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1 Timothée 1 v 12-17 Jean Mertens



Textes : Ezéchiel 18/1-4 & 21-24 ; Luc 15/1-7 ; 1 Timothée 1/12-17
Genre : Prédication
Auteur : Jean MERTENS



Le message de la réconciliation

Le mot d'ordre : Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19/10).

A première lecture, le texte d'Ezéchiel paraît quelque peu abrupt. Il y est question de péché, de la faute des pères qui retombe sur les enfants, de justice, mais aussi de punition divine. Bien sûr, le prophète évoque tout cela pour inviter le pécheur à un changement qui doit le conduire vers la vie, grâce à Dieu.

Peut-être supportons-nous mal ce genre de prédication, discours moralisant destiné à nous culpabiliser, comme la leçon faite à des enfants par un maître ou des parents, pour leur faire peur et les inciter à être très obéissants et très sages. Un discours qui serait comme un instrument de pouvoir.

Le thème de ce dimanche est donc le message de la réconciliation. C'est un thème qui est au centre de la pensée de l'apôtre Paul. Il affirme que Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ et qu'il nous a confié le ministère de la réconciliation. « Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même en n'imputant point aux hommes leurs offenses et il a mis en nous la parole de la réconciliation » (2 Corinthiens 5/19-20).

Le mot grec qui désigne la réconciliation vient du verbe allassô, qui signifie rendre autre (allos), changer, échanger, se changer à l'égard de quelqu'un, faire cesser une inimitié, ramener la paix.

La première lecture : Luc 15/1-10, la parabole de la brebis perdue et retrouvée, est un texte bien connu. Pour bien en saisir la signification, il faut reprendre l'introduction qui explique en quelles circonstances, Jésus a raconté cette parabole. Les publicains et les gens de mauvaise vie venaient vers Jésus pour le rencontrer. Les pharisiens et les scribes trouvent à redire, car Jésus accueille ces gens peu convenables. Il mange avec eux. Les publicains sont des Juifs qui, pour s'enrichir, acceptent de pactiser avec l'occupant romain, de travailler pour lui, afin de percevoir l'impôt par exemple. Souvent ils trichent et prélèvent plus qu'ils ne doivent.

Les pharisiens, au contraire, sont des gens pieux qui obéissent à la Loi de Moïse. Ils suivent les observances alimentaires et rituelles. Ils ne mangent pas avec des gens impurs de peur d'être contaminés. Ils reprochent à Jésus de le faire et de s'exclure ainsi de leur société. Et Jésus leur raconte l'histoire de la brebis perdue pour essayer de leur faire saisir le projet de Dieu qui est de ramener à lui ceux qui s'étaient égarés et qui sont perdus. Ils avaient voulu suivre leur propre voie. Dieu part à leur recherche jusqu'à ce qu'il les trouve. Il n'abandonne personne à son triste sort.

Les pharisiens, eux, ne croient pas au salut de ceux qui se sont mis hors la Loi. Lorsque Jésus accueille ces hors la loi, il nous montre un Dieu différent de celui qu'imaginent les pharisiens, ces honnêtes gens. Un Dieu qui accueille les déviants, les pécheurs. Il s'agit non seulement d'un accueil passif, mais d'une recherche active. Ainsi que l'affirme le mot d'ordre du dimanche : Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. L'attitude de Jésus est la vivante démonstration d'un Dieu qui accueille, qui pardonne et qui réhabilite celui qui s'était perdu et peut ainsi vivre d'une nouvelle manière. C'est cela la réconciliation. Mais, dans la parabole du Fils prodigue, exemple des pécheurs, des gens de mauvaise vie, l'attitude du fils aîné pose également problème. Il symbolise l'attitude des pharisiens. Par sa raideur et par son jugement, il est à la fois loin du Père et de son frère, loin du monde de la grâce qui est le monde de Dieu.

En relisant le texte de l'épître d'aujourd'hui, on s'aperçoit que Saul de Tarse, qui deviendra l'apôtre Paul, a bien saisi l'un des centres de la personne, de l'enseignement, de l'attitude de Jésus. Paul était un de ces pharisiens bien-pensants, à la morale convenable. Et cela l'a conduit à être un homme violent, persécuteur comme il le dit lui-même. Sa rencontre avec le Christ vivant, lui fait découvrir la grâce de Dieu, l'accueil, le pardon. Il vivra d'abord personnellement, intérieurement ce qu'il annoncera ensuite tout au long de son ministère. Il a obtenu miséricorde, la grâce de Dieu a surabondé avecc la foi et la charité qui es en Jésus-Christ. « C'est une parole certaine et entièrement digne d'être reçue que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier ». Il est donc réconcilié avec Dieu et avec les hommes. Il devient messager de cette réconciliation, porteur du pardon et de la paix.

Et nous en arrivons au texte proposé pour la méditation, qui prend, au travers de tout ce qui a été dit jusqu'à présent, un certain relief. L'on peut constater que la pensée des prophètes est souvent reprise dans le Nouveau Testament. C'est un texte qui a été prononcé au début du 6° siècle avant Jésus-Christ, lors de la première déportation à Babylone. La déportation est un moment difficile et très douloureux dans la vie du peuple d'Israël. Des questions surgissent : mais pourquoi est-ce que tout cela arrive, qu'avons-nous fait ? C'est comme lors des guerres et des élections : les perdants se demandent toujours pourquoi ils ont été battus ? Et certains se posent la question de la responsabilité, de la culpabilité, du péché. La loi n'a pas été respectée, le peuple a suivi des idoles, ses chefs n'ont cherché que le pouvoir personnel et l'enrichissement, les plus petits ont beaucoup souffert, la veuve et l'orphelin n'ont pas été secourus. Ce sont des observations qui reviennent souvent dans la prédication prophétique.

En sautant les siècles, nous avons entendu parler de la France d'en-haut et de la France d'en-bas. Mais que dire de la situation internationale et des disparités qui existent de par le monde ? Cela est source de difficultés, de contradictions et de catastrophes. Le passage d'Ezéchiel évoque aussi les fautes des parents qui retombent sur les enfants. Ainsi en est-il dans le cours de l'histoire. Mais le prophète annonce des temps différents, des temps nouveaux. Il redit avec force que Dieu ne désire pas la mort du pécheur, mais qu'il change au niveau de sa manière d'être, de penser et d'agir et qu'ainsi, il se tourne résolument vers la vie. Que chacun rentre en lui-même et accepte de se laisser transformer par Dieu. Ce serait cela la réconciliation : devenir autre, emprunter le chemin de la vie, de la foi, de la fraternité, de la charité et de la paix. Dieu est inlassablement celui qui nous replace dans cette perspective.




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