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2 Timothée 1 v 6-14 Didier Fievet



Texte : 2 Timothée 1/6-14
Genre : Prédication
Auteur : Didier FIEVET
Source : Coordination nationale ERF « Edifier-Former ».



A quoi ça sert, nos prédications les plus belles ? 2 000 ans que la bêtise et la méchanceté n'ont pas reculé d'un pas !
A quoi ça sert, nos œuvres les plus belles ? 2 000 ans que la barbarie habite toujours les cœurs, que la peur et le désespoir transforment des mômes en monstres... Comme si l'humain possédait en lui-même une source intarissable de renverser le bien en mal, la foi en fanatisme...
La foi ! En voilà un mot qui ne pourra manquer d'être suspecté, quand c'est au nom de la foi que l'histoire regorge de tueries. Et pas seulement celle de Manhattan ! Notre histoire saigne aussi de guerres de religions, d'inquisition, de croisades... Nous n'avons guère de leçon à donner. La foi, un mot qui a encore un sens ? Si elle ne sert à rien ? Ou pire si elle n'est que prétexte à la soif de dominer et de posséder et d'asservir ?

La foi, la condition nécessaire et suffisante pour aller au ciel : il faut bien avouer que c'est ainsi que, pour beaucoup, cela a été compris.
La foi : ce qui donne la force aux kamikazes de se sacrifier pour l'idéal, en entraînant avec eux quelques milliers d'innocents...
La foi : ce petit geste de superstition du joueur de foot, seul devant la cage, à l'heure du penalty décisif...
La foi : la bonne et sainte doctrine évangélique, comme diraient certains de nos pasteurs, pas toujours retraités...
La foi : ce à quoi on croit quand on a cessé de croire...

Des définitions, des pratiques, il y en a plein les rues... plein les stades, plein les journaux, plein les hôpitaux, plein les casernes... Même ceux qui sont contre la foi ont foi dans la non-foi, ou dans le scepticisme...
Comme si ça collait à la peau de l'humain que de devoir croire quelque chose, que de devoir faire confiance à quelqu'un. A une parole, à une vérité... Croire en quelque chose...
L'humanité, la condition d'être humain, passe nécessairement par la confiance... même si c'est la confiance en la méfiance...
L'humain, pour vivre, a besoin de savoir en quoi il a confiance...

Du coup, quand la Réforme a posé comme fondement de l'Evangile "la foi seulement", peut-être ne faisait-elle que d'enfoncer une porte ouverte !
Entendez par-là que, quand on dit foi, on n'a rien dit du tout...
La foi en qui ? Là est la question. Question difficile, car le "qui" est aussi partie prenante dans cette foi...
En une formule : Dieu fait la foi, et la foi fait Dieu...
Là où est ta confiance, là est ton Dieu...
Là où est la foi de Christ, là est le Dieu des chrétiens...

Alors il faut revenir à l'événement fondateur quand nous entendons parler de la foi, de la foi chrétienne, je veux dire de la foi fondée en Jésus-Christ.
Il n'y a pas de foi qui se prétendrait chrétienne et qui pourrait se passer d'un retour, toujours à nouveau, sur l'événement fondateur : celui que les hommes appelaient Dieu, celui qui leur dictait la loi, celui qu'ils redoutaient, celui-là s'est fait homme, mortel, fragile, serviteur, frère du plus petit, du bafoué.
Dieu s'est fait faible, Dieu s'est fait parole. Fragile comme la parole.
Passager comme la parole. Léger comme la parole. Discret comme la parole. Tenace comme la parole.
Dieu s'est fait parole inutile.
Parole qui ne contraint pas mais qui éveille, qui ne prescrit pas mais qui invite, qui ne menace pas mais qui quémande... Dieu s'est fait parole offerte, dépendante de la réception humaine... Levain dans la pâte : que la fournée brûle et le levain est perdu, inutile.
Dieu a lié son destin à l'humain...
Meurt-il sous les décombres d'une tour infernale ou sous la faim quotidienne et inexorable ? Dieu meurt avec lui...
Meurt-il sous les coups d'une loi religieuse érigée en exigence divine ? Dieu meurt avec lui... Dieu meurt avec la femme afghane, Dieu meurt au bout de toutes les cordes, au milieu de tous les bûchers dressés au nom de la foi !
N'est-ce pas ainsi qu'un certain Jésus est mort, sur une croix, condamné au nom de la Loi religieuse ? Relisez donc Jean 19/7. Vous n'aurez plus aucun doute possible : c'est bien la loi qui condamne Jésus...
Avoir foi, avoir confiance en ce Dieu, mettre toute sa confiance dans ce Dieu vulnérable, qui déploie sa puissance dans la faiblesse, voilà qui est bien aussi absurde que de planter de la moutarde au milieu de la mer : aucune chance de réussite ! Aucune chance que la moutarde ne se transforme en algue Toxiflia, envahissant tout le rivage... Aucune chance que cette parole ne puisse devenir colonisatrice... Aucune chance que ce Dieu ne puisse régler sous sa coupe les agissements humains ! Et c'est heureux, car rien n'est plus pervers, plus pernicieux que les bonheurs obligatoires... Regardez juste en arrière, du côté de certains Goulags !
Aucune chance que ce Dieu ne colonise les consciences, juste pour les asservir... Aucune chance !

Sauf si nous la détournons, bien sûr. Sauf si nous la transformons à nouveau en une loi, en une orthodoxie, en un contenu qu'il faudrait croire, en une dogmatique à laquelle il faudrait se soumettre... Sauf, si nous en faisons un programme à appliquer, une œuvre à accomplir ! Sauf si nous en devenons les serviteurs zélés, en mal de reconnaissance et de pouvoir. Le verset 10 est souvent traduit par "serviteurs inutiles". Mot à mot, on pourrait traduire par "serviteur sans profit, sans nécessité...". Servir sans avoir besoin d'en tirer profit... Tout simplement parce que, par essence même, la parole que nous disons servir est une parole qui ne fait pas recette, est une parole qui ne recherche pas la soumission... Par essence même, la parole que nous disons servir est au service de l'humain !

A quoi ça sert, nos prédications ? Certes, pas à faire le ménage dans le monde ! Certes, pas à éradiquer l'injustice par la force !
A quoi ça sert ? Simplement à dire et à redire sans cesse, qu'un Dieu offre sa justice à chacun. Que nul n'a donc plus besoin d'être un "serviteur zélé", que nul n'a donc plus besoin de tirer profit de la parole divine pour se convaincre qu'il est juste... Vous voyez, face à l'injustice, Dieu a choisi une thérapeutique douce : non pas imposer sa justice au monde par quelque bande armée bien-pensante (et bien sanglante !), mais la donner à chacun, gratuitement, pour qu'il puisse la partager autour de lui. Pour qu'il puisse la partager autour de lui, sans y être pour rien... Alors, ça sert à rien, la foi ? A toi de voir, quelle est ta foi ?
Amen !



Autres lectures : Habacuc 1/2-3 & 2/1-4
Luc 17/5-10




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