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1 Timothée 6 v 11-16 Michel Caumont



Texte : 1 Timothée 6/11-16
Genre : Prédication
Auteur : Michel CAUMONT
Source : Méditation radiodiffusée. FPF, 25.09.1977.



"Combats le bon combat de la foi ; saisis la vie éternelle
à laquelle tu as été appelé et pour laquelle tu as fait
une belle confession en présence d'un grand nombre de témoins"
(1 Timothée 6/12)

Mes frères,

En lisant cette parole, je la vois écrite sur un certain nombre de cartons enluminés de fleurs ou pyrogravée sur bois et suspendue au-dessus d'un lit ou dans l'entrée de bon nombre de maisons à la campagne. C'est là, pour beaucoup, un souvenir du passé, souvenir de la première communion où nous avions fait une belle confession de notre foi (d'autres disent "profession de foi") en présence d'un grand nombre de témoins.

Mais, disons-le bien vite, si ce texte n’était que cela, un texte souvenir, il ne serait plus qu'un texte fossile, soulevant une émotion du même ordre que les souvenirs que nous pouvons évoquer sans qu'ils conditionnent pour autant notre vie présente. Or, c'est là une parole de Dieu, donc vivante et non fossilisée, une parole qui m'atteint aujourd'hui, moi qui la lis et vous qui l'entendez.

Il est possible que l'apôtre Paul fasse ici allusion au baptême de Timothée et à la confession de foi qu'il prononça ce jour-là. Mais il est aussi possible qu'il fasse allusion — et le parallélisme avec la confession de foi de Jésus devant Pilate pourrait l'indiquer — à une confession de la foi faite par Timothée devant les autorités de son temps en une période de trouble, voire de persécution. Mais, de toute façon, c'est un rappel qui engage son présent, qui l'affermit dans sa décision de vivre maintenant entre ce jour de la confrontation devant Pilate, c'est-à-dire le Vendredi Saint, et le jour de l'apparition de notre Seigneur Jésus-Christ qui manifestera le seul souverain.

N'est-ce pas là, pour nous aussi, toujours la même situation ? Nous vivons ici-bas entre ce passé, le Vendredi Saint où tout nous a été donné, et ce futur, l'apparition souveraine de Jésus-Christ, où l'objet de notre foi nous sera confirmé. C'est dans ce temps-ci, dans ce temps présent qu'il m'appartient de saisir la vie éternelle ou, selon une autre traduction, de m'en emparer. Qu'est-ce que cela signifie ?

La traduction œcuménique de la Bible nous dit : "Le terme grec traduit, faute de mieux, par « éternelle » ne précise pas tellement la durée (indéfinie) de cette vie, mais plutôt sa qualité profonde : il désigne une vie différente de la vie ordinaire, plus précisément la vie qui a cours dans le monde de Dieu, la vie de Dieu lui-même et du Christ. Cette vie peut devenir celle de l'homme".

Oui, c'est une parole fort ancienne, mais cependant combien actuelle.

Que voyons-nous autour de nous ? Des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes qui aspirent à vivre, qui veulent vivre pleinement, qui veulent vivre leur vie, comme ils disent.

Que voyons-nous, sinon une génération cherchant éperdument une qualité nouvelle à la vie ?

Que voyons-nous, sinon des hommes et des femmes à la recherche d'une société nouvelle, plus humaine, plus juste, plus vivable pour chacun ? Nous appartenons tous à ces groupes, mais quelle est notre originalité, à nous chrétiens dispersés dans ce monde comme le levain dans la pâte ?

Nous parlons d'un Jésus-Christ, nous nous réclamons de lui mais, dans la réalité des faits, savons-nous nous emparer de ce qu'il nous a donné : la vie éternelle ? Dans le concret de notre existence, cela signifie qu'il nous appartient de savoir qui nous mettons en premier : Jésus-Christ et cette vie transformée ou bien simplement la recherche technique ou économique ou politique permettant de transformer nos existences ? Il s'agit d'un choix qui n'est pas si facile qu'on voudrait bien le dire. Il s'agit de ce combat dont parle l'apôtre : "Combats le bon combat de la foi".

Il est tellement plus facile de penser que, par des lois, des changements de structures, on pourra changer la vie. Il est plus difficile de remonter à la source de toute chose et de considérer notre vie non pas seulement en fonction du bien-être et du confort que je peux en espérer pendant 70 ans et que la société doit me donner, mais surtout en fonction du sens profond de ces 70 ans vécus au milieu de mes semblables et comme témoin, comme reflet de l'amour de Jésus-Christ pour tous, sans distinction. Il ne s'agit pas seulement de distribution ou de redistribution des biens et des richesses, comme on distribue et redistribue sans cesse les cartes pour une belote ou un bridge, mais d'avoir compris que, comme l'écrit ailleurs l'apôtre Paul, "quand bien même je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres et quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien"... et ne sert à rien.

Nous vivons dans cette société dite de consommation, et nous en vivons les conflits, les révoltes, comme nous voyons les aspirations d'un certain nombre se demandant, semble-t-il, comme le Psalmiste : "D'où me viendra le secours ?" et se le demandant vainement, n'attendant la réponse que d'eux-mêmes.

Oui, nous vivons dans cette société, n'ayant pas quelque chose de plus que les autres, mais connaissant Jésus-Christ qui, pour nous, a déjà combattu le bon combat. Il nous exhorte à vivre dans notre aujourd'hui une vie d'une qualité nouvelle en gardant son double commandement d'amour pour Dieu et pour le prochain, l'un permettant l'autre et lui donnant sa réalité et sa profondeur.

Il faut le dire et le redire : cela n'est pas plus facile pour nous que ce ne l'était pour Timothée. On comprend l'insistance de l'apôtre, ses recommandations pressantes, son exhortation à garder le commandement intact et sans compromission... même si cela doit l'entraîner et nous entraîner à une affirmation publique de notre foi devant ceux qui ne peuvent ou ne veulent l'accepter.

Non, cela n'est pas facile, mais nous ne pouvons oublier que nous sommes toujours derrière celui qui a fait une belle confession de foi devant Pilate, derrière celui qui, au prix de sa vie, a su affirmer que l'amour était premier, même s'il devait en mourir. La qualité de la vie, pour lui, a dû emprunter ce chemin afin qu'elle puisse renaître et revivre dans le cœur et l'action de tous ceux qui la souhaitent vraiment.

Oui, c'est un combat de tous les jours, mais un bon combat, un combat que reprend chaque génération dans les circonstances qui sont les siennes.

Chrétien, ce matin, tu peux regarder d'un œil nouveau ce texte sur carton ou sur bois suspendu au-dessus de ton lit. Il s'adresse à toi personnellement comme à chacun de nous qui l'avons entendu. Il exige de nous une décision nouvelle : engage-toi ou réengage-toi pour ce bon combat ; empare-toi de cette vie nouvelle et, avec amour, fais-la partager à ceux qui t'entourent.


Autre lecture : Luc 16/19-31



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