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2 Timothée 2/8-13 Didier Fiévet



Textes : Luc 17/11-19 ; 2 Timothée 2/8-13
Genre : Prédication
Auteur : Didier FIEVET
Source : Prédication pour le 14.10.2001.



La semaine dernière, nous évoquions la foi, et la différence fondamentale, fondatrice entre cette foi de Christ et tout fanatisme. Avoir foi au Christ, partager la foi de Christ, c'est s'en remettre à un Dieu qui se fait serviteur de l'humanité et refuse tout statut de potentat, toute revendication de tyrannie sur les vies et les consciences... Même si les religions, dont la nôtre ont souvent bien du mal à se départir des tentations du dogmatisme de droit divin ! Mais alors elles ne sont plus dans cette foi respectueuse, la foi de Christ...

Et pourtant, à première vue, quand on lit cette seconde lettre à Timothée, on a bien le sentiment que Paul lui-même donne dans l'argument d'autorité !
De quelle autorité peut-il donc se prévaloir ? D'où parle-t-il, de quelle chaire, instituée par qui, assise sur quoi ?

Le détour par le texte de Luc peut peut-être, nous éclairer... Il peut nous éclairer sur ce qu'est la foi : dix ont été guéris, un seul a la foi...
C'est que la foi, ce n'est pas de l'ordre de l'apparence, ce n'est pas ce que l'on peut faire constater chez le sacrificateur. La foi, ça ne se mesure pas, ça ne s'examine pas, ça ne s'évalue pas.

Tous ont été guéris. Tous espéraient l'être. Tous ont crié vers Jésus, et il les a pris en compassion. Son ventre s'est noué face aux membres recroquevillés, rognés par la maladie.
Il s'est ému face à l'impossible existence de ces dix-là : ils n'existaient qu'en tant que lépreux, qu'en tant qu'intouchables... Ils n'avaient aucune chance de vivre... Et Jésus ne l'a pas supporté.

Il les renvoie, dans leur attente, dans leur logique : allez vous montrer à qui de droit. Il les laisse dans le monde. Le miracle même n'aura pas lieu devant lui... la guérison ne surviendra que sur le chemin de l'hôpital.
La guérison pour ces dix-là relève simplement d'un thaumaturge, plus ou moins puissant. Celui-là a bonne réputation.
Et Jésus n'a guère le choix. Ou les guérir, et finalement se laisser prendre à leur jeu d'un rapport plus ou moins magique, plus ou moins superstitieux au monde et à Dieu. Ou les laisser dans leur situation de paria. Bref, comme tous les miracles, ce moment de la vie de Jésus est comme une entorse, un détour, inévitable mais encombrant pour sa véritable mission. Inévitable, car c'est la marque même de sa compassion, de son émotion, de son humanité.
Encombrant, car il demeure dans la continuité de l'attente naturelle de ces hommes. Il occupe la place du Dieu qu'ils avaient déjà. Il les conforte dans une attente passive et servile vis à vis d'une divinité toute puissante...
D'ailleurs, c'est bien ce qui se passe : quand ils sont guéris, ils continuent leur chemin, ils vont chez le sacrificateur comme il leur a été dit. Ils suivent les prescriptions religieuses. Ils demeurent dans l'ordre établi...
On peut imaginer qu'ils ont désormais dans leur tête, comme dans leur entourage, le statut d'ex-lépreux guéris. Rien n'a changé dans leur monde : les malades sont à la place des malades, les médecins à la place des médecins, les sacrificateurs à la place des sacrificateurs, Dieu est Dieu et chaque chose est à sa place !

Rien n'a changé... sauf pour un.
Rien n'a changé sauf pour un, qui pourtant était étranger... Et peut-être même ennemi religieux des juifs...
Allez savoir pourquoi, c'est celui-là pour qui quelque chose à changé !
Peut-être justement parce que quelque chose n'était plus à sa place : Lui qui ne pouvait rien attendre de bon d'un juif avait été guéri. Je ne sais. Nul ne sait...
Mais pour ce Samaritain, quelque chose a changé.
Quelque chose a fait événement dans sa vie !
Quelque chose a été manifesté, au-delà de ses attentes.
Quelqu'un a marqué sa vie, de façon incompréhensible. Et il revient sur ses pas. Il revoit sa vie autrement.
Il revient pour louer Dieu, mais c'est vers Jésus qu'il se tourne...
Il revient en louant Dieu, et se prosterne devant Jésus.
Ce Samaritain a mis un visage sur Dieu...
Un visage qui refuse de s'attribuer les mérites de la guérison : "N'y en a-t-il que cet étranger pour rendre gloire à Dieu ? " (Et non à lui, Jésus.)
Cet étranger a rencontré Dieu. Non pas le dieu de ces attentes. Ou plus exactement, pas seulement, pas vraiment le dieu de ses attentes. Mais un Dieu qui lui a changé la vie. Qui le fait revenir sur ses pas...
Il n'y a pas d'autre foi, que d'avoir été rencontré...
Nous avons tous des idées de dieu. Nous avons tous des attentes quant à Dieu. Nous avons tous un petit monde plus ou moins bien rangé autour de nous.
Et puis, il arrive, qu'au détour d'un chemin, qu'au détour d'une maladie, qu'au détour d'une étrangeté, il arrive qu'une parole soit pour nous révélation. Soit pour nous événement, rencontre. Sur notre chemin... Un verset, une prédication, une parole entendue à l'École Biblique, une parole tombée dans l'ordre des choses, et puis qui un jour fait sens. Et fait qu'on prend alors sa vie à contresens. Existence bouleversée. Chemin à rebours. Chemin de Damas ?

Vous voyez, on revient à Paul... C'est la seule autorité qu'il peut avoir.
Je ne suis pas sûr que ce soit la seule à laquelle il fasse ici appel...
Paul vieillit, l'Église connaît les premières représailles... et il faut penser à durer, à trouver des cadres de seconde génération... il est sans doute naturel que cette épître dite pastorale ait la tentation de se complaire dans les figures de la pureté, du martyr et de la vérité doctrinale... Sans doute y a t il des enjeux d'importance...
Mais ne nous y trompons pas, tout homme sur cette terre est un Samaritain, un étranger. La foi, sauf à tomber dans le fanatisme, dans la dilution de l'être dans une vérité réputée générale, ne peut que demeurer un événement.
Je peux croire dix mille fois qu'il est vrai que Jésus est ressuscité, je peux me battre pour ça, si je ne peux dire, dans le même temps, je suis ressuscité, je me bats pour une cause morte. je me bats pour des idées. Pas pour la foi.
Je peux dire que je crois que le message de Jésus est un message d'amour et me battre pour ça, si je ne peux dire que je suis aimé, je me bats pour des idées, pour un idéal. Pas pour la foi... Je suis prisonnier de cet idéal. Je suis un lépreux guéri par une belle conviction. Mais mon monde demeure le même.
La foi, c'est ce retour en arrière, c'est ce visage sur Dieu, c'est d'avoir été rencontré contre toute attente...
Alors là, quand je me bats pour la foi, je me bats pour mon droit à vivre, mais bien sûr sans jamais pouvoir empiéter sur le droit à vivre de l'autre.
Je peux témoigner, offrir, proposer, relayer. Jamais imposer... La foi, vois-tu, c'est trop lié à la liberté pour pouvoir être imposé ni même transmis... Je ne suis pas maître de l'événement, pour l'autre.
Me taire, c'est le priver de cette opportunité. Et les pierres, elles-mêmes crieraient.
Mais prescrire, confondre loi et foi, comportement et vie, alors ça, je ne le peux. Ou alors ma foi, n'est pas celle de Jésus-Christ.
Ou alors ce que je prétends être foi, n'est pas confiance au Dieu qui a préféré mourir plutôt que d'imposer l'ordre !

Et pourtant, n'oublie pas, même au milieu des orthodoxies, si tu es seul au milieu de neuf autres sur le chemin de l'hôpital, sur le chemin de la vie, sur le chemin de la mort, n'oublie pas, il est un Dieu qui est ton compagnon. Lui faire confiance, c'est vivre !
Amen !



Autre lecture : 2 Rois 5/14-17




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