|
Liturgies
Notes bibliques ou théologiques
Prédications
Cantiques
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
2 Timothée 4 v 6-18 Louis Honnay
Texte : 2 Timothée 4/6-18
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le dimanche 23.10.1983. Avec la fin de la seconde lettre à Timothée, nous voici devant un homme qui se voit près de la fin de sa vie : "Le moment de mon départ approche", écrit-il à son collaborateur. Ces lignes nous donnent l'occasion de réfléchir à ce que certains considèrent comme un sujet tabou : l'approche de la mort. C'est un sujet tabou et cependant on ne peut pas s'empêcher d'y penser, même si on s'efforce d'en écarter l'idée immédiatement. Face à la mort, les attitudes sont très diverses. Ou bien on y voit le destin commun, auquel personne ne peut échapper. On se résigne à ce qu'on est impuissant à éviter, on se borne à subir. Ou bien on voit venir la mort comme une délivrance. Certains malades, certains infirmes accablés par le mal l'attendent avec impatience, parce qu'elle mettra fin à leurs tourments. La pression de la douleur peut être telle qu'elle pousse au suicide comme à la solution dernière et définitive. De toute façon, la mort est une source d'angoisse pour la plupart d'entre nous. Qu'y a-t-il derrière ? Comment parvenir à quitter tout ce qui fait l'existence et qu'est-ce que ce dépouillement total ? Pour conjurer cette angoisse, on a imaginé une vie après la mort, sur le modèle par exemple des Egyptiens de l'antiquité. Ou bien, à l'inverse, on cherche à la nier, en prolongeant dans les hôpitaux la vie le plus longtemps possible par des moyens artificiels qui ne laissent plus qu'une existence végétative. Ou bien on maquille le défunt avec les couleurs des vivants, on l'assied dans un salon mortuaire et on invite la famille à prendre le thé autour de lui. Certaines entreprises de pompes funèbres pratiquent ce cérémonial à la fois puéril et macabre. -o- Il est intéressant, en gardant en tête ces réactions diverses, d'écouter ce que Paul dit de sa propre mort. Il faut d'abord se rendre compte qu'il se trouve à la fin de sa vie. On estime qu'à l'époque où il écrit à Timothée, il doit avoir une soixantaine d'années. Aujourd'hui ce ne serait pas un vieillard. Mais voici vingt siècles, soixante ans était un grand âge. Mais surtout il se trouve dans une triste situation. Arrêté pour sa foi à Jérusalem, puis transféré à Rome sur sa demande, il vient de subir un premier procès. Il sait ou il pressent qu'on va bientôt l'arrêter de nouveau. Et il comprend que, cette fois, il n'y aura plus d'issue : ce sera la condamnation à mort, soit par décapitation, soit sous la dent des fauves dans l'arène. Mais, en outre, il n'a presque personne autour de lui qui puisse le consoler. Certains l'ont tout simplement abandonné. Ce sont des hommes infidèles à l'Evangile, peut-être des hérétiques. Paul a envoyé au loin ses collaborateurs : Crescens, Tite, Tichyque sont aux quatre coins du monde pour proposer l'Evangile. Sa solitude presque totale augmente sa détresse. Paul pourrait s'abandonner au désespoir devant ces circonstances douloureuses. Il pourrait attendre passivement la décision du pouvoir de Rome, c'est-à-dire de l'empereur Néron. Il pourrait aussi se plaindre amèrement de son sort ou être plein de rancune envers les gens qui ont fui loin de lui, ne voulant plus rien avoir à faire avec un futur exécuté. Il pourrait penser que tout est fini, cesser le combat. Ou même s'imaginer que tout est inutile, que sa vie d'apôtre, ses luttes incessantes pour l'Evangile, tout son travail de construction de communautés chrétiennes, tout cela ne sert à rien, qu'il a perdu son temps. A sa place, bien des gens sans doute auraient démissionné de la vie. Ils verraient l'horizon bouché, l'avenir inexistant. Et on comprendrait leur envie de faire le vide, qui est déjà une mort avant la mort. -o- L'apôtre Paul a une attitude toute différente. Au lieu de se décourager et de tomber les bras, il continue de faire des projets. Il a expédié ses collaborateurs loin de lui, pour continuer l'évangélisation. Car il reste encore bien des contrées qui n'ont pas entendu parler de Jésus-Christ, même dans la partie du monde que l'on connaît alors. Il demande à Timothée de venir le rejoindre en compagnie de Marc, pour l'aider dans son travail. Il lui recommande d'apporter des livres et aussi son manteau, sans doute pour se couvrir pendant la mauvaise saison. Tous ces détails, dont certains paraissent bien terre-à-terre, ont leur importance. Ils révèlent en Paul un homme que la mort ne rend ni triste ni inerte. L'approche de la mort ne l'amène pas à renoncer à tout. Elle n'arrête pas ses projets et ne l'empêche pas d'être avant tout un apôtre, c'est-à-dire un envoyé du Seigneur en vue d'une tâche bien déterminée : annoncer l'Evangile. Il n'est pas accablé, mais plein d'ardeur. Il reste le lutteur qu'il a toujours été, soit pour combattre l'Evangile avant sa conversion, soit pour le proclamer après sa rencontre avec Jésus-Christ. C'est en cela que l'attitude de Paul est exemplaire. Elle nous permet de réfléchir à la mort et à notre propre mort. Ce n'est pas l'attitude particulière d'un homme, c'est le comportement d'un homme soumis au Christ, inspiré par lui et qui veut vivre ses derniers mois ou ses dernières semaines dans la lumière du Christ. Nous sommes ici à l'opposé, non seulement des dispositions humaines habituelles, mais aussi d'une certaine tendance philosophique. Le philosophe allemand Martin Heidegger, né à la fin du siècle dernier, a écrit que l'homme est un "être pour la mort". La formule a connu le succès dans certains cercles d'intellectuels et même de théologiens. Il voulait dire par là que la mort se trouve à l'horizon de tout être humain. Tout individu a conscience qu'il va mourir, que sa vie est obligatoirement bornée. On porte en soi cette évidence, tout au fond de soi-même. Et cela empoisonne toute l'existence. Elle interdit de jouir pleinement d'une vie que l'on sait limitée. Elle ternit toutes nos entreprises, qui périront un jour. Le plaisir et la joie ne peuvent jamais parvenir à la plénitude, puisqu'elles auront une fin. Avec l'apôtre Paul, nous sommes loin de cette pensée morose. Il n'est pas dans son tempérament de voir la mort comme la fin dernière ni comme l'événement-limite qui gâche tout le reste. Pour lui, le temps qui reste à vivre n'est pas un temps vide, un temps d'où l'on serait en quelque sorte déjà absent. Mais c'est un temps à remplir, un temps pendant lequel on peut faire quelque chose. Un temps pendant lequel on peut encore rendre témoignage, combattre contre le paganisme et pour l'Evangile, pour dresser des églises vivantes. C'est un temps d'activité, pas un temps où l'on se croirait inutile. Par-delà les siècles, nous rejoignons les patriarches d'Israël, un Abraham, un Isaac, un Jacob. Une expression revient à leur propos : ils meurent "âgés et rassasiés de jours". Leur mort n'a rien d’angoissant ni de dramatique. Elle est l'achèvement normal d'une existence bien remplie par une vocation à laquelle on a répondu de tout son être. La mort peut être paisible, parce que la vie appartient à Dieu et qu'on veut qu'elle lui appartienne. Pour eux, la mort va de soi, comme la vie. -o- Nous n'avons, certes, pas tout dit. On ne peut pas tout dire sur un pareil sujet. Il y faudrait des heures et des heures. Nous n'avons rien dit des vieillards impotents dont la vie diminuée est une mort en sursis. Ni des derniers instants de la vie, pour reprendre le titre d'un livre d'une doctoresse américaine. Notre propos se limitait volontairement à la situation de Paul et à ce que nous en devinons à travers ces quelques lignes adressées à Timothée. Ce qu'il en ressort, c’est une grande impression de paix. Face à cet avenir qui se rétrécit de plus en plus, Paul reste paisible, sans inquiétude, sans autre souci que celui d'employer le mieux possible cette période dont il ignore la durée. Ce n'est pas la tranquillité blasée d'un vieillard qui devient indifférent à tout. Mais cette paix lui vient de la foi. Il sait pouvoir compter sur l'aide de Dieu, même si celle des hommes se dérobe. Il sait que Dieu le sauve en vue de son Royaume. La foi, la confiance en un Dieu dont les projets dépassent les nôtres, en un Dieu vivant : voilà ce qui suffit pour bien vivre et pour bien mourir. Amen. Autres lectures : Genèse 49/28-33 Jean 10/11-18 Cantiques : * Psaume 16/1 à 4 Sois, ô mon Dieu, ma garde et mon appui ou Psaume 84/1 à 4 Dans ta maison * NCTC 257/1 à 3 = ARC 242 Dieu des louanges ou LP 311/1, 3, 4, 5 De quoi t’alarmes-tu ? * NCTC 279/1 à 4 = ARC 616 Confie à Dieu ta route ou ARC 615/1 à 5 A mon Dieu je me confie Autres textes de la même catégorie
|
Inscription à la newsletter
Sondage
|
Cultes contemporains