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1 Samuel 1 v 20 à 28 (Caspar Vissert' Hooft)Dimanche 28 décembre 2003 Pasteur Caspar Vissert' Hooft, Agen (47) Textes : 1 Samuel 1, v 20 à 28 1 Jean 3, v 1 & 2, 21 à 24 Luc 2, v 39 à 52 Prédication On s’occupe si peu de l’enfance de Jésus ! Notre passage d’aujourd’hui, onze versets dans l’Évangile de Luc, voilà la seule fois qu’on en parle. Un court épisode de cette enfance nous est présenté : trois, quatre jours, quand Jésus avait douze ans. C’est tout. A part cela on se borne à dire, à deux reprises, que Jésus « progressait en sagesse ». C’est tout. Cela veut dire quoi ? Qu’on ne s’intéressait à l’époque moins aux enfants qu’aujourd’hui ? Ou qu’on les laissait davantage tranquilles ? Il existe une façon de s’occuper des enfants, que les enfants éprouvent comme extrêmement pesante. C’est quand l’attention que nous leur portons devient excessive et quand par la suite nous oublions qu’ils ont chacun d’eux besoin d’avoir leur petit « jardin secret ». Il est sûrement bon de laisser les enfants par moments tranquilles, tout en étant toujours là pour eux. De les laisser « grandir en taille et en sagesse », tranquillement, sereinement… L’évangéliste Luc ne parle que très peu de la jeunesse de Jésus – et encore est-il parmi les auteurs des livres bibliques le seul à le faire ; mais quand il parle de lui, quelle perception fine de la psychologie de l’enfant ! L’enfant ne nous est-il pas montré en plein processus de croissance, à cet age difficile où son autonomie commence à s’affirmer ? Il ne fait pas ce que ces parents veulent et il fait ce à quoi ils ne s’attendent pas. La belle crise d’adolescence qui fait souffrir les parents ! Chaque parent ressentira ce que ressent Marie quand elle dit à son fils : « Mon enfant, pourquoi as-tu agis de la sorte avec nous ? » La belle crise d’adolescence, période de tourment pour l’enfant qui oscille entre la tendance à l’indépendance et la sécurité que comporte la soumission - « il leur fut soumis », il est dit à la fin du passage… Mais ce n’est pas ici que se situe la pointe du récit. La visée de l’évangéliste n’est pas de nous donner un traité psychologique de l’enfance. Le message de Luc est un message théologique, autrement dit un message qui nous dit quelque chose sur le rapport entre Dieu et nous, les hommes. Or, voilà ce qu’il veut nous dire à travers le court récit en question : d’abord que Jésus est plus sage que les sages de ce monde, et ensuite que cette sagesse dont Jésus fait montre - plus fort : qu’il incarne, est une sagesse radicalement nouvelle, puisque étant la sagesse de Dieu même. Oui, le jeune Jésus nous est présenté comme plus sage que les sages de ce monde. Et dans le monde dans lequel Jésus grandit n’étaient-ce pas les maîtres de la loi juifs qui étaient considérés comme les hommes les plus sages du monde ? Certes ! Et le voilà Jésus, jeune garçon, qui s’entretient avec eux, « au milieu d’eux » - comme il est dit. Apparemment il ne s’était pas assis à leurs pieds, comme cela convenait à un disciple qui avait encore beaucoup à apprendre de ses maîtres. Il se trouvait « au milieu d’eux », comme s’il était un des leurs. Il se montre comme leur égal, et cela sans qu’il ne soit passé par leur enseignement. Autrement dit, il est plus que leur égal, il leur est supérieur. Cette sagesse qui lui permet de s’entretenir si librement avec les sages d’Israël lui est inhérente - et n’est-elle pas courante, l’idée selon laquelle la personne à laquelle une certaine vertu soit inhérente soit supérieure à la personne qui n’accède à la même vertu qu’après un long dressage ? Il est clair que l’évangéliste a insisté sur cette sagesse extraordinaire du jeune Jésus parce qu’il était à son époque confronté à une polémique. Au sein du Judaïsme rabbinique il y en avait qui tentaient de ridiculiser l’Église naissante en mettant en avant l’humble origine de Jésus : Il n’a jamais fait partie du cercle officiel des doctes maîtres de la loi. Qui était-il, au fond ? Réponse de l’évangéliste : il était plus sage qu’eux, il n’avait même pas besoin de leur instruction… En effet, comme dans maint autre passage du Nouveau Testament, la trace d’une polémique entre le Judaïsme et l’Église semble ici transparaître. Du coup il s’agit pour nous de faire très attention au moment où nous nous appliquons à tirer du passage un message pour nous aujourd’hui. Que Jésus soit plus sage que les sages du monde – ici, plus précisément les maîtres de la loi juifs, nous le croyons. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous le soyons, bien que nous nous réclamions de lui. Non, car cette sagesse qu’incarne Jésus est une sagesse radicalement nouvelle – c’est ainsi que la présente l’évangéliste dans notre passage ; si radicalement nouvelle que confrontés à elle nous sommes le plus souvent comme les parents de Jésus, qui n’arrivaient pas à la comprendre, qui demeuraient perplexes. Si nous ne voulons pas nous identifier aux sages maîtres de la loi juifs, qu’au moins nous nous identifions aux pauvres parents de Jésus, à leur désarroi et à leur manque de compréhension. L’honnêteté l’exige. Et nous voilà comme tout-le-monde, les sages d’Israël inclus : la sagesse de Dieu qui devient simplement homme, nous n’y comprenons rien. « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » - Ne saviez-vous pas que mon vrai père, c’est Dieu ? Que Sa sagesse, c’est moi ? Eh bien, non. Non, nous croyons que la sagesse, ce sont des pensées qui suivent une logique de béton. Nous croyons que la sagesse, c’est le savoir-faire de l’opportuniste qui arrive à trouver les bonnes « combines » qui lui permettent de se procurer sa part du gâteau dans la jungle de notre économie. Nous croyons que la sagesse, c’est la fuite dans le néant de celui que le côté éphémère de notre monde dégoûte. Nous croyons que la sagesse, ce sont les belles idées de ceux qui rêvent d’un monde meilleur en lequel l’humanité trouve son harmonie – seulement il faut que d’autres agissent…. Nous croyons que la sagesse… est tout autre chose qu’un homme qui a simplement aimé, et qui n’a cessé d’aimer, et voilà. Il a aimé, il en est mort – sachant qu’il y a pire que mourir, c’est de ne plus aimer. Chers amis, voilà la sagesse - sagesse radicalement nouvelle ! Un homme qui aime : il est véritablement fils de Dieu. Que comprenons-nous à cette sagesse ? Rien – si peu… Et pourtant, voilà que notre passage comporte pour nous comme un réconfort. Il suffit de penser à l’endroit dans l’Évangile où notre passage se situe : presque au début. Autrement dit, nous avons encore quasiment tout l’Évangile devant nous. C’est comme s’il nous est permis de faire encore tout un chemin, afin que notre compréhension s’éclaire – oui, au fil des récits qui vont suivre. Alors, n’est-ce pas là effectivement pour nous comme un grand soulagement : oui, nous pouvons nous identifier aux pauvres parents de Jésus, qui étaient si perplexes quand Jésus tâchait de leur expliquer le mystère des mystères : « il me faut être chez mon Père » et quand par cette déclaration de sa filiation divine il leur confrontait à la sagesse radicalement nouvelle d’un Dieu d’amour qui devient homme. Nous le pouvons – mais le passage nous invite aussi à avoir cette attitude de la mère de Jésus, Marie, au sujet de qui il est dit « qu’elle gardait tous ces évènements dans son cœur ». Oui, gardons tout ce que nous entendons au travers l’Évangile que nous entamons dans nos cœurs - tous les récits, toutes les paroles et les paraboles, ainsi que les témoignages des uns et des autres auxquels la lecture de ces textes les inspire. Et comme à côté de Marie il y avait Jésus dont il est dit qu’il grandissait en sagesse (ici, c’est son côté humain qui à nouveau est accentué), ayons confiance : Dieu fera en sorte que petit-à-petit la sagesse que Jésus incarne grandisse en nous. Dans l’épître aux Éphésiens il est dit : « Mais confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, Christ » (Eph. 4, 15)… « La vérité qui est amour » – la sagesse qui est amour – Dieu qui en Jésus Christ devient un homme qui aime, et qui ne cesse d’aimer. Amen Notes bibliques Luc 2, 41 – 52 Ces notes se basent en grande partie sur le commentaire de l’Évangile de Luc de François Bovon (Genève 1991). 1 Analyse du texte Il est probable que derrière la rédaction de Luc il y a une tradition ancienne, qui s’articulait autour du 49, où Jésus exprime sa relation au Père. Cette tradition peut être classée dans le genre littéraire de l’anecdote. Ici l’anecdote avait comme fonction d’excuser l’humble origine de Jésus en soulignant sa relation privilégiée au Père céleste. Luc reprend « l’anecdote » en vue d’une double intention. D’abord, face aux reproches juifs au sujet de l’humble extraction de Jésus il va amplifier la référence au côté extraordinaire de Jésus, tout en la précisant, en ajoutant à la tradition le verset 47, dans lequel « l’intelligence » de Jésus est si fortement mise en avant. Ensuite, en plaçant « l’anecdote » directement avant le récit du baptême de Jésus, il fait fonctionner le passage comme conclusion à tout l’évangile de l’enfance. C’est aussi la raison pour laquelle il a encadré le passage par deux sommaires, dans lesquels en des termes semblables la jeunesse de Jésus est évoquée, avec toujours une forte insistance sur sa sagesse. 2 Au fil du texte (trad. TOB) V 42 : Jésus avait douze ans. Le rituel du « bar mitsva », pendant lequel un garçon juif de douze ans est déclaré « fils de la loi », n’est pas encore attesté à l’époque de Jésus. La référence aux douze ans de Jésus ne doit pas nous amener à conclure que selon Luc Jésus était devenu majeur. V 46 : Les parents trouvent Jésus « dans le Temple, assis au milieu des maîtres ». Il faut sans doute penser au « portique de Salomon », dans lequel Luc localisera plus tard l’enseignement des apôtres (Actes 3, 11). Notez que le roi Salomon avait été célèbre pour sa sagesse. Le premier débat de Jésus avec les maîtres d’Israël n’a pas eu lieu dans n’importe quelle localité, il fallait qu’il se déroule dans le fameux Temple de la ville sainte, à l’occasion de la fête de la Pâque ! Remarquez que Jésus n’est pas assis aux pieds des maîtres comme cela convient à un disciple, mais il est installé « au milieu » des maîtres, comme un des leurs. Il se montre comme leur égal sans pourtant qu’il ne soit passé par l’enseignement rabbinique. Ce qui veut dire qu’en réalité il n’est point leur égal, mais qu’il leur est supérieur. V 47 : Dans la Septante, le mot ici traduit par « intelligence » désigne souvent une justesse de vues nourrie par la foi. Ainsi le terme est quasi-synonyme de sagesse. V 48-49 : Dans ces deux versets Luc dépeint le vif contraste entre d’un côté l’intelligence/sagesse radicalement nouvelle de Jésus, et l’incompréhension des parents, et de l’autre côté entre le père terrestre (remarquez que le personnage est assez effacé ; c’est sa femme qui parle pour lui), et le Père céleste, à qui Jésus se déclare si étroitement lié («… mon Père… »). Vu sa tournure, la réponse de Jésus à ses parents se veut comme un reproche : « ne saviez-vous pas… ? » Est impliqué par là qu’ils auraient dû savoir. Leur manque d’intelligence/sagesse est ainsi mis en relief. « Il me faut être… ». Ce verbe « il faut » est fréquent chez Luc. Il exprime l’idée, chère à Luc, selon laquelle le parcours de Jésus s’inscrit dans une économie du salut. V 51 : Jésus continue à obéir au cinquième commandement. Marie demeure dans la même attitude que douze ans auparavant (voir v. 2, 19) 3 Commentaire Dans Luc 2, 41-52 deux thèmes s’entrecroisent. D’un côté est présenté la sagesse de Jésus, qui dépasse celle des maîtres juifs. De l’autre côté se trouve souligné le lien de filiation entre Dieu et Jésus. De la synthèse des deux thèmes résulte un message global : la sagesse de Jésus est une sagesse radicalement nouvelle, du fait qu’elle est le fruit d’une relation directe avec Dieu, et dépasse ainsi la sagesse « ancienne » qui est obéissance à la loi, transmise de maître à disciple à travers les générations. 4 Pistes pour la prédication 4.1 Le prédicateur invitera l’assemblée à laquelle il s’adresse à s’identifier aux parents de Jésus. L’assemblée saura vite sympathiser avec ces derniers dans l’inquiétude qui s’empare d’eux après la disparition de leur fils Jésus ainsi que dans leur perplexité quand ils entendent Jésus leur reprocher leur angoisse, fruit de leur manque de compréhension. En effet, comme eux nous n’avons compris que si peu ! Or voilà pour nous un réconfort : nous ne sommes ici qu’au début de l’Évangile. Nous avons encore tout l’Évangile devant nous pour apprendre à mieux saisir la sagesse radicalement nouvelle qui est venu dans le monde dans la personne de Jésus. Même si nous ne comprenons pas encore grand chose, soyons comme Marie qui « gardait tous ces évènements dans son cœur » (Luc 2, 19 ; 51). Comme à côté d’elle Jésus progressait « en sagesse », Dieu fera en sorte à ce qu’en nous Jésus-Christ, incarnation de la sagesse divine, grandira. 4.2 Le prédicateur prend comme point de départ la tension qui existe entre d’un côté cette manifestation si soudaine de la sagesse divine déjà pleinement incarnée dans l’enfant Jésus, et de l’autre côté la mention selon laquelle Jésus « progressait en sagesse », autrement dit : Jésus partageait aussi la simple condition humaine marquée au départ par la croissance et la maturation. |
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Matthieu 28 v 1-10 ; 1 Pierre 1/3-9