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2 Thessaloniciens 3 v 6-12 François BASSIN



Texte : 2 Thessaloniciens 3/6-12
Genre : Commentaire biblique
Auteur : François BASSIN
Source : Les épîtres de Paul aux Thessaloniciens. Edifac (éditions de la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine), 1991 (p. 264-269).



Ouverture épistolaire (1/1-2)

1. Action de grâce et requête (1/3-12)

2. Enseignements et exhortations (2/1 à 3/16)

A. Mise en garde au sujet de la venue du Seigneur (2/1-14)

B. Application générale (2/15 à 3/5)

C. Application particulière (3/6-15)

Deux passages (v. 6-12 et 13-15), étroitement reliés l'un à l'autre par leurs thèmes, constituent l'aboutissement pratique des enseignements de la lettre. Ces thèmes ont, en effet, un lien probable avec la section eschatologique, dans la mesure où le désordre dénoncé ici trouvait l'un de ses ressorts dans la compréhension déficiente de l'attente de la parousie. Tout se tient, semble-t-il, dans les directives que donne l'apôtre : l'exaltation à propos de l'imminence de l'avènement du Christ avait probablement conduit certains à délaisser leurs activités habituelles, leur gagne-pain, pour se livrer à des occupations qu'ils jugeaient plus « spirituelles », mais que Paul qualifie de désordre. Il se pourrait cependant que la déviance à propos de laquelle l'apôtre met en garde ici soit plus circonscrite que la mauvaise compréhension de la parousie (on peut imaginer que quelques-uns seulement des enthousiastes étaient tombés dans ce travers). En parlant des indisciplinés — le mot-clé du passage — l'apôtre a l'occasion, d'abord de préciser ses instructions au sujet de l'éthique du travail, puis de poser quelques principes à propos de l'attitude à manifester à l'égard de ceux qui rejettent cette éthique.


1. Le problème des oisifs (3/6-12)

L'unité du passage ne fait aucun doute. L'accent est mis sur la nécessité de mener une vie bien réglée (v. 6, 7, 11). On évitera de parler ici de paresse ; ce qui est dit suggère une négligence par rapport au devoir, mais non la nonchalance. Il s'agit avant tout de travailler paisiblement (v. 8-10). Déjà dans sa première lettre, Paul avait parlé de la nécessité de travailler de ses mains, avec la même finalité qu'ici : vivre d'une manière honorable et n'avoir besoin de personne (1 Thessaloniciens 4/9-12). Sans doute son appel n'avait-il pas été pleinement entendu. Il est probable même que la situation se soit dégradée.

v. 6 — Nous vous prescrivons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, de vous tenir loin de tout frère qui mène une vie désordonnée. Le verbe paraggéllô, suivi de la tournure quelque peu solennelle au nom de notre Seigneur Jésus Christ (cf. 1/12) qui lui apporte une note d'intensité, revêt dans le passage (cf. encore v. 10 et 12) un sens plus fort et plus spécifique qu'au v. 4 : c'est avec toute son autorité d'apôtre que Paul délivre ces instructions. La nuance de l'expression que nous avons rendue par vous tenir loin de est difficile à cerner exactement : le verbe (stéllesthaï, cf. encore 2 Corinthiens 8/20 dans le Nouveau Testament) revêt une grande variété de sens ; on est amené à faire plutôt porter l'accent sur la préposition (apo), qui exprime indubitablement l'idée d'éloignement. S'éloigner serait cependant une traduction trop précise. On retiendra plutôt l'idée de se désolidariser, de se démarquer. « La suite de la péricope ne permet pas d'entendre le verbe... d'une exclusion des coupables de la vie de l'Eglise... mais seulement d'une ferme prise de position de l'Eglise, qui refuse de les suivre et les isole... » (Masson). Il s'agit pour les autres membres de l'Eglise « d'éviter d'être entraînés dans un comportement semblable par un contact avec ceux qui donnaient un mauvais exemple » (Marshall). Cf. v. 14s et Romains 16/17.

Le sens de l'expression mener une vie désordonnée (ataktôs péripatéô, reprise encore au v. 11) est également discuté. Paul a déjà utilisé l'adjectif « indiscipliné » en 1 Thessaloniciens 5/14, et il utilisera ici le verbe correspondant au v. 7. Comme on l'a vu, l'idée exprimée est celle d'un manquement par rapport à l'ordre, à la discipline, aux responsabilités à assumer. On pourrait suggérer que certains étaient tentés de renoncer, à la limite, à la condition voulue par Dieu pour eux. Certains voudraient lire sous ces termes, dans nos lettres, la notion de paresse ou d'oisiveté au sens strict du mot (cf. par exemple Bauer). On invoque le contexte, mais il est douteux qu'il exige une telle nuance (le verbe périérgazomaï, au v. 11, semble l'exclure explicitement). Rigaux estime que ce que Paul dit ici « indique un comportement actif plutôt qu'un état passif ».

Et non selon la tradition qu'ils ont reçue (ou : que vous avez reçue) de nous. Voir l'expression typique recevoir de nous en 1 Thessaloniciens 2/13 & 4/1 ; sur la notion de tradition, cf. 2/15. Paul insistera sur la fidélité nécessaire aux enseignements reçus (v. 14 ; cf. déjà 2/15 et 3/4).

v. 7-8a — Vous-mêmes savez, en effet, comment il faut nous imiter, car nous n'avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée, ni n'avons mangé gratuitement le pain de quiconque. Après la mise en garde, le rappel de l'exemple donné (voir encore v. 9), d'abord négativement (v. 7b-8a), puis positivement (v. 8b) : Paul a coutume d'inviter les croyants à imiter sa propre conduite (et celle du Seigneur ; cf. 1 Thessaloniciens 1/6 ; 1 Corinthiens 4/16 & 11/1s ; Philippiens 2/5 ; 3/17 ; 4/8s). Le pronom personnel est mis en évidence au début de la phrase, soulignant que les Thessaloniciens sont coutumiers de cette démarche de l'apôtre. La portée du verbe (ataktéô, hapax néotestamentaire) a déjà été indiquée (à côté de paresser, Bauer propose de manière plus pertinente esquiver ses devoirs). L'adverbe gratuitement est utilisé quatre fois par Paul (cf. spécialement 2 Corinthiens 11/7). Manger le pain est vraisemblablement un sémitisme, pour prendre de la nourriture.

v. 8b — Mais dans la peine et le labeur, de nuit et de jour, nous avons travaillé pour ne pas être à charge à quelqu'un de vous. Une affirmation semblable, avec quelques menues différences dans la formulation, se trouvait déjà en 1 Thessaloniciens 2/9. Rien de plus naturel, étant donnée l'importance du thème pour l'église de Thessalonique (le passage est d'ailleurs plein d'échos à d'autres formules que l'apôtre affectionnait ; voir ce qui vient d'être souligné à propos de l'exemple à imiter qu'il propose en sa personne).

v. 9 — Non que nous n'en ayons pas la latitude, mais afin de vous donner nous-mêmes un exemple (ou : de nous donner nous-mêmes en exemple) pour que vous nous imitiez. La formulation est elliptique (comme en 2 Corinthiens 1/24 & 3/5 ; Philippiens 4/17). Le substantif éxousia, fréquent chez Paul, désigne ici le pouvoir de faire une chose, la liberté, le droit (Bailly ; cf. spécialement 1 Corinthiens 9/4, 6, 12). Au lieu du pronom héautous, on attendrait plutôt hèmas autous. Sur l’exemple, le modèle, cf. 1 Thessaloniciens 1/7. L'infinitif final qui clôt la phrase est le dernier d'une longue série dans nos lettres (cf. 1 Thessaloniciens 1/12, etc...). L'apôtre développera ailleurs ce thème du droit auquel il a renoncé (1 Corinthiens 9/4-14 ; 1 Timothée 5/18) ; ici, ce n'est pas ce renoncement qui est donné en exemple, mais plutôt la volonté de travailler pour ne pas être à la charge d'autrui (Marshall). Paul a fait allusion en 1 Thessaloniciens 2/9 à des motivations plus personnelles de son comportement dans le domaine considéré, mais le but qu'il assigne ici à sa manière d'agir était contenu en puissance dans celles-là.

v. 10 — Car lorsque nous étions chez vous (même formule qu'en 1 Thessaloniciens 3/4), nous vous prescrivions ceci : si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas (non plus) ! Sur les verbes vouloir et travailler, voir respectivement sous 1 Thessaloniciens 2/18 et 4/11.

Le principe que Paul évoque a une portée très générale et une valeur éthique indubitable. Il souligne la dignité du travail. Il ne faudrait pas toutefois en tirer des conséquences abusives : le travail, pas plus que le souci des moyens d'existence, ne sont des absolus, des valeurs suprêmes. On pourrait aussi demander quel sens a une telle prescription dans une période de chômage chronique. Marshall note à juste titre que le texte vise la mauvaise volonté à travailler, non les occasions de le faire (la maxime s'applique aux chômeurs « professionnels »). Le travail manuel était méprisé dans la civilisation hellénistique de l'époque ; la nécessité du travail, en revanche, semble avoir été dès l'origine un des articles de la morale chrétienne, comme c'était déjà le cas dans le judaïsme. Marshall en conclut que les motivations du désœuvrement à Thessalonique ne se trouvaient pas simplement dans une attente vive de la fin, mais plutôt — nous dirions plus volontiers : aussi — dans cette attitude générale.

v. 11 — Nous apprenons, en effet, que quelques-uns parmi vous mènent une vie désordonnée. Paul justifie tout ce qui vient d'être évoqué en mentionnant les nouvelles qui lui sont parvenues (le verbe akouô a ici le sens d'entendre dire, d'où apprendre). Il reprend l'expression déjà utilisée au v. 6.

Ils ne travaillent pas, mais s'affairent (ou : s'agitent). On rencontre ici une figure de style (paronomase : mèdén érgazoménous alla périérgazoménous), qui provient peut-être du langage courant (elle est attestée déjà chez Démosthène). Les traducteurs s'efforcent de la rendre perceptible en français (TOB : affairés sans rien faire ; BC : au lieu d'agir ils s'agitent). Mais il est difficile de déterminer avec précision la nuance qu'exprime le verbe périérgazomaï (hapax néotestamentaire). La plupart des traducteurs et commentateurs retiennent l'idée d'une activité excessive, inutile, superflue. Mais Bailly relève aussi le sens de se mêler indiscrètement de quelque chose, s'ingérer dans les affaires d'autrui. La BFC retient cette nuance et rend le jeu de mots par : sans rien faire que de se mêler des affaires des autres.

Cette deuxième interprétation pourrait trouver un appui dans le rapprochement possible avec 1 Thessaloniciens 4/11 ; Paul exhortait déjà les Thessaloniciens à s'occuper de leurs « propres affaires ». Mais la première nuance a sans doute quelque rapport avec l'agitation eschatologique dont il a déjà été fait état. Il nous semble que ce serait postuler une très grande perspicacité de la part des destinataires de la lettre que de distinguer trop nettement entre les comportements visés en 2/1ss et 3/6ss. Comme Paul oppose aux agissements dénoncés le travail dans le calme, c'est vraisemblablement un affairement en définitive futile, une agitation désordonnée, peut-être avec la propension à se mêler des affaires d'autrui, qui sont visés, sans qu'on puisse préciser davantage.

v. 12 — A ces gens-là, nous adressons (cet) ordre et (cette) exhortation dans le Seigneur : qu'en travaillant dans le calme ils mangent leur (propre) pain ! L'apôtre paraît s'être souvenu qu'il s'adressait à des frères (cf. sa consigne au v. 15) et, pour que son instruction ne soit pas ressentie comme un ordre dur et cassant, ajoute à la formule habituelle dans le passage (nous prescrivons) une tournure susceptible de toucher les cœurs (nous exhortons dans le Seigneur ; cf. Rigaux ; Marshall parle d'une note de persuasion). L'invitation à travailler dans le ou avec calme indique le moyen de l'autosuffisance souhaitable. Manger son pain, c'est évidemment le gagner par son travail pour ne pas être à charge, ce qui serait le manger gratuitement (v. 8, où Paul se donne en exemple, et v. 10, où il pose le principe). Le travail a une valeur sociale, ne serait-ce que par le fait que celui qui travaille ne tombe pas à la charge des autres. On rapprochera de l'ensemble du passage Ephésiens 4/28.

2. Le comportement attendu des croyants (3/13-15)



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