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2 Samuel 5 v 1 - 3 Pierre Muller
Frères et sœurs, il ne reste plus beaucoup de rois aujourd'hui. On en compte encore quelques-uns en Europe. En Afrique, à ma connaissance, il n'y a plus que le roi du Maroc. A part la Jordanie et quelques émirats dans des pays arabes d'Asie, les monarchies ont disparu. Elles ont fait place à des républiques ou à des dictatures.
Dans l'Antiquité, c'était tout différent. On n'avait pas encore inventé le régime démocratique. Dans le pays de Canaan, on donnait le titre de roi à des chefs qui régnaient sur un territoire guère plus grand qu'une petite ville, à peine un village moderne. Un peu comme en Afghanistan, où les chefs de tribus sont de petits rois. Alors, cela ne nous étonne pas outre mesure d'apprendre que David devient roi à la suite de Saül rejeté par Dieu. Le début du chapitre cinq du deuxième livre de Samuel nous fait assister à son installation. Regardons-y d'un peu près. -o- Le roi Saül est mort à la guerre. David reste seul. Dans ce court récit de cinq versets, nous pouvons relever deux éléments. Le premier, c'est la façon dont David est désigné comme roi. En remontant un peu plus haut dans le livre, vous le savez, c'est le Seigneur qui le choisit. Après une série de désobéissances de Saül, le Seigneur décide qu'il ne régnera plus sur Israël ; il lui choisit un remplaçant. Dieu ordonne donc à Samuel de donner l'onction royale à un jeune homme, un jeune berger qui garde les troupeaux de son père. Samuel avait gouverné le peuple d'Israël pendant longtemps, en tant que juge. Il connaît cette population mieux que personne. Mais ce n'est pas lui qui décide qui régnera à la place de Saül. Le nouveau roi n'est nommé ni par un vote populaire ni par référendum ; c'est Dieu qui décide, et Samuel ne fait qu'obéir. Le second élément que rappelle notre récit, c'est que le peuple d'Israël demande à David de devenir roi. Ce sont d'ailleurs des délégués du peuple, des anciens, qui viennent le trouver pour lui présenter cette demande. C'est une démarche volontaire et libre. Mais ce peuple, ces anciens, reconnaissent que Dieu a déjà choisi David. "Le Seigneur t'a dit : c'est toi qui fera paître Israël, mon peuple". Les anciens ont compris le projet de Dieu et ils l'acceptent. Ils sont d'accord. Alors David pourra régner sur Juda et sur Israël ; il fédère ces deux moitiés d'un peuple unique. Pour marquer cette promotion, David établit une alliance avec le peuple. Comme c'est la coutume antique, le supérieur propose une alliance à l'inférieur. Surtout David l'établit devant le Seigneur. David reçoit l'onction royale, mais tout se passe devant Dieu, en sa présence. Cette élévation à la dignité de roi se passe dans la foi en Dieu, c'est un acte spirituel. La royauté de David lui vient donc de Dieu. Dans un certain sens, on peut dire que c'est une royauté de droit divin. Mais cela ne signifie pas que ce soit une royauté absolue. Au contraire ! En tant que roi sur tout Israël, David sera soumis à la volonté de Dieu. Il ne pourra pas faire ce qu'il voudra. Parce que sa royauté est de droit divin, elle est limitée par les commandements de Dieu. Elle ne pourra jamais être une monarchie absolue dans le style de celle de Louis XIV. -o- Quittons maintenant ce récit du livre de Samuel et écoutons ce que nous dit l'apôtre Paul dans sa lettre aux chrétiens de Colosses. Lui aussi, il parle d'un roi et d'une royauté. La royauté est celle du Fils de Dieu, c'est-à-dire Jésus-Christ. C'est une royauté qui ne s'exerce pas seulement sur un territoire terrestre ni même seulement sur toute la terre ; la royauté du Christ est universelle. Paul considère que Dieu l'a établi souverain dès avant la création du monde. C'est même pour lui que tout a été créé. A cette époque, on croyait qu'il existait des forces cosmiques qu'on appelait des trônes, des souverainetés, des autorités ou des pouvoirs. Eh bien, dit Paul, même ces forces-là sont soumises à la royauté du Christ ; c'est lui qui est leur vrai supérieur. Si le Christ détient l'autorité royale, il règne donc sur les hommes. Du coup, Paul écrit que Dieu nous a transportés dans la royauté du Christ ; il a fait en sorte que nous puissions l'accepter, nous y soumettre librement. Nous sommes donc invités à consentir à cette puissance du Christ, à son autorité sur notre vie, comme les Israélites ont accepté que David, le roi désigné par Dieu, règne sur eux. -o- Bien ! Mais comment se passe, dans les faits, ce consentement à la royauté de Jésus-Christ ? Ou bien comment se passe la non-reconnaissance de sa royauté, le refus de cette autorité ? Pour le savoir, regardons ce qui arrive au moment de la croix, cette scène telle que l'évangile de Luc nous la raconte. Là aussi, Luc nous propose une figure de roi. Une autre figure que celle de David. Dans la tradition juive, le roi David est le modèle des rois, il est aussi comme une sorte de préfiguration du Messie. Alors, il faut remarquer que, dans ce passage de Luc, Jésus ne se désigne pas lui-même comme roi. Il ne dit pas : "Je suis le roi". Ce sont les autres qui le disent. Au-dessus de sa tête, en haut de la croix, on a accroché un écriteau ; c'est la coutume romaine de dire de cette façon le motif pour lequel un homme est condamné. Cet écriteau porte l'inscription : LE ROI DES JUIFS. C'est Ponce Pilate qui a fait mettre cette inscription. C'est Ponce Pilate qui désigne Jésus comme le roi des Juifs. A cause de cette pancarte, les soldats romains qui gardent Jésus lui lancent : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !". C'est évidemment une moquerie. Ils savent bien, ces soldats, que Jésus ne fera rien pour se sauver. Le titre qu'ils font semblant de lui donner est une injure, une façon de le rabaisser encore. Plus loin, il y a des passants qui disent de Jésus en ricanant : "Qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu !". Là aussi, ce titre de Messie n'est qu'une sombre dérision. Jésus ne se désigne pas lui-même comme Messie, ce sont les autres qui le disent, pour humilier davantage ce condamné suspendu à la croix. En donnant à Jésus ce titre de roi ou de Messie, les militaires comme les passants lui refusent en réalité d'être le roi ou le Messie. Ils ne veulent surtout pas qu'il le soit. Au long des siècles et encore de nos jours, des gens prétendent que Jésus n'est pas le roi, qu'il n'est pas le Messie. Pour ceux-là, Jésus n'est qu'un faux roi, il vole un titre qui ne lui appartient pas. A leurs yeux, Jésus ne serait qu'un produit de l'imagination, il ne parlerait pas de la part de Dieu, il n'opèrerait pas de guérison. Bref, ces gens-là ne reconnaissent pas l'action de Dieu en lui. C’est pourquoi ils prétendent que ce ne sont que des naïfs ou des cerveaux fêlés qui le prétendent roi et Messie. Maintenant encore, on nie la royauté de Jésus, comme on la niait du temps de Ponce Pilate. Les arguments sont peut-être moins brutaux et plus raffinés, plus intellectuels, mais ce sont les mêmes négations. Que ce soit des gens du peuple ou des savants, on met Jésus de côté, on ne veut pas qu'il conduise la vie par sa Parole. Les évangiles racontent que deux hommes ont été crucifiés en même temps que Jésus. Ce sont peut-être des partisans juifs, des opposants au pouvoir des Romains et qui les combattent par les armes. Ce qui expliquerait qu'ils fassent partie de la même fournée de condamnés que Jésus. Luc est le seul à rapporter la conversation entre Jésus et ceux qu'on appelle des malfaiteurs. L'un des deux est du même avis que les soldats et les passants. Il crie à Jésus : "N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et sauve-nous !". Mais l'autre lui fait des reproches. Tous les trois sont condamnés par le pouvoir romain, aucun des trois n'a plus de droit que les autres. Et celui-là, celui qu'on appelle "le bon larron", s'adresse à Jésus sur un tout autre ton : "Souviens-toi de moi, quand tu viendras comme roi". Celui-là reconnaît que Jésus est bien un roi, qu'il est LE roi qu'on attendait. Sa royauté n'est peut-être pas évidente pour le moment, mais le jour viendra où on la reconnaîtra. Le condamné demande donc à Jésus de se souvenir de lui en ce jour-là et de lui montrer sa miséricorde. Cet homme sur la croix est au dernier degré de l'humiliation. Les Romains réservent la mort de la croix aux esclaves. Les esclaves sont déjà humiliés par leur condition sociale, on veut les humilier encore plus en les condamnant au supplice le plus horrible et le plus infamant. Mais c'est justement cet homme humilié au dernier degré, dans la même situation que Jésus, qui voit en lui le roi et qui lui parle comme à un roi. Ceux qui sont dans le vrai ne sont ni ceux qui ont le pouvoir (Ponce Pilate et ses soldats), ni les gens libres d'aller et de venir. Celui qui est dans le vrai, c'est cet homme attaché sur la croix et en train de mourir, cet homme humilié et qui sait discerner la royauté dans l'humiliation de Jésus. -o- Frères et sœurs, essayons de nous imaginer parmi ces gens, le jour de la crucifixion, un jour des années trente de l'ère chrétienne. Essayons, comme si nous étions présents à ce moment-là au Golgotha, aux abords de Jérusalem. Quelle serait notre place ? * Serions-nous du côté des soldats, en train de nous moquer de Jésus, bien contents parce que la foi chrétienne est apparemment en régression ? * Serions-nous contents parce que beaucoup de nos contemporains ne croient plus en Dieu et qu'ils jettent Jésus aux oubliettes, ce qui est une façon de le crucifier à nouveau ? * Ou bien serions-nous avec les passants, qui ne comprennent rien à ce qui se passe ? * Ou avec les négateurs modernes, qui prétendent que Jésus n'est pas l'envoyé de Dieu, qu'il ne l'a jamais été, que par conséquent on n'a pas besoin de croire en lui ? * Ou bien serions-nous à la place du troisième crucifié ? Oserions-nous dire que Jésus possède l'autorité, oserions-nous lui demander sa miséricorde ? Seule la foi humble sait reconnaître la royauté de Jésus. Amen ! D’après Louis HONNAY : Prédication pour le dimanche 26.11.1995. |
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