va avec détermination. C'est probablement pour bientôt et pour entrer dans le Royaume de Dieu, pour accéder à la vie éternelle, le guide est clair : rejeter loin de soi la tentation du jeune homme riche et se libérer de ses biens, qui deviendront inutiles, pour en faire profiter la communauté et rompre le pain tous les jours plutôt que tous les dimanches ou un dimanche sur deux. Et dans leur enthousiasme, " ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier ". C'est le succès. Et le succès appelle le succès. Il rassemble autour de lui les déçus, les malheureux, les exclus, les impotents, les handicapés, les désespérés qui viennent en nombre grossir la foule de ces nouveaux croyants, comme on appelait les protestants entre avant l'Edit de Nantes et celui de Tolérance. " Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut " peut-on lire aussi au verset 47. Mais voilà. Tous ne se sentent pas invités à la fête. Il y a beaucoup de juifs qui légitimement sont les gardiens du Royaume de Dieu, il y a les riches qui ne peuvent ou ne veulent franchir le pas de la porte de leur coffre fort, il y a les Romains qui flairent là une remise en cause de leur pouvoir politique et économique. Où va-t-on si l'on ouvre le Royaume de Dieu au tout venant ? Où va-t-on, si l'on ne peut plus entasser de biens faute de producteurs de richesses ? Où va-t-on si le droit de la propriété n'a plus raison d'être, si la motivation du travail n'est plus opérationnelle, si l'on peut vivre heureux d'une vie simple voire ascétique ? Que va dire César s'il n'a plus son blé ? Les Apôtres sont partagés. Le succès, c'est le fruit de leur obéissance à la mission qui leur a été confiée, celle d'aller évangéliser toutes les nations sur toute la terre. L'accueil favorable auprès du peuple tout entier est une récompense. Il est impensable de remettre tout cela en cause. Mais le succès et la récompense ne sont pas la réussite et les Apôtres savent qu'ils ne réussiront pas là où ils sont le plus attendus, annoncer la bonne nouvelle dans la paix. Pierre est conscient du danger et cette prise de conscience se traduit par un avertissement dans la première Epître de Pierre au chapitre 1 verset 6 " Aussi, tressaillez-vous d'allégresse, même s'il faut que, pour un peu de temps, vous soyez affligés par diverses épreuves ". A cause de votre foi, vous serez persécutés et c'est ainsi les chrétiens gagneront leur droit de cité pour avoir souffert au point de prendre, pour un temps, le pouvoir tout court. " Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier ". 3. Louer Dieu aujourd'hui Les siècles ont passé. Les persécutions ont commencé comme prévu, remplacées bientôt par les guerres de religion qui se poursuivent encore aujourd'hui. Le Royaume de Dieu n'est toujours pas venu. Mais, pouvons-nous aujourd'hui continuer à louer Dieu comme les premiers chrétiens ? Il y a quelques années, il manquait de pasteurs. Maintenant il y a des pasteurs mais il manque l'argent pour les payer. Pourtant nous savons nous adapter. Rappelez-vous, il n'y a pas si longtemps, notre paroisse est restée un an sans pasteur et nous ne nous en sommes pas si mal sortis. Bravo à ceux qui étaient aux commandes ! Plus récemment, je relisais l'histoire de ma première paroisse dans le sud de la France. En 1750, les préoccupations étaient semblables et malgré les difficultés de déplacement, un pasteur était un itinérant qui couvrait un territoire important de 20 km de rayon composé de la ville et des villages qui l'entouraient. Depuis il y a un temple démesuré et un pasteur à plein temps. Nos frères catholiques nous disent faire face à des difficultés du même ordre, surtout dans les campagnes, avec la crise des vocations. Mais on voit partout les paroissiens se mobiliser avec enthousiasme pour assurer la continuité de l'annonce de la Bonne Nouvelle. Et puis, nous sommes aidés par les avantages fiscaux, les subventions de la mairie, la présence de volontaires à la recherche d'un service à rendre, d'un ministère à porter. A la limite, nous avons la ressource de nous organiser autrement. A-t-on besoin de toute cette structure, souvent mal utilisée, pour louer Dieu ? Même si c'est ce qui mobilise une grosse partie de notre énergie et au-delà, de nos finances, nous aurons toujours les moyens de louer Dieu. 4. Trouver un accueil favorable auprès du peuple tout entier La vraie question n'est pas là. La vraie question c'est : Trouvons-nous aujourd'hui un accueil favorable auprès du peuple tout entier ? La réponse est : plutôt oui. A en croire la gentillesse avec laquelle on nous entoure. La municipalité vient nous rendre visite une fois par an et nous fait signe une fois tous les deux ans. Nous échangeons avec le doyenné, les adventistes, la synagogue. Notre Entraide qui est notre vrai regard sur l'extérieur est très appréciée. Tout cela a été répertorié lors de notre dernière Assemblée Générale. Ce sont nos points forts. Continuons. Pourtant, est-ce bien le même accueil que celui réservé aux premiers chrétiens il y a deux mille ans ? Un accueil enthousiaste, porté par l'espoir, par la promesse d'une délivrance, par le désir d'adhérer ? Sommes-nous toujours accueillis pour les mêmes raisons ? Sommes-nous toujours aussi attractifs pour ceux qui nous entourent ? Très honnêtement, je n'ai pas l'impression que ce soit auprès de nous que le peuple place aujourd'hui son enthousiasme, son espoir, ou la délivrance de ses soucis. En tout cas nous sommes loin de représenter cela pour le peuple tout entier. Il n'est qu'à entendre les commentaires de Nicolas Sarkozy jeudi dernier sur Antenne 2 à " Cent minutes pour convaincre " où il a dit que " le gouvernement avait des problèmes bien plus graves que ceux représentés par les catholiques, les juifs, les protestants et les musulmans ". Je prends acte. Nous ne faisons plus peur et nous ne sommes plus aussi intéressants. Quelque part, on se dit qu'à nous avoir sous la main, cela peut un jour servir. Et c'est là une des raisons pour laquelle nous recevons un accueil favorable de tous. 5. Et continuer à mériter cet accueil Mais ce n'est pas parce les raisons de notre accueil par le peuple ont changé depuis deux mille ans que nous ne devons pas continuer à mériter l'accueil qui nous est réservé. Cet accueil est essentiel. Nous n'avons pas changé de mission, annoncer la Bonne Nouvelle : Dieu est vivant. Et pour cela, je vous rappelle les actions très concrètes que nous pouvons mener, que nous devons mener. Non pas que j'ai la folie de penser que je vais vous apprendre quelque chose, mais parce que nous avons besoin, de temps en temps, de nous recentrer sur ces actions et parce que surtout nous devons les partager avec ceux qui ne sont pas avec nous ce matin Notre première action sera de faire entrer Dieu chez nous, à domicile. Dieu ne réside pas au coin 18 du boulevard d'Inkermannn et du 60 rue Perronet. La révélation de Dieu n'est pas une exclusivité de notre pasteur, de nos monitrices ou de nos catéchètes. C'est à nous, parents et grands parents de révéler Dieu aux plus jeunes. Quelquefois, nous avons des réticences à le faire, mais je peux vous dire que ces scrupules sont à évacuer car cette révélation passionne les plus jeunes, permet aux plus âgés d'échanger sur cette révélation qui est notre raison d'être. Il y a des livres pour tous les niveaux et il arrive qu'ils viennent à notre rencontre ici. Achetez les, ce sont de bons outils. Alors plus tard, les jeunes devenus adultes, prendront le témoin que nous leur auront tendu. Pas de témoin, pas de transmission, et personne après nous pour continuer notre action. Notre seconde action est de faire entrer Dieu dans notre réflexion et dans les réponses aux questions qui se posent à nous dans notre paroisse. Notre mission, c'est d'apporter une réponse claire à ces questions. Et cette réponse doit être adaptée à nos interlocuteurs. Nous n'apporterons pas la même réponse à des jeunes en quête d'idéal, à l'adulte qui a perdu ses illusions, au senior qui cherche une issue, à l'athée qui ne demande qu'un peu de compréhension. Dans notre réflexion, dans notre réponse, seul l'amour de notre prochain doit nous conduire. Nous n'avons pas le pouvoir des Apôtres. Nous n'avons pas le pouvoir de nouer ou de dénouer. Tout en restant exemplaires, tout en restant attentifs, convaincus de la Bonne Nouvelle, nous devons nous garder de l'exclusion qui est le moyen de porter à notre prochain le rejet, la souffrance, le désespoir. Quand, lors de notre dernière Assemblée Générale, nous avons entendu notre ami dire qu'il était difficile de se faire admettre ici même, c'est que sans le vouloir, quelque part, nous l'avons exclu. Rassurez-vous, il n'y a pas qu'ici. Mais bon, à nous de faire notre devoir. Nous ne pouvons pas continuer à rester entre nous. Nous ne pouvons pas regarder le nombre de nos paroissiens rester constant dimanche après dimanche. Nous ne pouvons pas, sans réagir, voir chaque année le nombre de nos cotisants fondre comme les glaciers des Alpes. La troisième action, nous la dirigerons vers tous ceux qui croient en Dieu, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou musulmans. Un grand pas a été fait avec " Bible à Neuilly " qui sait se renouveler et proposer à chaque âge des rencontres bien ciblées. Même si cela n'a pas toujours été facile, aujourd'hui c'est entré dans les mœurs. Notre échec, notre véritable échec, c'est de n'avoir pas su ouvrir nos portes aux musulmans. Comme le disait un de mes amis : nous n'avons pas de mosquées à Neuilly. OK, c'est vrai, mais nous avons des musulmans. Et tous les musulmans ne sont pas techniciens de surface. L'autre jour j'étais en négociation avec une jeune marocaine de Sallé, qui sortait de la même école d'ingénieur que la mienne et qui s'appelait Sarah. Alors, qu'est-ce qu'on attend pour ouvrir notre porte aux musulmans ? Même si le Coran est très différent de notre Bible, le Coran et la Bible se rejoignent souvent. Enfin quatrième et dernière action que je recommande, c'est de faire entrer Dieu dans le monde. Le monde, c'est la création de Dieu et je ne vois pas pourquoi Dieu en serait chassé. Ici, nous sommes tous des laïques, mais pourquoi laisserait-on Dieu au vestiaire quand nous entrons dans le monde. Jean-Paul II ne s'embarrasse pas de tels scrupules. Il accomplit sa mission, avec plus ou moins de bonheur. Mais au moins, il le fait et reçoit un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par la loi d'exclusion de 1905, par les discours de partisans opportunistes montés à califourchon sur des principes désuets. Nous ne faisons pas peur et on nous aime bien. Sentons nous libre d'apporter une contribution non partisane éclairée par l'amour du prochain. Nous devons y mettre les moyens, nous organiser, travailler ensemble, juifs, catholiques, protestants et musulmans pour apporter cette contribution. Désignons des porte-parole pour réagir sur l'événement. Et puis, l'Europe est une opportunité. Voyez les chefs d'états, ils pataugent mais ils y vont avec détermination. Alors pourquoi pas nous ? Croyez-vous que nous risquons de perdre l'accueil favorable du peuple tout entier ? Qu'est-ce qu'il nous manque ? Qu'est-ce qu'il nous manque à nous tous qui croyons en un même Dieu et qui sommes moins nationalistes que les autres ? Hein ! Dites moi ce qu'il nous manque ? |
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