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Actes 01 v 1-11 Jean ALEXANDRE
Texte : Actes 1/1-11
Genre : Prédication Auteur : Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 01.06.2000 (Ascension). Que signifie ce récit de l'Ascension ? C'est une séparation. Et c'est le début d'une grande aventure. Voilà ce qui arrive à ces apôtres que Jésus va quitter. Le maître, on ne le verra plus. Et aujourd'hui encore, sur la terre, ses disciples vivent sans lui, dans un temps... d'autonomie. Le maître n'est pas ici, il est parti. Ailleurs, dans le monde de Dieu, un monde qui n'est pas le nôtre. C'est comme un abandon, il faut voler de ses propres ailes. Ce n'est pas rassurant. Oui, mais c'est une aventure. Quand on prend ainsi son autonomie, il y a d'abord un temps où l'on fait de gros efforts pour être à la hauteur. On a tout à fait conscience que l'on peut se tromper. On n'est pas sûr de soi. C'est vrai dans la vie professionnelle, c'est vrai aussi lorsqu'on entame une vie à deux. C'est vrai aussi à la naissance du premier enfant. C'est vrai quand on se retrouve seul après un deuil. Suivant le cas, il y a des doutes, des soins, des inquiétudes, des angoisses, des larmes. Il peut y avoir aussi de la bonne volonté, de l'ardeur à bien faire et à bien vivre. Et que de nouvelles possibilités à explorer... Et puis l'habitude s'installe. On a le sentiment, alors, de maîtriser la situation, et cela de mieux en mieux au fur et à mesure que le temps s'écoule. Pour peu qu'il n'y ait pas de grande catastrophe, on suit de plus en plus tranquillement son petit bonhomme de chemin. On se met à dominer les situations... et parfois, on se met aussi à dominer les gens qui nous entourent. On risque de faire des bêtises. On risque de se compromettre dans des situations qu'on aurait au départ jugé malsaines. Après deux mille ans de christianisme, les chrétiens ont souvent suivi cette courbe. Les premiers temps ont été difficiles, mais combien passionnants ! De la ferveur, de la pureté, du courage ! Et puis, petit à petit, on s'installe, on prend du poids dans le monde, on dirige, on enseigne, on domine, et même : on écrase. On se fourvoie dans toutes sortes de compromissions. Notez qu'il est arrivé aussi qu'elles se soient rapidement développées, les Eglises, pleines de foi et d'enthousiasme, et puis qu'elles se soient lentement délitées, au cours du temps. La ferveur initiale disparaît lentement. Le temps a passé, la vie a tout raboté. -o- Oui, le temps a passé, depuis le départ du Christ. Et le temps, c'est une épreuve ! Or, moi, je suis dans ce temps. Un temps où, bien qu'absent, le Christ est mon Seigneur. C'est du moins ce que je prétends. Mais, voyez-vous, il y a là comme un Esprit qui rôde autour de moi, et qui veut m'habiter. Dieu n'est pas seulement avant moi, au-dessus de moi, après moi, à m'attendre les bras ouverts comme le Père aimant qu'il est. Il n'est pas seulement, non plus, celui qui s'est incarné, Jésus, en un temps et en un lieu précis, pour me révéler son amour... avant de s'en aller. Dieu veut être aussi parmi nous. Dans notre monde. Ici. Parmi nous. Il ne peut y avoir de renouvellement, la vie ne peut trouver un nouveau souffle, une fraîcheur, une allégresse, l'apparition de nouvelles ouvertures, de nouvelles possibilités, que si l'Esprit habite en nous pour que le Christ soit notre Seigneur. C'est ce qui est à demander. Ou plutôt : à accepter, à vouloir. Parce que suivre le Christ est un combat. C'est un combat, c'est un travail... et c'est aussi un plaisir. Je regarde le monde, et je vois bien qu'il y a là un combat à mener. Ce monde n'est pas juste. Pas de justice. Pas de justesse. Les choses vont à l'envers. Le monde du Christ, lui, serait un monde où la vie des gens compterait avant tout. Ce n'est pas le cas. Pourquoi ? C'est qu'il existe des seigneurs que je dois combattre, ils sont les ennemis de mon Seigneur à moi. Vous les connaissez, ces ennemis. Vous les connaissez sous leurs noms, ou bien encore sous des sigles. Vous entendez sans cesse parler d'eux. Ils dominent le monde, et leur action aboutit toujours à dresser les uns contre les autres, les nations contre les nations, ou les uns contre les autres au sein d'une nation, faisant en sorte que les uns prennent de plus en plus de place, aient de plus en plus de moyens, de savoir, d'espace... et les autres de moins en moins de dignité. Un drôle de monde, en vérité, où le problème des uns est de combattre l'obésité, tandis que l'urgence des autres est d'empêcher leurs enfants squelettiques de mourir de faim. Ils se débrouillent si bien, les ennemis, que l'on ne peut même pas les accuser sans qu'ils se retournent et désignent, derrière eux, qui les mènent, une fatalité que l'on ne saurait combattre, une logique anonyme que l'on ne pourrait démanteler. Mais, au fond de tout cela, il n'y a que la peur. Une peur de manquer, d'être à vide, une peur de tomber. Et, en réalité, un combat est à mener. Et c'est un travail. Parce que ce combat, je ne dois pas le mener avec les armes des autres, les ennemis, mais avec les armes du Christ. Ni violence, ni haine, ni jugement, ni orgueil, ni avidité. Ni peur. Alors il va falloir que je me reconditionne. Vaste entreprise. Eh oui, parce que ces seigneurs de violence et de rapine, ils sont déjà en moi. Parce que ce monde n'est pas juste, mais moi non plus. Je dis "je" parce que je m'y sens engagé, dans ce combat, mais c'est aussi le "je" de toute l'Eglise sur la terre. Il faut qu'elle s'organise, pour mener ce combat, assumer ce travail. Or, si elle le fait, ce sera sans filet. Son Seigneur n'est pas là. Vous voyez, pour elle, c'est comme pour moi, comme pour toi qui m'écoutes. Eh bien, ce qui est à retenir, dans ce travail et ce combat, j'ose à peine le dire, c'est que tout cela, c'est aussi un plaisir. L'aventure qui nous conduit sur les chemins qui mènent au Règne de Dieu, c'est aussi un plaisir. Un bonheur. On l'oublie trop. Il y a un plaisir à quitter ses charentaises pour se lancer sur les chemins. Pour se bagarrer, pour se rebâtir. Pour avancer, vaille que vaille. C'est le plaisir du pèlerinage. Et la vie en Christ est un pèlerinage : ça veut dire de la pluie, c'est vrai, de la fatigue, mais aussi du soleil, et de l'amitié. Et un jour, on reconnaîtra que, pensant avancer ainsi sans filet... on se trompait. Il y en avait un. Un filet qui ramasse tout le monde, qui ramasse ceux qui tombent, ceux qui se trompent de chemin, ceux qui fatiguent. Un filet qui s'appelle l'Esprit de Dieu, l'Esprit Saint, qui combat, et qui travaille, et qui se réjouit, aussi, partout dans le monde. Mais alors : incognito ! Ainsi soit-il ! Références musicales : - Plein Jeu extrait de la Messe des Couvents de F. Couperin - Psaume 100 Vous qui sur la terre habitez - ARC 821 Gloire soit au Père - ARC 811 Seigneur, aie pitié de nous - ARC 375 Gloire à Dieu - ARC 850 Amen, alléluia - ARC 490 Seigneur Jésus, toi qui es venu - ARC 456 Tu vins, Jésus - ARC 622 Si Dieu pour nous s'engage - ARC 823 Gloire à Dieu, notre créateur - Choral Wer nur den lieben Gott lässt walter – BWV 643 de J.S. Bach Autres textes de la même catégorie
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