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2 Corinthiens 5 v 17 (Jean-Arnold de CLERMONT)
Texte : 2 Corinthiens 5/17
Genre : Prédication Auteur : Jean-Arnold de CLERMONT Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 23.06.1974. "Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature, le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là" (2 Corinthiens 5/17) Lorsque le vieux Siméon voit arriver l’enfant Jésus dans les bras de ses parents pour la présentation au Temple, il rend grâce à Dieu car, dit-il, « mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples ». A notre étonnement, c’est un enfant, fils de paysans, symbole de pauvreté, qui suscite son aveu. Au milieu des classes opprimantes, au sein d’un empire qui règne par la force, à l’approche de sa propre mort, Siméon explose de joie, il a vu le salut dans cet enfant. Un enfant opère une radicale transformation. Nous sommes habitués à envisager le salut en termes de relation de forces, de pressions économiques, de bouleversements sociaux. La foi de Siméon l’aide à comprendre que la venue de cet enfant bouleverse tout : Dieu participe désormais aux affaires des hommes. Il n’y a plus à implorer un esprit inconnu, étranger. Dieu s’est fait chair, pour participer aux angoisses et aux espérances de l’humanité. Il n’y a plus lieu de désespérer. Il nous a précédés, il demeure avec nous, une réalité nouvelle est là. Au malfaiteur crucifié à ses côtés, qui implore son souvenir, Jésus annonce pour « aujourd’hui » la victoire sur la mort, l’entrée dans ce royaume que le malfaiteur ne pouvait tout au plus envisager que pour un lointain avenir. Aujourd’hui, une réalité nouvelle est là, la justice est bouleversée, il n’y a plus innocent ou coupable, gracié ou condamné… Le royaume de Dieu fait irruption dans le monde des hommes, la vie éternelle est pour « aujourd’hui ». Par cet enfant qui bouleverse toute certitude, par cet homme qui meurt sur la croix, par le ressuscité qui donne un sens à notre vie, toutes choses sont faites nouvelles ; en Christ, une réalité nouvelle est là. C’est le don que Dieu nous fait. -o- Dieu nous connaît ; devant lui nous sommes pleinement à découvert. Si nous pouvions dire cela, sans arrière-pensée, sans crainte, chacun de nous ce matin, alors nous confesserions sans hésitation qu’ « une réalité nouvelle est là ». Dieu nous connaît, comme le chante le psalmiste (Psaume 139) : « Eternel, tu me sondes et tu me connais… Tu m’entoures par derrière et par devant… ». Mais, au-delà de cette connaissance, il y a le regard de Dieu sur nous ; le regard de la création. Il nous voit tel qu’IL nous veut, tel qu’IL nous aime. Il voit en nous celui ou celle qu’il a forgé pour être « la gloire de sa création ». Il ne nous enferme pas dans un cadre limité. En Christ, il projette devant nous l’image qu’il se fait de nous. Il nous veut libres et créatifs. Mais nous-mêmes ! Peut-être sommes-nous accablés par le monde dans lequel nous vivons. Nous nous laissons enfermer dans des classifications, des a priori. Nous nous y enfermons nous-mêmes ; nous nous voyons avec des yeux qui jugent, condamnent et classent : je suis comme ceci ou comme cela, capable ou incapable, intelligent ou borné… Nous forgeons notre avenir de manière ambitieuse ou limitée. Nous nous faisons une image de ce que nous pouvons être. Si la réalité coïncide, nous voici heureux, sinon déçus. Nous essayons de tenir le rôle que nous nous sommes fixés… Tout cela n’est que théâtre, alors que Dieu me connaît. Il me connaît libre, c’est-à-dire comme quelqu’un pour qui tout espoir est permis, pour qui la vie est ouverte et non fermée, quelqu’un qui ne se laisse pas accabler par les catégories ou les a priori, mais qui se laisse conduire et enrichir par Dieu, quelqu’un qui n’étouffe pas l’Esprit. Dieu me connaît, il a fait sur moi le pari qu’il a fait sur son propre Fils, que je me laisserai guider par son Esprit, que je serai à découvert devant lui, livré à sa volonté d’amour et de salut. Evidemment, nous résistons, nous craignons de perdre notre indépendance, notre sacro-sainte liberté. Nous craignons l’aventure de la confiance. Nous craignons d’être pauvres, les mains vides devant Dieu. Mais c’est ainsi que Dieu nous connaît. Il nous sait faibles et craintifs. Le pari qu’il fait sur nous ne repose pas sur les lois du hasard, mais sur Christ qui nous a englobés dans sa mort pour nous faire vivre avec lui dans la vie nouvelle. Dieu nous connaît, Il nous veut participants à sa création, au monde qu’Il s’est réconcilié par son amour. Il rejette pour nous la fatalité du désordre, de la haine, de l’injustice. Il nous voit en Christ qui a rejeté cette fatalité. Soyons pleinement à découvert devant Dieu, une réalité nouvelle est là. -o- Le regard de Dieu sur moi me donne d’être à découvert devant lui, inséré dans une vie nouvelle, appelé à être guidé par son esprit. Mais ce regard que Dieu porte sur moi, il le porte sur tout homme que je côtoie, il fonde une humanité nouvelle. Le monde ancien est passé, une réalité nouvelle est là. Ce monde ancien, il est pourtant notre lot quotidien, forgé sur des catégories, des classes. Il est celui des riches et des pauvres ; il est celui des forts et des faibles, des grands et des petits, des intelligents et des ratés. Et nous entrons dans le jeu de la classification et nous cherchons ceux qui nous correspondent, et nous rejetons ceux qui nous sont « étrangers ». Et pourtant ! Pourtant le monde que Dieu voit est un monde réconcilié. Il nous appelle à entrer dans son regard sur le monde, sur les hommes ; à les regarder, les connaître comme il les connaît. Il nous donne de les voir comme des hommes nouveaux, comme des hommes dont Dieu veut et peut faire œuvre nouvelle. En chaque homme que nous rencontrons, il nous donne de voir un élément de ce monde nouveau qu’il nous fait connaître. Tous sont morts en Christ. Tous sont appelés à une vie nouvelle. Nous avons le privilège de devoir révéler cette vie nouvelle, faire connaître à tous que le pouvoir leur est donné de vaincre toute fatalité, de sortir des catégories dans lesquelles ils sont enfermés ou s’enferment eux-mêmes. Nous devons faire retentir le message de libération : désormais Dieu est avec toi. Mais vous comprenez que ce message n’a de sens que s’il est fondé sur la communauté nouvelle que nous vivons. Car il ne s’agit pas de promesse pour un futur éloigné, mais d’une réalité dans laquelle nous sommes entrés. En Christ, nous découvrons et nous sommes appelés à vivre des relations nouvelles les uns avec les autres. Nous pouvons être à découvert les uns pour les autres. Nous pouvons nous laisser connaître tels que nous sommes parce que ce que nous sommes n’est pas une fin en soi. Le jugement est passé. Nous sommes ouverts à une vie nouvelle. Nous pouvons nous livrer les uns aux autres parce qu’ensemble nous sommes constitués en une communauté nouvelle par l’amour que Dieu nous porte, par son pardon. Nous sommes toujours tentés d’être des hommes ou des femmes qui savent ce que demain sera ; d’être des communautés qui prétendent connaître le chemin du bonheur. Mais cette prétention tue la liberté des enfants de Dieu. Elle fait de nos communautés des cercles fermés, réservés à certains, ceux qui peuvent entrer dans notre cadre. Une communauté fondée sur la réconciliation en Christ est ouverte à tous ceux qui se donnent les uns aux autres pour se laisser créer par l’Esprit de Dieu. Cet Esprit nous est donné, une réalité nouvelle est là. -o- Une communauté nouvelle ! des relations nouvelles ! La vie de tous les jours nous en dit la nécessité ; nous en devinons les promesses. Dans la vie politique, par exemple. Si souvent elle se présente avec les traits du « monde ancien » ! Il s’agit d’enfermer l’autre (l’adversaire) dans ses arguments, de le classer, le faire entrer dans un système. A l’inverse, il faut soi-même rester caché, ne jamais mettre toutes ses cartes sur la table, ne jamais reconnaître ses torts mais, bien sûr, confesser les fautes des autres… Et pourtant, si nous y étions les ferments de relations nouvelles, refusant la fatalité des classifications, favorisant l’écoute de l’autre, témoignant du pardon… rêve pieux peut-être ! Mais que signifie le pardon qui nous est donné, la liberté que Dieu nous offre, si nous n’en vivons en tout lieu et à tout moment ? Cela vaut, bien sûr, pour le témoignage rendu par nos communautés chrétiennes. Il y a deux mois, nous étions dix-sept réunis à Porto-Novo au Dahomey, venus de 12 Eglises, du Pacifique, de Madagascar, d’Afrique et d’Europe, découvrant ou redécouvrant qu’en Christ une communauté nouvelle nous est donnée, dans laquelle nous pouvons nous livrer les uns aux autres, son pardon nous réconciliant avec Lui et les uns avec les autres. Une réalité nouvelle est là, qui transcende nos divisions raciales, culturelles, politiques. L’Esprit nous conduit au-delà de nous-mêmes si nous acceptons de le laisser souffler. C’est de cette ouverture que peuvent témoigner nos communautés. Si l’Esprit nous est donné, c’est afin d’en faire le lieu où tous peuvent être à découvert les uns pour les autres, recevant le pardon pour être en mesure de pardonner, libérés pour être en mesure de témoigner d’un monde nouveau. Une réalité nouvelle est là, saisissons-là ! Autres textes de la même catégorie
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