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1 Timothée 2 v 1-8 Franck Michaeli



Texte : 1 Timothée 2/1-8
Genre : Prédication
Auteur : Franck MICHAELI
Source : Méditation radiodiffusée. FPF, 30.04.1972.



Il nous a été demandé, à l'occasion de ce culte du dimanche 30 avril, de nous associer à la Journée Nationale de la Déportation qui est célébrée aujourd'hui en France, et de le faire par notre intercession pour tous ceux qui ont été douloureusement marqués, et qui le sont toujours, dans leur chair et dans leurs affections, par les traces et les souvenirs de la guerre de 1939-1945. Nous le faisons donc dans un esprit de solidarité et de communion fraternelle avec tous ceux qui souffrent, comme nous y invitent d'ailleurs nos textes liturgiques sous forme de prières d'intercession sur des sujets particuliers : pauvres, malades, prisonniers, victimes de la guerre, et encore : notre pays, nos autorités, puis nos Eglises ici et partout dans le monde.

En disant cela, nous voudrions aborder ce sujet si difficile et pourtant si important dans la vie de l'Eglise et de chaque chrétien : que signifie la prière d'intercession ? Que veut dire : prier pour les autres ? L'Eglise sait-elle encore intercéder pour le monde ? Et nous-mêmes, donnons-nous encore réellement une place, dans notre existence, à la prière en général, et à la prière pour les autres, en particulier ? Bref, prenons-nous encore au sérieux la recommandation de l'apôtre : "J’exhorte, avant toutes choses, à faire des prières pour tous les hommes...".

Nous savons toutes les objections que l'on peut formuler en face de ce problème, et nous ne pouvons exprimer ici que quelques réflexions, mais nous espérons que chacun de ceux qui écoutent en cet instant même, pourra prolonger ces réflexions dans sa méditation personnelle.

"Prier pour les autres ?, diront certains. Dieu sait mieux que nous ce qu'il veut faire. Pourquoi le lui dire, et surtout pourquoi croire que Dieu changera d'avis si nous le lui demandons ? S'il répondait à toutes les prières de ses fidèles, pour eux et pour les autres, où irait le monde, puisque ces prières sont bien souvent orientées par nos désirs, nos vœux personnels, nos intérêts parfois insensés ? Cessons de nous faire illusion et de croire que nous pourrions influencer la volonté de Dieu à notre gré !".

Cette objection est grave ; pourtant, elle ne tient pas compte de ce que nous apprend toute l’histoire biblique. Dieu n'est pas le dictateur qui impose ses caprices à son peuple ; il est le Père qui aime les hommes comme ses enfants et qui demande que ses enfants l’aiment et prennent part à son oeuvre. Alors le dialogue s'engage, l'écoute réciproque dans une relation de confiance mutuelle et de participation à l'œuvre commune.

Un père sait bien ce qu'il convient de donner à ses enfants, mais ses enfants ne sont pas des robots ou des marionnettes, et le père attend que ses enfants lui parlent, qu'ils lui demandent ce dont ils ont besoin, qu'ils se rendent compte de ce que leur père fait pour eux, qu'ils parlent les uns en faveur des autres. Bien sûr, le père ne pourra pas toujours donner satisfaction à toutes ces demandes parfois irréelles ou égoïstes, mais la communion vivante sera établie, et c'est cela qui donnera le sens de leur existence ensemble. Notre prière d'intercession est donc le signe de cette collaboration entre Dieu et nous, et de cette communion dans l'amour qu'il a pour nous et qu'il nous demande d'avoir pour lui.

"Mais, diront d'autres, prier pour les autres, c'est le refuge des inactifs et des incapables". « Je ne peux rien faire pour toi, mais je prie pour toi ! ». C'est une sorte d'alibi, à la portée de tous, lorsqu'on ne veut pas vraiment s'engager au service des autres et agir pour eux. Et pour l’Eglise, mieux vaudrait qu'elle s'engage réellement dans le combat de la société pour plus de justice que de formuler, du bout des lèvres, quelques prières liturgiques d'intercession pour cette société et pour le monde entier".

Là encore, cette objection ne peut être formulée que si l'on n'a pas compris le sens et la signification de la prière d'intercession car, pour l'Eglise et pour les chrétiens, le véritable engagement dans l'action commence par la prière. Le pasteur Wilfred Monod disait un jour : "Le plus court chemin entre l'homme et son prochain passe par Dieu". A notre époque où l'on parle si souvent de la difficulté de communication entre les hommes, voilà un "plus court chemin" qu'on laisse habituellement de côté et qui, pourtant, permettrait de supprimer bien des obstacles sur la route dans la direction du prochain. Imagine-t-on qu'on puisse prier pour quelqu’un qui souffre, ou pour la victime d'une injustice quelconque ou pour quelqu'un chargé d'une lourde responsabilité, et qu'on puisse ensuite rester les bras croisés et l’esprit en repos, comme si l'on avait dit à Dieu : « Occupe-toi d'eux ; moi, je n'ai rien à faire pour eux ! ».

Le premier résultat de la prière d'intercession se manifeste d'abord chez celui qui prie : par son intercession pour l'autre, il découvre ce qu’il doit faire pour cet autre. Bien plus, le chemin se dégage, les obstacles s'abaissent, la lumière éclaire la route et la communication s'établit. Nous sommes engagés dans l'action, et Dieu nous montre ce que nous avons à faire tout en nous donnant la force de le faire. Alibi des paresseux ? Non. La prière d'intercession nous jette en plein cœur de l'action.

Elle va même beaucoup plus loin encore. Chacun connaît l'extraordinaire parole de l'Evangile : "Aimez vos ennemis… Priez pour ceux qui vous persécutent…" (Matthieu 5/44). Impossible de comprendre la première parole : Aimez vos ennemis, si l'on oublie la seconde : Priez pour eux, car c'est lorsqu'on aura su prier pour ceux qui sont nos ennemis, que nous serons engagés sur le chemin qui permettra de les aimer.

Un autre aspect de la question apparaît dans les mots de notre texte : J’exhorte à prier pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, ou mieux : qui détiennent l’autorité (traduction "Bonnes nouvelles aujourd'hui"). C’est tout le problème des relations entre l'Eglise et les pouvoirs de l'Etat ou de la Société où elle vit, problème très actuel dans nos Eglises aujourd'hui. Ainsi, la Bible nous exhorte à prier pour ceux qui détiennent les pouvoirs, ce qui ne manque pas de soulever, ici encore, des objections sérieuses. On dira par exemple que la prière d'intercession pour les autorités nous oblige moralement à nous soumettre à ces autorités, à accepter toutes leurs décisions, et à inviter l’Eglise à une attitude purement spirituelle sans se plonger dans le combat quotidien de l'existence des hommes d'aujourd'hui.

Ou encore, on dira que notre intercession est incompatible avec une attitude critique à l'égard de ces autorités, et que la mission de l’Eglise dans le monde doit être d'exercer cette critique permanente envers ceux qui manient les leviers de commande dans la société.

Mais n'est-ce pas encore une manière inexacte de comprendre ce qu'est la prière d'intercession ? C'est précisément parce qu'elle saura prier pour les autorités, dans l'intérêt de tous, que l'Eglise conservera sa pleine liberté de jugement et qu'elle pourra contribuer beaucoup mieux au bien de la société qu'en adoptant une attitude purement critique et négative. Il est regrettable que dans l'étude des rapports entre l'Eglise et les pouvoirs, on oublie si facilement cet aspect du problème :
La prière d'intercession de l'Eglise pour les pouvoirs, quels qu'ils soient.

Mais la parole de l’apôtre résume très bien la question :

J’exhorte à prier… pour tous les hommes, et la suite du passage explique : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, car il y a un seul Dieu et un seul médiateur, Jésus-Christ.

La prière d'intercession est donc une participation à l'œuvre de salut en faveur de tous les hommes, par l'intermédiaire ou la médiation de Jésus-Christ. Quelle responsabilité et quel honneur pour nous tous, pauvres hommes fragiles, misérables et passagers : participer au salut de tous par Jésus-Christ !

Or, nous le savons, la médiation du Christ est un combat, une lutte, qui passe par la souffrance et la mort de la croix, avant de connaître la gloire de la résurrection. Prier pour les autres, pour tous les autres, c'est accepter cette lutte et cette passion ; c'est accepter la persévérance d'Abraham intercédant pour Sodome et Gomorrhe ; c'est accepter de mourir à soi-même pour rester en communion avec le Christ qui, sur la croix, a prié pour ses adversaires : ''Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font".

Amen.



Autre lecture : Genèse 18/22-32

Cantiques :
* Psaume 89/1 & 2 Je louerai ton amour
* LP 213/1 à 3 = ARC 261 Gloire à ton nom




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