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2 Pierre 1 v 16-21 (Michel CORNUZ)
Textes : Matthieu 17/1-9 ; 2 Pierre 1/16-21
Genre : Prédication Auteur : Michel CORNUZ Source : Prédication pour le 24.02.2002 (2° dimanche du Carême) à Baden & Zofingue (Suisse), trouvée sur le site de l’Eglise réformée de langue française d’Argovie : http://www.ref.ch/eglise-argovie/Eglise.html. Lien direct : http://www.ref.ch/eglise-argovie/Predication/Pred_Tranfiguration2002.html “Transfiguration” Ce récit de la Transfiguration de Jésus sur le mont Thabor vient donner une tonalité lumineuse à ce temps liturgique du Carême ou de la Passion, habituellement très austère. On pressent dans cet événement quelque chose de mystérieux, qui en même temps nous attire et nous fascine et en même temps baigne dans le merveilleux, l'extraordinaire et semble bien éloigné de nos vies quotidiennes, plutôt ternes, quand elles ne sont pas sombres ! Alors, pour ne pas faire de cet événement central de l'Evangile une sorte de parenthèse de merveilleux qui n'aurait aucun impact sur nos vies, vaut-il la peine d'essayer de comprendre en profondeur cet événement en nous posant trois questions : Qu'est-ce que cette expérience de "transfiguration" signifie pour Jésus ? Qu'est-ce qu'elle signifie pour les trois disciples témoins : Pierre, Jacques et Jean ? Que peut-elle signifier pour nous aujourd'hui ? Se demander ce que cette expérience signifie pour Jésus n'est pas spontané ou évident. Je crois qu'on se fait trop souvent une représentation fausse de Jésus, très inhumaine. Si Jésus est le Fils de Dieu, alors il aurait dû savoir dès le début la totalité de son itinéraire, avoir une vue d'ensemble de ce qui allait lui arriver, pense-t-on trop souvent. On a alors l'impression d'être en présence d'une sorte d'homme-dieu, omniscient, totalement impassible, et qui traverse la vie un peu comme un fantôme, sans vraiment être touché par les événements qui lui arrivent ou les rencontres qui se produisent sur son chemin. Or, l'Evangile nous présente une image toute différente de Jésus. L'épître aux Hébreux affirme que Jésus, tout Fils qu'il était, a dû faire comme nous l'apprentissage de l'obéissance, un vrai apprentissage ! L'épisode de la transfiguration en est l'exemple ; il se situe, en effet, à un point tout à fait charnière de la vie de Jésus. Au début de l'évangile, il y a son enseignement aux foules sur l'amour de Dieu, enseignement attesté par les miracles et les guérisons, ce qui lui vaut un franc succès populaire ! Jésus partait gagnant, dans son ministère… Il aurait pu, d'ailleurs, sûrement être reconnu comme un "faiseur de miracles" extraordinaire ou comme un prophète thaumaturge. Il a dû percevoir peu à peu que ce n'était pas la voie choisie par Dieu pour son messie. Le récit évangélique montre que, très vite, il suscite la jalousie et l'opposition, que son message d'amour n'est pas accueilli et accepté par tous, tout particulièrement par les chefs religieux, et que le peuple risque de ne s'attacher à lui que pour ses miracles, mais que dès qu'il ne répondra plus à leur attente d'un bien-être immédiat, les mêmes personnes qui l'avaient adulé lui tourneraient vite le dos ! Très souvent dans l'évangile, Jésus part à l'écart pour prier, pour rechercher toujours à nouveau la volonté de Celui qu'il appelle son Père… Peu à peu, il comprend où sa mission doit le mener, où le don de soi total, sans restriction, va l'entraîner, jusqu'à quel point son message d'amour qui mettait à nu l'hypocrisie religieuse attise des haines violentes… Après les polémiques toujours plus virulentes avec les chefs religieux, vient cette volonté de "monter à Jérusalem" avec ses disciples… Là, il n'y a plus de foules, plus de miracles spectaculaires, mais le cercle restreint autour de lui de ses amis, à qui il annonce que son chemin se terminera par une mort violente… On imagine que cette prise de conscience ne devait pas être évidente pour Jésus et, après tout, peut-être pouvait-il se tromper… Et si c'était les chefs religieux qui défendaient bien la vraie religion ? On voit bien ces doutes de Jésus jusqu'à la veille de la Passion, à Gethsémané, où il se demande encore s'il n'y a pas une autre issue possible avant d'accepter dans le combat de la prière et de la foi, la volonté du Père… La transfiguration, avant d'entrer dans la ville sainte, est alors pour Jésus comme une sorte de confirmation de son chemin, de réconfort et d'affermissement de sa volonté devant les épreuves qui l'attendent. Il fait alors l'expérience de cette pleine communion d'amour et de volonté avec Dieu, se sachant totalement transparent, sans obstacles, à sa lumière. Il y a comme un avant-goût des temps derniers où Dieu sera tout en tous. Et il y a surtout la confiance inébranlable que les ténèbres du Golgotha, au Vendredi Saint, n'auront pas le dernier mot, que la croix est un chemin de salut et de gloire ! Oui, certainement que cette expérience physique de transfiguration est pour Jésus une expérience spirituelle de premier ordre, celle qui lui donne la force d'accomplir jusqu'au bout sa mission. Mais pourquoi cette expérience s'est-elle faite devant témoins ? Qu'a-t-elle signifié pour les disciples ? Si, pour Jésus déjà, la perspective du rejet et de la mort violente n'est pas évidente à accepter, cela l'est encore moins pour les disciples ! Nous sommes habitués à la croix, mais mettons-nous dans la peau des premiers disciples, ces Juifs pieux qui attendent le Salut venu de Dieu, un Salut bien concret ! Et voilà que Jésus, celui qu'ils reconnaissent comme le Messie, leur annonce qu'il va être rejeté par toute la religion officielle, qu'il va mourir et qu'il ressuscitera… Cela est tout simplement incompréhensible et même choquant pour les disciples… Pierre refuse cette perspective ! Et Jacques et Jean, eux, se battent pour avoir au moins une place de choix dans le Royaume à venir ! Ce sont ces disciples perdus qui accompagnent Jésus sur le Thabor. Eux aussi, eux tout particulièrement ont besoin de ce signe, ont besoin de découvrir la véritable identité de Celui qu'ils suivent, mais dont ils ne comprennent plus la mission. Ils ont besoin de voir la gloire de Dieu se manifester sur le visage du Christ. Pierre aimerait, d'ailleurs, bloquer cet instant de révélation et de lumière, rester sur cette montagne dans la contemplation et la présence divine, mais il faut redescendre pour affronter la violence des opposants et les épreuves de la Passion. La lumière du Thabor ne peut pas durer, parce qu'il faut que le Christ souffre. Elle ne peut être que fugitive. Cependant cette lumière a révélé quelque chose qui est vrai, quelles que soient les ténèbres dans lesquelles Jésus va entrer. Ainsi les trois disciples peuvent-ils faire entièrement confiance à cette Parole du Christ, qui les invite à sa suite à traverser la Passion pour entrer dans la gloire. Ils pourront alors découvrir que la croix n'est pas une infamie ni un échec, mais qu'elle est la voie de salut pour les hommes. Ils pourront devenir les témoins privilégiés de la Résurrection, et de la victoire de la lumière sur les ténèbres du monde. Deux mille ans après, nous vivons encore de ce témoignage des premiers apôtres, qui, comme le dit Pierre dans son épître, ne se sont pas mis à l'école de fables sophistiquées, mais ont fait l'expérience de la gloire de Dieu dans la personne du Christ. Mais on peut se demander si tout cela, malgré notre volonté de croire ces témoignages, ne reste pas bien lointain de notre vie quotidienne. Aux premiers disciples, il est donné une expérience forte ; pouvons-nous, nous aussi, vivre une telle expérience, qui pourrait alors nous aider et nous soutenir dans notre vie de foi ? Si les évangélistes racontent de tels récits, ce n'est pas pour que nous nous tenions à distance, mais au contraire pour justement nous permettre de rencontrer à notre tour le Christ vivant en nous incluant en quelque sorte dans le récit évangélique. J'aimerais simplement souligner trois pistes d'expérience possible pour nous de cette "transfiguration" : c'est d'abord une invitation à monter sur la montagne… à faire de temps en temps retraite, à découvrir comment puiser intérieurement des forces nouvelles pour continuer ensuite notre vie quotidienne. La plupart des commentateurs de ce récit mettent l’accent sur l’incompréhension de Pierre et le fait qu’il faut redescendre de la montagne, ne pas s’y installer, ne pas planer… mais aller au-devant des obstacles et contradictions de la vie. C’est juste… Mais, avant de descendre de la montagne, encore faut-il y être monté et avoir vécu cette expérience intense de communion avec Dieu où l’on entend dans le silence la voix qui nous rappelle notre vocation d’enfant de Dieu, où l’on reçoit force et courage pour affronter ensuite les périls extérieurs. Nous avons tous un mont Thabor à l’intérieur de nous… Un lieu de solitude préservé, un lieu où nous pouvons nous laisser transformer – transfigurer par la lumière divine, un lieu où nous pouvons accumuler des forces de résistance… dont nous pourrons avoir besoin, si nous sommes un jour sur un lit d’hôpital ou dans une autre situation difficile. C’est pourquoi, les temps de contemplation et de prière, les temps de célébration et de cultes sont des moments importants de notre vie pour que cette lumière reçue dans ces moments-là rejaillissent dans les moments plus difficiles de notre vie et rayonnent aussi sur nos proches. Il y a aussi une invitation à laisser la lumière de Dieu pénétrer notre être intérieur, jusque dans nos zones les plus sombres et obscures, en ayant confiance qu'il n'y a aucune obscurité qui résiste à la lumière divine. Une romancière philosophe, Iris Murdoch, écrivait : "Dieu est la croyance qu'au plus profond de nous, nous sommes connus et aimés, jusqu'au lieu même où la lumière ne pénètre pas". L'expérience de transfiguration peut alors nous aider pour une guérison intérieure, où nous laissons l'amour divin pénétrer, illuminer et transformer nos ténèbres. Enfin, il y a un témoignage possible pour nos contemporains, un témoignage qui ne passe pas forcément par des arguments théologiques ou par des raisonnements, mais un témoignage de tout notre être. Olivier Clément, théologien orthodoxe, affirme : "La preuve ultime de Dieu pour l'homme d'aujourd'hui est sans doute le visage humain, quand il se dénude des faux semblants et s'illumine d'une autre lumière. Quand il commence à laisser transparaître la lumière divine". Nous avons tous connus de telles personnes rayonnantes, qui nous ont souvent plus appris sur Dieu que tous les beaux discours et nous ont poussés sur notre chemin de foi. A nous d'essayer, malgré nos opacités et nos résistances, d'être toujours plus transparents au Christ. Autres textes de la même catégorie
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Cultes contemporains
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