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Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte 1 Samuel 16/1-13 David Mitrani
Texte : 1 Samuel 16/1-13
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication. Châteauneuf & Jarnac, 14.03.1999. Vous rappelez-vous, lorsque vous étiez à l'école biblique ? A moins que ce ne soit lorsque vous fûtes monitrices ? "Je suis petit, mais que m'importe…", chantiez-vous sans doute dans l'ancien cantique des Ecoles du Dimanche (n° 110). Et si ce chant ne parlait pas de David, il évoquait en tout cas l'agneau que vous étiez - et, rassurez-vous, que vous êtes toujours - sous la houlette du bon berger, Jésus-Christ, notre Seigneur. Et ces images-là sont bien proches de David gardant son troupeau, lui aussi bien petit, trop petit pour venir au sacrifice, pour participer aux choses sérieuses, mais bien assez grand pour faire le travail des autres… Mais aujourd'hui, plutôt que de parler de David dans ce récit de son onction par Samuel, je vous invite à regarder le Voyant, Samuel lui-même. Quand je dis "le Voyant", c'est ici presque par dérision, bien qu'il soit souvent appelé ainsi dans le livre biblique qui porte son nom. Car précisément, ici, il ne voit pas grand-chose… Lui, ce n'est sans doute pas par naissance qu'il est aveugle. Au contraire, à la différence de l'homme que Jésus guérira (Jean 9), il a bel et bien été clairvoyant jusqu'à maintenant, même si, comme tous les prophètes, il avait ses propres idées et a dû accepter bien souvent d'en changer pour prendre celles de Dieu ! Mais maintenant Samuel est vieux. Et sans doute regarde-t-il sa vie comme un relatif échec. Quand il était jeune, vous vous rappelez, il servait l'Eternel à Silo, devant l'Arche, puis celle-ci avait été prise par les Philistins, et détruit l'ancien culte et son clergé. Puis il avait défendu en vain devant Israël les droits de Dieu à régner sur son peuple. Il avait alors dû oindre Saül comme roi, suivant le choix de Dieu. Et maintenant Saül a abandonné Dieu, et Dieu Saül. En fait, toute sa vie fut une vie d'obéissance à Dieu, une vie au service du peuple de Dieu. Et toute sa vie fut marquée par l'échec : le sien, bien sûr, puisqu'il fut mené où il ne voulait pas et par Dieu et par Israël ; mais aussi l'échec de Dieu à se faire entendre et obéir. Vous savez, quand on est jeune, on ne se rend pas compte ! On croit toujours qu'on va changer le monde. On croit que les bons seront récompensés et les méchants punis. C'est normal, c'est la morale reçue des parents, depuis la nuit des temps. Devenu adulte, on la garde, on l'espère - et, si l'on est méchant, on la redoute. Quand on est jeune, on est plein de dynamisme, de zèle, pour le bien, pour le mettre en pratique, pour le défendre. Et si le jeune est croyant, alors il met le nom de son Dieu sur ce bien. Et puis, et puis la vie se vit, et avec elle meurent beaucoup de choses, beaucoup de gens qui n'auraient pas dû mourir, et beaucoup d'illusions, et beaucoup de convictions. Le bien est rarement victorieux : ça, on l'apprend assez vite, mais on ne s'y fait jamais ! On ne s'y fait jamais, mais il faut bien s'y habituer quand même… et ça fait mal. Dans la vie concrète des individus et des peuples, c'est le mal qui domine, l'égoïsme, la force brute. Et si vous arrivez quelque temps à ce qu'il n'en soit pas ainsi, si vous "chassez le naturel, il revient au galop", comme on dit. Notre siècle en a, hélas, fait maintes fois l'expérience, et la vie de plusieurs d'entre nous sans doute aussi. Mais si, pour vous, Dieu est lié au bien - et certes, il l'est ! -, alors la défaite du bien est celle de Dieu, comme sans doute pour Samuel la défaite de Saül est celle du Dieu qui lui avait demandé d'oindre ce roi-là. Samuel porte donc le deuil, comme nous, nous portons le deuil du bien qui aurait pu advenir, mais qui s'est perdu, le deuil du Dieu qui aurait pu gagner la partie, mais qui l'a perdue. Chacun de nous porte ses propres deuils, chaque famille, et notre Eglise aussi. Mais comme nous sommes Charentais, nous n'en parlerons pas, n'est-ce pas ?… La vie nous a rendu aveugles, parmi bien d'autres infirmités qui sont les nôtres de naissance ou d'accident ou même par notre faute. Nous sommes aveugles, et donc craintifs : nous avons peur de mourir, suprême et dernière défaite. Samuel a maintenant peur de Saül, peur de sortir, peur d'obéir à Dieu. Presque, on pourrait dire qu'il se cache. Pour que la vie ne l'atteigne plus. Mais ça, avec Dieu, ce n'est pas possible, ce n'est pas permis… Car Dieu, lui, n'a pas de ces états d'âme. Non pas qu'il soit insensible, toute la Bible montre le contraire ! Mais lui, "il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière", comme chantait le psalmiste (Psaume 103/14). C'est dire qu'il ne se fait pas d'illusion, et ce depuis toujours. Il ne se fait pas d'illusion, il n'est donc pas déçu, il n'est donc pas à terre, il peut donc continuer à se battre ! Dieu ne porte pas le deuil de nos défaites, comme pour en rester prisonnier. Il avance, et il nous fait avancer. A marche forcée, peut-être. Mais peut-être en avons-nous parfois besoin… Samuel va donc devoir y aller, quitte à avoir un prétexte totalement fallacieux et qui ne tromperait pas Saül s'il n'était enfermé en lui-même - mais Saül n'en sortira plus, il sera jusqu'à la fin sa propre prison, son propre tombeau. Dieu continue donc, Dieu recommence, Dieu veut un nouveau roi qui soit "pour lui", et c'est encore Samuel qui y va. A l'aveuglette, vraiment. Et c'est sa propre capacité de jugement, à lui, l'homme de Dieu, le Voyant, le prophète, le juge, oui, c'est sa capacité de jugement qui va être éprouvée et mise en défaut. Est-ce Dieu qui joue avec lui ? Est-ce la vie ? Le texte n'en dit rien. Tout ce qui lui est dit par Dieu, tout ce qui nous est dit pour nous-mêmes, c'est que, si "l'homme regarde à ce qui est pour les yeux, Dieu regarde à ce qui est pour le cœur". Dieu connaît la pensée, Dieu sait le fond, là où nous, nous admirons la forme. Le texte ne nous dit rien ainsi de David, qui n'est ni chétif ni malingre ni enfant, selon les autres versets qui parlent de lui ! Mais le texte nous parle bien de notre regard à nous, sur les autres certes, mais aussi sur la vie et sur nous-mêmes. Encore une fois, c'est là le sens de la longue réponse de Dieu à Job qui criait à l'abandon. Dieu n'abandonne pas, sous prétexte que moi, je ne le vois plus agir. Dieu n'est pas absent, sous prétexte que je ne sens pas sa présence. Dieu n'est pas inactif, sous prétexte que moi, je ne saisis pas la moindre de ses œuvres. Je ne suis pas, moi, mes yeux, mes sens, ma petite "comprenette", je ne suis pas le critère de l'action de Dieu pour moi ou pour le monde. Mon orgueil démesuré dût-il en souffrir, je ne suis pas la mesure de Dieu ! Samuel a dû attendre que Dieu lui fasse comprendre que "c'est celui-ci". Et il a oint David, dans le secret d'une cérémonie incompréhensible pour les spectateurs. C'était entre Dieu et David, et Samuel a été le moyen de cette rencontre et de cette onction. Le Voyant était juste là pour mettre en contact David et la vocation que Dieu lui adressait. Ce sera à David d'y répondre, de remplir cette onction de sa propre vie, avec l'aide de Dieu, cette aide que Saül avait rejetée. Comme lorsque l'aveugle de naissance témoignera de ce qu'il a vu, lui, l'aveugle : les Pharisiens seront alors confrontés à cette possibilité de devenir disciples… Ils la rejetteront et le mettront, lui, à la porte, mais c'est sans importance. Exit Samuel. La prochaine mention de lui sera brève, huit chapitres et demi plus loin (1 Samuel 25/1): "Samuel mourut", nous dira-t-on. Mais sa tâche aura été accomplie. Avec douleur. Avec beaucoup d'amertume souvent. Avec incompréhension. Souvent sans joie, donc. Mais tâche nécessaire et pourtant paradoxale : dire Dieu quand on ne le comprend pas, montrer Dieu quand on ne le voit pas, accomplir la volonté de Dieu quand on ne sait pas en quoi elle consiste. Le Voyant était aveugle, mais cela n'avait pas d'importance pour Dieu. Car notre vue, nos yeux, nos sens, notre intelligence, sont incapables de voir le vrai, le beau, le bon. Et pourtant, Dieu n'a pas envoyé un ange, qui aurait bien mieux fait l'affaire. Il a envoyé un homme. Dans cette histoire, Samuel, c'est nous, bien sûr. Mais croyez-vous qu'ici, c'est David qui soit l'image de Jésus-Christ ? Moi, je parierais bien que c'est aussi Samuel ! Ou bien l'aveugle de naissance. Parce que, lorsque Dieu vient dans le monde, il le fait par un homme infirme et abandonné, il le fait par un qui, à la fois, le connaît et ne le connaît pas, l'a vu et ne l'a pas vu. Sur la croix, l'homme criera "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Marc 15/34), et ainsi, tous sauront pour toujours que Dieu l'a justifié… Dans nos deuils et nos propres ténèbres, nous sommes porteurs de Christ, comme Samuel et tous les aveugles qui ont vu l'invisible, qui ont rencontré l'indicible et qui pourtant essayent d'en parler. Nous sommes des voyants, nous aussi, là où nous sommes défaits : nous avons vu la victoire du Dieu qui n'abandonnera jamais. A nous de la raconter… Amen. |
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