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1 Rois 19/1-8 (Daniel BERGESE)
Texte :
Genre : Etude biblique Auteur : Source : IDEA (mensuel d’information de l’Alliance Evangélique Française), juin 1994, (p. 11). La déprime (1 Rois 19/1-8) Frères et sœurs, s’il n’y avait pas, dans la Bible, ce fameux chapitre 19 du premier livre des Rois, qui nous fait assister à un drôle de découragement du prophète, à une véritable déprime… le prophète Elie nous apparaîtrait comme une colonne inébranlable, comme un “superman” de la cause de Dieu ! Pour comprendre cette sorte de déroute spirituelle du grand prophète, il faut se rappeler les circonstances qui l’ont amené à ce point : suite à la brillante victoire du mont Carmel, alors qu’Elie était en droit de penser que tout Israël allait revenir à la fidélité au vrai Dieu, voilà que la reine Jézabel s’oppose vigoureusement à lui et le condamne à mort. C’est ici que tout s’écroule… Les événements ne tournent pas comme prévu… “Elie prit peur et, accompagné de son serviteur, il s’enfuit pour sauver sa vie”. Adieu la foi d’Elie ! Adieu le courage d’Elie ! Le retournement de situation est si brutal que le prophète en est complètement désarçonné, incapable de réagir comme un homme de foi. Elie n‘a plus qu’une seule pensée : sauver sa peau ! Il quitte donc le royaume précipitamment ; il se rend à Beer-Shéba, puis se lance tout seul dans le désert, dans une sorte de marche-suicide, sans nourriture et sans eau. Assis sous un genêt, humilié par son propre comportement, faisant le bilan de sa vie, le prophète fait alors monter vers Dieu cette ultime prière : “Maintenant, Seigneur, j’en ai assez ! Reprends ma vie”. Ce retournement de situation, Elie le vit comme un échec personnel. Il a honte de cet échec et honte de sa fuite. Il a le sentiment énorme de son inutilité : lui, le prophète de Dieu, l’homme qui défiait les foules pour l’honneur de Dieu, lui qui était le porte-parole de Dieu… le voilà qui n’a plus rien à dire. C’est un prophète sans parole… et un prophète sans parole, c’est un prophète mort. Il vaut mieux alors mourir vraiment. C’est cela, la déprime ! C’est le sentiment confus que plus rien n’a de valeur, que plus rien ne vaut le coup d’être vécu. C’est le sentiment d’une immense inutilité de tout ce qui existe et de tous les combats à mener. Parvenu à son paroxysme, ce sentiment peut être pire que le néant. La mort devient alors une issue désirable… Et c’est ici que quelque chose de très intéressant est en train de nous être dévoilé : Elie, consciemment ou inconsciemment, justifiait sa propre existence par sa mission. Il l’avoue juste après avoir demandé la mort, quand il dit : “Je n’ai pas mieux réussi que mes ancêtres…”. Voilà ! Quelque part, Elie pensait qu’il ferait mieux que ses pères ; que les autres avaient échoué, mais qu’avec lui on allait voir ce qu’on allait voir ! Sans se l’avouer, il pensait qu’il serait l’homme providentiel qui ramènerait Israël à Dieu. C’est pour cela qu’il avait été mis au monde : pour être le justicier de Dieu ! Dieu comptait sur Elie pour remettre les choses en ordre. Oui, sa vie était justifiée auprès de Dieu par la mission qu’il allait mener. Autrement dit, Elie promenait avec lui une “théologie des œuvres”, une justification par l’action ! Je ne vaux quelque chose que dans la mesure où je fais quelque chose. J’ai fui… J’ai échoué dans ma mission… Je ne vaux plus rien… Je pense que, dans toutes nos déprimes, il y a quelque chose de semblable. L’expérience d’un certain dégoût de la vie vient en nous à partir de cette conception selon laquelle la vie n’a de valeur que dans la mesure où je pourrai réaliser la vocation, la mission dont je me crois investi. Dans ce contexte, en effet, les échecs peuvent parvenir à casser en nous tout ressort, tout désir de vivre. La Bible nous met pourtant en garde contre pareille illusion. Depuis les origines de l’Alliance de grâce, tous les grands personnages de la foi ont vécu, ont connu l’échec dans le cadre de leur mission ! Elie, à son tour, découvre qu’il n’est pas le sauveur d’Israël. La rédemption n’est décidément pas à notre portée : c’est l’œuvre de Dieu. Nous ne sommes donc pas appelés à sauver le monde, mais seulement à être les témoins du salut qui vient. Du fond de sa détresse, Elie fait l’expérience de l’incroyable faiblesse de l’existence humaine… mais, parvenu à ce point, il va faire une deuxième expérience, tout à fait lumineuse celle-là, c’est celle de l’amour de Dieu. Alors que le prophète s’était endormi dans son désespoir, tout-à-coup un ange apparaît, le réveille et lui apporte de la nourriture. “Tu es fatigué, Elie ? Il faut que tu reprennes des forces”. Quand Elie a fini de croire en lui-même, c’est à ce moment précis que Dieu vient lui dire : “Moi, je t’aime”. Et la découverte extraordinaire qu’Elie va faire, c’est que Dieu nous aime, non pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. Dieu ne tient pas une comptabilité de nos réussites et de nos échecs. Son amour rencontre directement notre cœur. Ainsi, toute justification par les œuvres n’a plus lieu d’être ! Je ne suis pas venu au monde pour être le justicier de Dieu, le meilleur chrétien de tout l’Ouest ! Je suis venu au monde comme un acte d’amour de Dieu. Ma vraie raison d’être, la vraie dynamique de ma vie se fonde tout entière sur l’amour de Dieu pour moi. C’est peut-être là une réalité évangélique que nous connaissons bien… mais, au beau milieu de tous nos combats, n’est-il pas nécessaire et bienfaisant de le réentendre ? Autres textes de la même catégorie
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1 Rois 19 v 16 - 21 (Alphonse MAILLOT)