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2 Corinthiens 5 v 17-21 (Christine Le Beux)



Texte : 2 Corinthiens 5/17-21
Genre : Prédication
Auteur : Christine LE BEUX
Source : Prédication pour le 25.03.2001 (4° dimanche du Carême). Bible et Liturgie (ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon).



Méprise dans une maternité en Sicile !
Deux nouveau-nés sont confondus à leur naissance et confiés par la maternité à des mères qui ne sont pas les leurs.
Trois ans après, par hasard (…) l'erreur tragique est découverte.
Noël 2000 : les deux enfants, Chiara et Daniela ont trois ans. Par décision du juge, elles sont "restituées" à leurs parents biologiques… Une deuxième substitution succède à la première.
Non sans problèmes juridiques complexes, consultations psychiatriques et traumatismes divers pour chacun des membres des deux familles…

On a du mal à imaginer la complexité de ce que va vivre chacune de ces enfants. Chacune porte en elle un peu de cette famille-ci… et désormais un peu de celle-là aussi.
Chacune reste ce qu'elle était, mais devient différente.
Chacune devient l'autre, sans cesser d'être elle-même.
Chacune a été à la place de l'autre et doit maintenant prendre la place de l'autre !
Qui sont les parents "véritables" : les parents biologiques ou les parents qui ont nommé l'enfant, qui lui ont parlé ?
Qui, Chiera, Daniela considèrera-t-elle comme sa vraie mère, son vrai père ?

On préfère ne pas se sentir concerné par cette histoire compliquée…
Et pourtant…
N'avons-nous pas, nous aussi, une double identité ? Le "vieil homme" et "l'homme nouveau" ? L'homme "selon la chair" et l'homme "intérieur" ?
Dans la foi, ne devons-nous pas, nous aussi, nous considérer comme membres de deux familles : notre famille "terrestre" et notre famille "universelle, invisible" ?
N'avons-nous pas, nous aussi, deux pères : notre père terrestre et notre Père céleste ?
Ne sommes-nous pas appelés à changer de famille ? Mais, à l'inverse de Chiara et de Daniela, à dépasser les liens du sang pour nous tourner vers le Père qui nous a nommés, aimés et adoptés comme ses enfants ?

C'est ce que dit Paul à ces fichus Corinthiens. Qui n'en font qu'à leur tête, et qui surtout ont leurs têtes. Qui n'aiment pas Paul et lui préfèrent celle du premier beau parleur venu.
Les Corinthiens n'ont guère d'estime pour Paul : pas assez de diplômes… pas assez d'éloquence… pas assez de ceci et trop de cela… Paul ne plaît pas.
Pauvre Paul, contraint de défendre son ministère et de plaider sa cause…
Alors, il frappe un grand coup ! Ce sont eux, les Corinthiens, qui sont démodés. Le monde ancien est passé, une réalité nouvelle est là.
Plus encore qu'une réconciliation, Dieu les a "échangés" (c'est le véritable sens du verbe que Paul utilise). Dieu a désiré que son Fils devienne homme pour que l'homme devienne fils. Il a réalisé une véritable permutation, une substitution…
Oui, c'est cela le miracle de la réconciliation.
Nous étions perdus, notre incrédulité, notre injustice, notre orgueil, notre égoïsme avaient fait de nous des orphelins. A nous qui étions des ennemis et des enfants de la mort, Jésus-Christ, sur la croix, a transmis son droit de fils.
A cause de Jésus et en son nom, nous avons été adoptés par le Père.
"Vous êtes tous fils et filles de Dieu par la foi en Jésus-Christ".
Ce qui était impossible et devenu possible : Jésus a partagé avec nous son héritage. "Tout ce que Dieu était pour lui, il a voulu qu'il le soit aussi pour nous, et tout ce qu'il était pour Dieu, ce Fils unique et bien-aimé, il nous l'a donné". (Albert de Pury, in : Notre Père).
Jésus a fait sien mon péché pour faire mienne sa justice, écrit Luther…

Parce que Jésus-Christ a ouvert la porte de la maison paternelle, je ne suis pas seul(e) devant le Père, mais avec tous mes frères et mes sœurs.
C'est pourquoi je ne peux plus juger les autres à l'aune des valeurs humaines. Terminé. Ce monde-là a disparu.
Peu importe désormais mes réussites ou mes échecs, mon éloquence ou mon bégaiement, mes diplômes ou mon chômage, peu importe tout cela : je suis fils ou fille bien-aimé(e) du Père. Je ne peux plus regarder les autres en dehors de cette filiation divine.
Cela seul compte. Cela seul doit être annoncé, proclamé, partagé.
Mais comment cela se peut-il ?
Nous sommes encore dans le monde.
Nous devons produire des curriculum vitae lorsque nous cherchons du travail.
Un pasteur qui se présente dans une paroisse est bien obligé de dire qu'il sait prêcher, catéchiser, baptiser, écouter… et même faire des oreillettes !… Il ne peut pas se contenter de dire "Je suis fils du Père, comme vous, cela doit donc vous suffire !".
Oui, hélas, nous gardons au plus profond de nous-même ce regard qui juge, jauge, catégorise et classe.
Nous ne pouvons pas balayer d'un seul coup tout ce qui fait l'injustice, la lourdeur de notre humaine condition, tout ce qui marque nos différences, tout ce qui montre nos appartenances sociales, familiales, etc… alors même que, en Christ et dans la foi, les différences sont devenues indifférentes…
Oui, nous conservons encore cette double identité, et notre "trésor", c'est dans des vases d'argile que nous le portons.
Mais nous savons que notre "échange", notre substitution avec Christ est unique et définitive, et que notre vie entière part désormais de là.
Car c'est de Dieu que tout vient.

Un dessin d'Henri Lindegaard représente le Christ à son Ascension.
Jésus ne s'élève pas dans les cieux, il grandit immensément, incliné vers nous qui sommes encore dans l'ombre, et gravissant simultanément la marche qui le mène dans la lumière.
Ne lâchons pas la main qu'il tend vers nous, car il nous prend avec lui.

Amen.



Autres lectures : Josué 5/10-12
Luc 15/1-3 & 11-32




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