Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

2 Thessaloniciens 2 v 16 à 3 v 5 Pierre Muller



PRÉDICATION

Frères et sœurs, s'il fallait donner un titre à ce texte de Paul, je proposerais celui-ci : « Le nécessaire va-et-vient dans la communauté », et je voudrais vous montrer pourquoi.

« Le Seigneur nous rend certains que vous faites et continuerez à faire ce que nous vous recommandons ». Recommander est souvent une façon polie de dire commander, ce que le verbe grec signifie aussi d'ailleurs, et la TOB utilise, à juste titre, le verbe ordonner. Quand il s'agit d'ordonner, de commander, tout le monde dit en général « présent » : pratiquement chacun se croit et se sent capable de dire aux autres ce qui est juste, bon et vrai, et comment il faut faire et comment s'y prendre pour aboutir au résultat que fixent ceux qui commandent. Autrement dit, chacun pense : « Moi, je sais ; vous, vous ne savez pas ce qu'il y a lieu de dire ou de faire ». Et alors chacun essaie de dire aux autres, de façon très directive, bien entendu, sous forme d'ordres, comment ils doivent se comporter.

Face à ce genre de recommandations qui sont souvent des commandements, deux réactions opposées sont possibles :

— soit, je suis moi-même convaincu de la justesse de l'ordre reçu, je pense que l'autre a raison et alors j'exécute ce qu'il commande ; mais il peut arriver aussi que je ne sois pas vraiment convaincu, mais je me dis que, tout compte fait, si j'obéis et si j'exécute l'ordre, je serai tranquille ;

— soit, et c'est l'autre possibilité, je refuse de faire ce qui m'est ordonné, même si c'est demandé de façon très gentille et polie, notamment par l'emploi du verbe recommander à la place de commander. Et souvent, non seulement je refuse de faire, mais je prends carrément le contre-pied, pour montrer que je ne me laisse pas commander, que je ne me laisse pas faire.

Néanmoins, il y a des recommandations qui nous sont faites et que nous suivons volontiers, des ordres qui sont donnés et que nous exécutons de bon cœur, non pas par peur, en nous disant : si nous ne faisons pas ce qui est ordonné, cela risque de nous coûter cher, ou par paresse, en pensant que, si nous obéissons, nous n'aurons au moins pas besoin de réfléchir par nous-mêmes, et de nous fatiguer, puisqu'un autre pense pour nous...

Non, il existe bel et bien des suggestions, des recommandations et même des ordres que nous acceptons de suivre ou d'accomplir de bon cœur, parce que nous avons compris que c'est pour notre bien, que c'est en rapport avec l'amour qu'un autre nous porte, et parce que cela correspond à notre propre attente ou demande, à nos intérêts ou à nos besoins. Et si un autre nous commande ou nous ordonne cela, c'est bien parce qu'il nous connaît jusqu'au plus profond de nous-mêmes.

Comment expliquer cette attitude de part et d'autre ?

Le texte d'aujourd'hui contient un élément de réponse, si ce n'est LA réponse à cette question.

« Frères, priez pour nous » demandent à leurs correspondants, c'est-à-dire aux membres de la communauté de Thessalonique, les auteurs de l'épître, qui sont donc aussi ceux qui « recommandent » ou « ordonnent », selon les traductions, et parmi lesquels figure l'apôtre Paul.

Comment faut-il comprendre cette demande de prière ou d'intercession formulée par les auteurs de l'épître ?

Peut-être veulent-ils dire tout simplement ceci : « Nous vous demandons de prier pour nous, afin que le Saint-Esprit nous aide à percevoir, à sentir, à comprendre ce qui est bon pour nous et pour vous. Grâce à vos prières, nous serons capables de distinguer ce qui est utile pour nous tous, ce qui nous aide à vivre, nous console, nous fortifie, et nous indique la voie à suivre ».

Ou bien on peut encore le comprendre ainsi : « Si vous priez pour nous, pour que le Saint-Esprit agisse en nous et nous éclaire, il y a de fortes chances que ce que nous serons amenés à vous dire, à vous recommander, ne sera pas notre avis personnel. Si le Saint-Esprit nous inspire, cela ne viendra pas de nous-mêmes, ne sera pas dû à notre désir de puissance ou de mettre en avant notre propre personne. Vous comprendrez alors qu'il ne s'agit pas de notre volonté de prendre le pouvoir sur vous et de vous placer sous notre dépendance, mais que ce que nous vous commandons est issu d'une raison et d'une volonté extérieures à chacun d'entre nous, que ce soient ceux qui recommandent ou ordonnent, ou ceux qui sont appelés à faire et à exécuter ».

En fait, ce qui est en jeu dans cette lettre aux Thessaloniciens, c'est la Parole du Seigneur qui doit se répandre et être glorifiée. Et cet objectif justifie la prière et la recommandation et l'action, et remet chaque chose dans une perspective et dans une lumière nouvelles, celles de Dieu.

Le texte d'aujourd'hui laisse à penser que ceux qui commandent ou ordonnent peuvent le faire parce qu'ils ont senti et compris ce qui est important et ce qui est approprié. C'est dans ce sens que j’ai parlé, au début, d'un véritable va-et-vient entre les différents membres de la communauté.

En effet, ceux qui, par la suite, sont amenés à commander ou à ordonner, ont été, au préalable, eux-mêmes recommandés à Dieu et à son Esprit, pour que ces derniers leur fassent comprendre ce qu'il y a lieu de dire et de faire. D'ailleurs, ne disons-nous pas souvent, que nous voulons recommander quelqu'un à Dieu pour exprimer que nous voulons prier pour lui ?

Le va-et-vient dont il est question ici change complètement les perspectives, transforme aussi bien les recommandations que les ordres et les fait apparaître sous un jour nouveau.

Un tel va-et-vient correspond à un déplacement, et un tel déplacement ne peut avoir lieu que s'il y a un moteur à la base.

Il se pose donc la question de savoir quel est ce moteur qui, à la fois pousse et encourage à la prière et à l'obéissance sous forme de mise en pratique des recommandations.

Ce « moteur » est, lui aussi, présent et nommé dans le texte. Peut-être pensez-vous à la même chose que moi, à savoir à ce moteur que peut représenter la confiance, confiance dont il est bien question ici. Et cette confiance a même une double dimension :

* il s'agit d'abord de la confiance de la part de membres de la communauté à l'égard d'autres membres, dont ils attendent et espèrent la prière ;

* il s'agit ensuite de la confiance que ces derniers feront à ce qui leur aura été dit et à ceux qui leur auront recommandé telle ou telle attitude ou conduite.

Le va-et-vient qui s'installe signifie que ce qui est commandé, ordonné, est en étroite relation avec la ou les prières qui ont précédé et qui inspirent l'action. Cela ne provient pas du simple plaisir de commander et d'ordonner et d'avoir un pouvoir sur les autres, mais cela sera considéré comme étant le fruit de la prière et de l'action de l'Esprit Saint sur les hommes, et aura donc une autorité toute autre que des élucubrations purement humaines.

La dimension de la confiance est donc bien double : elle est, d'une part, horizontale et exprime un va-et-vient entre les humains. Elle est ensuite (ou d'abord ?) verticale, puisqu'il s'agit de la confiance réciproque entre Dieu et les hommes.

Si une telle confiance n'est pas présente chez chacune des parties, aucune vraie prière n'est possible, et aucun ordre ne peut être valablement donné, reçu et entendu.

Mais les choses changent quand le Seigneur conduit les cœurs, et quand la prière et les actes qui en découlent sont des signes de l'amour de Dieu et de la patience du Seigneur pour les hommes, et des hommes à l'égard d'autres hommes.

Voilà tout un programme, relativement simple, mais qui, s'il était pris au sérieux, aurait pour résultat, on peut le parier, que notre monde se porterait mieux.

Le tout, c'est d'essayer ! C'est ce que je vous recommande, mais je ne vous l'ordonne pas...



Inscription à la newsletter