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1 Samuel 16/1 + 6-7 + 10-13 Alphonse Maillot



Texte : 1 Samuel 16/1 + 6-7 + 10-13
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 39-41).



4° dimanche du Carême

1 Samuel 16/1 + 6-7 + 10-13

Quoi que semblent en dire bien d'autres textes (Romains 9/1-5 par exemple), il arrive que Dieu revienne (en tout cas à nos points de vue) sur ses choix (1 Samuel 15/10). Saül en est un brillant exemple. D'ailleurs, il embarrasse tout le monde : exégètes, chrétiens, comme déjà il embarrassait les vieux scribes troublés en particulier par l'anomalie du règne éphémère de Saül et du sort tragique de sa dynastie ; les textes ne sont pas toujours d'une parfaite clarté ni d'une traduction évidente. Saül est un "sacré" (!) grain de sable, et même un pavé dans les rouages de l'histoire sainte. Cependant, n'oublions pas qu'il est là à cause d'une demande "exclusive" du peuple (1 Samuel 8/6) comprise par le Seigneur comme un rejet et une exclusion de sa propre royauté (8/7) ; le Seigneur lui cède, mais en le faisant avertir par Samuel dans un discours sublime (1 Samuel 8/11-18). Le peuple s'entête, et on peut considérer que, même si Dieu y collabore (9/15 et 10/1), le sacre de Saül est plus dû au désir des hommes qu'à la volonté de Dieu. Si pendant un moment (1 Samuel 11-14), Saül va être (avec quelques détours parfois) le vecteur du plan divin (cf. le respect de David : 1 Samuel 24/11 et 26/9), il n'en reste pas moins une parenthèse montrant qu'une royauté née surtout des désirs des Israélites (d'être "comme tout le monde" : 1 Samuel 8/5), ne pouvait qu'échouer pour confirmer le plan divin voulant nommer David comme roi. Le péché du peuple (cf. le péché d'Adam) a aussi consisté dans une grande impatience. C'est aussi un conformisme et une sorte de... snobisme !

Et Saül, qui va d'ailleurs maintes fois s'écarter d'une vraie obéissance (13/9ss ; 15/9ss), est rejeté (15/23 & 26), ce qui nous vaut la scène dramatique de 15/27ss.

En ce chapitre 16, le Seigneur, en quelque sorte, recommence tout, mais il entend être désormais la seule origine de cette royauté (16/1, où la traduction du Lectionnaire catholique "j'y ai découvert", est fantaisiste, c'est bien : "j'y ai vu" — sous-entendu avec plaisir). On notera au v. 3 que l'onction royale s'accompagne d'un sacrifice, ainsi que le fait que Samuel n'est que l'instrument du plan divin. Mais pas instrument mécanique, car il se laisse impressionner par la stature et l'allure d'Eliav, puis des autres frères. Et c'est alors que le Seigneur avertit : "Non ! Celui-là, je l'écarté, et toi ne te laisse pas illusionner par ce que tu en vois (son apparence) ni par la taille. Ce n'est que ce que voit l'homme — car l'homme (ne) voit (qu') à l'aide des yeux (ce qui saute aux yeux, TOB) — mais le Seigneur, lui, voit jusqu'au cœur". La phrase alambiquée est pourtant claire : Dieu ne se laisse pas (comme, hélas, les hommes) piéger par la vue. Mais il regarde l'homme à fond. Ne pas oublier que le cœur n'est pas, en Israël, le siège des bonnes intentions, mais de l'intelligence, du courage et de la volonté. Même si 15/28 fait allusion à un personnage meilleur que Saül (probablement au sens de "plus compétent"), il ne faut pas songer surtout à des qualités morales (et d'ailleurs David sera parfois un beau coquin : 2 Samuel 11ss).

Au v. 12, les exégètes hésitent à "faire" de David soit un homme roux, soit un homme à la peau claire, avec de beaux yeux (ou une belle mine). De là, la tradition toujours reprise qui a voulu faire du Christ (descendant de David) un roux aux yeux bleus ! Cela n'a aucune importance. Ce qui est plus à relever, c'est qu'avec l'onction de Samuel, l'Esprit du Seigneur "fondit" sur David (traduction de la TOB du v. 13). Il y a probablement un jeu de mots avec le verbe qui signifie aussi "réussir" ; jeu de mots qu'on peut suggérer avec "fondre" et "fonder".

En tout cas, si l'Esprit du Seigneur (1 Samuel 10/6 & 10s) visitait parfois Saül (entre deux visites d'un esprit malin, mais venu aussi du Seigneur : 1 Samuel 18/10 ; 19/9…), il semble ici s'attacher de manière plus assurée à David (le texte dit : ...depuis ce jour et au-delà). Ce qui ne garantit pas cependant une indéfectible fidélité de la part de David.