Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

2 Timothée 4 v 6-18 Pierre Muller



"J'ai combattu le bon combat. J'ai achevé ma course. J'ai gardé la foi".

Frères et sœurs, ce texte de l'Ecriture est familier à la plupart des protestants français. Mais ce n'est pas parce qu'ils lisent souvent la seconde lettre de Paul à Timothée ! C'est bien davantage parce qu'ils trouvent ces mots sur de nombreux faire-parts de décès ou sur certaines plaques commémoratives.

Et il faut reconnaître que c'est là une bien belle notice nécrologique pour un chrétien !

On peut donc dire qu'ici l'apôtre Paul rédige à l'avance sa propre notice nécrologique. Et s'il le fait, c'est parce qu'il sait qu'il va mourir : "Je suis déjà offert en libation et le temps de mon départ est arrivé".

Gardons-nous de mal comprendre ce terme de "libation" qu'il utilise ici. La libation faisait partie de la pratique des sacrifices : on versait sur l'autel du vin ou de l'huile. Paul veut donc dire qu'il va être offert en sacrifice et que son sang va être répandu ; il sait donc que l'heure de son martyre est proche.

Et c'est de sa prison, du quartier des condamnés à mort, qu'il écrit à son disciple et ami Timothée.

Le texte que nous avons lu est ainsi la dernière page du vieil apôtre, les derniers mots d'un condamné à mort.

De temps en temps, d'ailleurs, la presse publie de telles lettres. Après la guerre, on a pu lire, par exemple, les derniers mots d'hommes ou de femmes sur le point d'être fusillés ou sachant leur mort imminente ; c'est dans ce sens qu'il fallait entendre le texte de tout à l'heure.

Et on a pu admirer le courage de certains condamnés au moment où ils avaient abandonné tout espoir.

Mais, plutôt que de courage, je crois qu'il faut parler d'une tranquille assurance dans le cas de l'apôtre Paul. "J'ai combattu le bon combat. J'ai achevé ma course. J'ai gardé la foi. Dès maintenant, la couronne de justice m'est réservée".

On a fait reproche à l'apôtre d'une telle façon de s'exprimer, soupçonnant quelque orgueil à dire cela sans plus de précautions... Voilà un homme qui est bien content de lui, trop content de lui, trop sûr de lui ! Un peu plus de modestie serait de mise, semble-t-il. Car le triomphalisme ne convient pas à un disciple de Jésus.

Mais regardons les choses de plus près. L'ancien adversaire de l'Eglise, devenu apôtre après sa rencontre avec le Seigneur sur le chemin de Damas, a consacré sa vie à annoncer la Bonne Nouvelle du Christ crucifié et ressuscité. "Je n'ai pas honte de l'Evangile : il est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit" ; voilà sa profession de foi. Dans sa deuxième lettre à Timothée, il vient d'écrire : "Elle est digne de confiance, cette parole. Si nous mourons avec le Christ, avec lui nous vivrons". Et il exhorte son jeune ami à "demeurer fermer dans ce qu'il a appris et accepté comme certain". Est-il donc si étrange que Paul fasse preuve de cette même fermeté au moment de sa mort ? Est-il anormal qu'il ne mette pas en doute ce qu'il a proclamé avec tant de confiance ?

En fait, ce n'est pas de lui que Paul est content ; c'est de son Sauveur qui l'a trouvé et l'a gardé tout au long de sa vie de missionnaire. Et si Paul, à l'heure du départ, jette un regard en arrière, c'est pour s'émerveiller d'avoir pu rester fidèle à sa mission : annoncer l'Evangile au monde. Il n'a pas abandonné au milieu de la course ; il est allé jusqu'au bout. Il est normal qu'il s'en réjouisse. "La couronne de justice" dont il parle n'est pas, à ses yeux, une récompense exceptionnelle, en quelque sorte la "croix de guerre" des héros de la foi. Il le dit clairement, "c'est ce que Dieu a promis à tous ceux qui attendent avec amour le moment où le Christ apparaîtra", c'est-à-dire tous les chrétiens. Paul affirme simplement qu'il croit aux promesses de Dieu et qu'il les prend pour lui ; je vous le demande : est-ce là de l'orgueil ?

D'ailleurs, voyez-vous, je crains qu'aujourd'hui beaucoup de chrétiens succombent à une fausse modestie. Ils ont honte de l'Evangile. Par crainte du péché de triomphalisme, ils préfèrent rester très prudents dans leur confession de foi. Il faut surtout éviter de donner l'impression que nous nous croyons supérieurs aux autres. Et c'est vrai que l'orgueil des gens trop sûrs d'eux-mêmes peut blesser et repousser. Mais c'est vrai aussi que les hésitations et les réticences de ceux qui ne sont pas assez sûrs de Jésus-Christ peuvent décourager et détourner de la foi. Alors, gardons-nous de tomber dans le défaitisme par peur du triomphalisme ! Gardons-nous de croire que le contraire de l'orgueil, c'est la honte ; non, c'est l'humilité, autrement dit la simplicité. La simplicité, le courage d'être soi-même et de dire ce que l'on croit. C'est avec simplicité que Paul s'exprime ici.

Cette simplicité apparaît clairement quand on lit la suite de ce chapitre. Loin de s'appesantir sur ses succès et de se mettre en avant à chaque instant, Paul commence à parler de choses et d'autres, en particulier de ses amis. Après avoir affirmé son assurance devant la mort, puisqu'il s'est remis entièrement à Jésus-Christ, le voilà libre de ne plus se soucier de l'avenir, donc de penser au présent, de s'occuper des affaires du moment. On a un peu l'impression de tomber de haut en poursuivant la lecture de cette lettre : après "la couronne de justice", on trouve une histoire de manteau et de livres, des affaires personnelles sans importance, des nouvelles des uns et des autres. L'approche de la mort n'empêche pas l'apôtre de vivre. Sa foi n'a rien de désincarné : il a froid, il demande un manteau. On lui donne un peu de temps : il en profitera pour lire, comme il en profite pour écrire à ses amis. On voit dans ce passage tout le prix que Paul attachait à l'amitié de ses compagnons de service. Alors il souffre de l'abandon et de l'hostilité des uns ; et il est tout heureux de la fidélité et de l'aide des autres. Mais ce qui lui est le plus précieux, c'est la présence et le soutien de son Sauveur. Et il a confiance qu'elle lui sera accordée jusqu'à la fin. D'où le caractère paisible de ces dernières lignes d'un condamné.

Paul nous apprend ici que la confiance en Jésus-Christ permet au chrétien de dédramatiser les problèmes qu'il doit affronter, le libère de la préoccupation de lui-même qui bloque les relations avec les autres et lui donne la sérénité nécessaire pour vivre la réalité quotidienne.

Simplicité et sérénité : voilà les deux grandes leçons de cette dernière page du vieil apôtre. On a pu mettre en doute cette sérénité en voyant ce que Paul écrit au sujet d'Alexandre, le forgeron : "Il m'a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres". N'est-ce pas là un esprit de vengeance qui anime l'apôtre ? Cela n'aurait rien d'étonnant de la part de quelqu'un qui a souffert injustement par la faute d'un autre. Mais je ne crois pas que ce soit là le sentiment de Paul. Loin de vouloir remâcher sa rancune, il remet toute l'affaire au Seigneur. C'est Dieu qui juge les hommes. Ce n'est pas à Paul de se venger. Cela ne veut pas dire qu'il ferme les yeux sur le mal. Il met Timothée en garde contre un homme qui s'oppose à l'Evangile. Faire du tort à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, c'est bien plus grave que de faire du mal à Paul !

D'ailleurs, Paul n'est plus là pour longtemps. L'heure du départ approche. Mais l'Eglise de Jésus-Christ demeure, une Eglise où il y a de tout, des ombres et des lumières. Une Eglise qu'il ne faut pas idéaliser, mais pas non plus mépriser.

La dernière page écrite par l'apôtre Paul va se tourner, mais Jésus-Christ continue à écrire son histoire dans l'histoire des hommes, par la vie et le témoignage de tous ceux qui combattent le bon combat, restent en course jusqu'au bout et demeurent fermes dans la foi. C'est à cela que nous sommes appelés aujourd'hui encore.

Amen.




Autres textes de la même catégorie

« »


Inscription à la newsletter
 

Sondage
Quelles rubriques devraient être développées prioritairement ?